L’armée belge devra encore prendre du muscle

Le rapport préconise l'acquisition de nouvelles plateformes ou de drones pour compléter les 34 F-35 prévus, un nombre jugé trop restreint. ©Belgaimage

La Belgique va devoir accroître son budget militaire au-delà de ce qui a été prévu par la Vision stratégique de 2016, selon un groupe d'experts mandaté par la ministre de la Défense.

Terrorisme, incertitude des positions américaines, politique agressive de la Russie, de la Chine et d'autres États: la modification continue de l’environnement stratégique mondial et l'apparition de nouvelles menaces doivent forcer la Belgique à renforcer son effort militaire, ont indiqué mercredi les experts mandatés par la ministre de la Défense, Ludivine Dedonder, pour réfléchir au futur de l’armée belge.

"Le nombre de démocraties est en retrait, c’est un énorme défi pour la Belgique et ses alliés".
Tanguy Struye de Swielande
Professeur UCLouvain et ERM

Malgré la hausse – modeste – du budget militaire de ces dernières années et les investissements en matériel décidés par les exécutifs précédents, l’armée belge devra se muscler et se moderniser au-delà de ce qui a été prévu par la Vision stratégique, adoptée en 2016 par le gouvernement Michel, a fait valoir ce panel de douze spécialistes, devant la commission de la Défense de la Chambre.

"Le nombre de démocraties est en retrait, c’est un énorme défi pour la Belgique et ses alliés. Il y a une contestation de l’ordre fondé sur les règles", a résumé l'un des deux coordinateurs du groupe, le professeur (UCLouvain et École royale Militaire) Tanguy Struye de Swielande, qui a énuméré la très longue liste des menaces apparues ces dernières années. Nos forces armées doivent "être capables de jouer un rôle dans tous les domaines", a ajouté de son côté l'autre coordinateur, le colonel Éric Kalajzic, titulaire de la chaire de politique mondiale de l'ERM, qui a indiqué que la Belgique, déjà très spécialisée, ne pouvait réduire davantage sa palette de capacités.

De nouveaux équipements

Concrètement, les experts préconisent l'acquisition de nouveaux équipements, mais également une hausse des effectifs de l'armée, dont le total a été fixé à 25.000 unités par la Vision stratégique. "Avec ce qu'on fait aujourd'hui, ce nombre n'est pas suffisant", a encore noté Tanguy Struye de Swielande, qui a rappelé les lacunes mises à jour au sein du Service Général du Renseignement et de la Sécurité (SGRS). Cet objectif d'augmenter le personnel pourrait être atteint en partie par une hausse du nombre de civils à la Défense, qui reste modeste, a précisé de son côté Delphine Resteigne, professeur à l'ERM et maître de conférences à l'UMons.

45
avions
Le rapport souligne qu'il faudrait augmenter le nombre de F-35 prévus (34, contre 45 demandés par l'Otan), au moyen de plateformes supplémentaires ou de drones.

En termes de matériel, le rapport souligne qu'il faudrait augmenter le nombre d'avions de combat F-35 (34 prévus, contre 45 demandés par l'Otan) au moyen de "plates-formes multirôles supplémentaires et de drones d'appui loyaux, de missiles air-air à très longue portée et de missiles de croisière". Il recommande également d'armer les futurs drones MQ-9B attendus dans deux ans – une initiative qui nécessiterait une nouvelle décision politique –, ainsi que l'engagement de la Belgique dans la défense antimissile de l'Otan.

Un effort particulier doit être fourni pour renforcer la composante Terre, qui a subi un effondrement capacitaire ces dernières décennies: les experts préconisent de la doter d'une brigade motorisée "pleinement opérationnelle, prête au combat, durable et déployable". Un objectif qui reste hors de portée en dépit du programme de coopération franco-belge d'acquisition de nouveaux véhicules blindés sur roue. De nombreuses lacunes doivent être comblées en matière d'artillerie, de systèmes anti-aériens à courte portée, de communication, de cyber-électronique et de surveillance. Un appel du pied est fait pour une participation au programme du futur char (MGCS) franco-allemand, ce qui n'a pas fait l'unanimité parmi les parlementaires.

D'après Ludivine Dedonder, ce document, qui ne chiffre pas l'effort budgétaire à fournir, va mener à une révision de la loi de programmation militaire adoptée lors de la législature précédente.

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