L'assureur Ethias très généreux en mandats pour les politiques

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Au cours des trois dernières années, 80 politiciens se sont partagé des mandats au sein de l’assureur Ethias. C’est ce qui ressort d’une analyse de la liste des mandats publiée plus tôt cette semaine au Moniteur.

Les scandales Publifin, Samusocial et Publifin, à la fin de 2016, n’ont visiblement pas changé toutes les mentalités. Il apparaît en effet que beaucoup de politiciens se partagent encore le gâteau des conseils d’administration. Et l’un des fournisseurs les plus importants n’est autre qu’Ethias. L’année dernière, 30 politiciens possédaient un siège chez Ethias. Au cours des trois dernières années, ce ne sont pas moins de 80 personnalités politiques qui se sont succédé dans les différents conseils de l’assureur.

C’est surtout le comité consultatif d’Ethias qui fournit le gros du contingent. Cela vaut, par exemple, pour Philippe Close, PS et bourgmestre de la Ville de Bruxelles (il a quitté ses fonctions en septembre 2017), Patrick Dewael, chef de l’Open Vld à la Chambre, Philippe Pivin, député-bourgmestre MR de Koekelberg, Guy Reynebeau conseiller communal sp.a. de la Ville de Gand. Curieusement, présent dans le rapport annuel jusqu’en 2016, ce comité a disparu du rapport de 2017.

Le comité consultatif d’Ethias est l’un des nombreux organes de l’assureur. Au-dessus d’Ethias se trouve la holding Vitrufin et au-dessus, Ethiasco (anciennement Ethias Droit Commun). Les trois organes ont leur propre conseil d’administration, avec des dizaines de sièges au conseil d’administration (voir également ci-contre).

Officiellement, le comité consultatif est chargé "d’analyser des questions spécifiques et de conseiller le conseil d’administration". Mais des sources bien placées se posent des questions sur leur utilité. "Je me demande quelle est la fonction de ce comité, je n’ai jamais vu de conseil de sa part", nous dit-on.

Lorsqu’on lui a demandé quelle est l’utilité du comité, le sp.a Guy Reynebeau fait référence à Ethias lui-même. "C’est un organe consultatif qui se réunit de manière limitée", dit-il. Andries Gryffroy, député flamand N-VA et également membre du comité consultatif, considère le comité non pas comme un organe consultatif mais comme un organe de contrôle. Les autorités locales sont un actionnaire historique d’Ethias, ce qui rend logique la représentation des provinces et des municipalités. "Nous avons accès aux prévisions de ventes, au chiffre d’affaires et au bilan, déclare Gryffroy. S’il y a un problème, nous pouvons sonner l’alarme."

Selon les statuts, le comité se réunit tous les deux mois. Les administrateurs perçoivent une rémunération à chaque fois. Celle-ci est limitée à 205 euros brut par réunion.

Le balai toujours dans le placard

Il y a deux ans, Ethias avait donné des sueurs froides à la rue de la Loi: l’assureur avait échoué à un test de résistance européen. Résultat: Régions flamande, wallonne et Fédéral, chacun détenant un tiers d’Ethias, auraient dû injecter 500 millions d’euros dans l’assureur. Pour éviter cela, les trois gouvernements sont intervenus au sommet de l’entreprise. Dans la première phase, exit Bernard Thiry (étiqueté PS) en tant que CEO; il a été remplacé par Philippe Lallemand. Dans une seconde phase, exit Erik De Lembre, président, qui a été remplacé par Myriam Van Varenbergh. Dans le même ordre d’idées, les actionnaires sont parvenus à un accord sur la simplification de la structure de l’assureur.

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Au-dessus d’Ethias se trouve la holding Vitrufin et au-dessus, Ethiasco (anciennement Ethias Droit Commun, qui regroupait les villes et les communes). Les trois organes ont leur propre conseil d’administration, avec des dizaines de sièges. Il existe également un comité consultatif sous Ethiasco, où siègent des dizaines de politiciens.

En mai dernier, il avait été convenu qu’Ethias et Vitrufin fusionneraient. Au lieu de deux conseils, il n’y en aurait plus qu’un avec 16 administrateurs. Mais depuis lors, c’est le silence. Selon une source, les raisons sont fiscales. Lors de la fusion, le groupe perdrait la possibilité d’enregistrer ses pertes transférées. Une deuxième raison serait qu’Ethias doit bientôt rembourser un emprunt obligataire de plusieurs centaines de millions d’euros. On s’attend à ce que la fusion arrive en 2019. "Même si on ne sait jamais avec Ethias", dit la source.

Ce qui a été convenu l’an dernier, c’est que le comité de gestion serait réduit. Au lieu de six, il n’y aurait plus que quatre administrateurs. Mais cet accord reste aussi lettre morte. Il y a toujours six administrateurs chez Ethias. Ce qui a changé, c’est que deux des six administrateurs (Brigitte Buyle et Luc Kranzen) n’ont plus de droit de vote. Ils restent néanmoins administrateurs invités.

Il reste donc beaucoup à faire pour simplifier la structure d’Ethias et réduire le nombre de sièges. Mais la pression a diminué. Les choses se sont améliorées pour le groupe. L’assureur a réussi à se débarrasser du lourd fardeau de ses comptes First. Ces polices d’assurance-vie offraient à vie aux clients un rendement annuel moyen de 3,4%, ce qui était insoutenable dans le contexte actuel de taux bas. Grâce à un rachat réussi de contrats et à la vente d’une partie du portefeuille, l’assureur a été en mesure de déminer la bombe First.

Il semble même qu’Ethias versera à ses actionnaires un dividende d’environ 150 millions d’euros l’année prochaine. Bonne nouvelle pour les gouvernements fédéral, flamand et wallon.

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