L'école à la maison, encore en septembre, ou pas?

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Les PO et les directeurs d'école insistent pour que les discussions reprennent vite sur l'organisation de la prochaine rentrée. Plusieurs scénarios devront être envisagés, surtout dans le secondaire. Une rentrée hybride reste possible.

Elle semble encore à des années-lumière, et pourtant, on y sera vite. La rentrée de septembre provoque déjà des insomnies chez les directeurs d’établissement. De quelle nature sera-t-elle ? Personne ne sait. Mais les directions d’école s’impatientent. Le Segec (Secrétariat de l’enseignement catholique) crie à l’urgence.  Les discussions doivent encore avoir lieu. "Mais on y réfléchit tous. On a besoin de perspectives, on doit savoir quoi rapidement, dit Etienne Michel, le directeur général. On ne sait pas faire évoluer les écoles si on change les règles chaque jour. Il faut de la stabilité."

Julien Nicaise, le patron du réseau WBE (Wallonie-Bruxelles-Enseignement), confirme, mais avertit: il ne sert à rien d’avoir une ligne claire dès aujourd’hui. "Les écoles envisagent des scénarios alternatifs, comme des demi-classes ou des élèves venant certains jours seulement, avec un enseignement en partie à distance. Mais l’assouplissement des règles décidé jeudi devrait faciliter les choses."

"On ne sait pas faire évoluer les écoles si on change les règles chaque jour. Il faut de la stabilité."
Etienne Michel
Directeur général du Segec

"On peut en effet penser que le retour à temps complet des élèves du fondamental se poursuivra en septembre", confirme le Segec. Mais ce n'est pas le cas pour le secondaire, car les adolescents sont considérés comme des adultes. Pour eux, le point d'interrogation persiste.

Plusieurs scénarios

Les écoles n’ont donc pas le choix, elles doivent envisager plusieurs scénarios. "Il faut rester en capacité d’innover et de s’adapter, confirme Julien Nicaise. Nous sommes à 90 jours de la rentrée, dans cette crise Covid cela correspond à une éternité."

Se préparer, sans certitude, à une rentrée hybride, qu’est-ce que cela implique ? Pour Etienne Michel, il y a trois points de préoccupation. "Il faut une offre de ressources pédagogiques numériques adaptées. Il faudra identifier les matières essentielles à travailler à distance, et constituer des scénarios d’apprentissage propres au numérique."

Pour cela, le Segec pointe aussi la nécessité de former davantage les enseignants. "Chacun a fait ce qu’il a pu, mais si on veut systématiser l’enseignement à distance, il faudra pousser les formations." Pendant les vacances ? "Si on table sur trois jours de formation, c’est possible, cela se fait déjà. Mais il faudra une formation modulaire, tout le monde n’est pas au même niveau", dit-il.

Bruno De Lièvre, professeur en sciences de l’éducation à l’UMons, confirme : "En termes de compétences numériques, il reste du travail à faire, non seulement pour soutenir la maîtrise des outils par les enseignants, mais aussi par les élèves", dit le spécialiste. Bruno De Lièvre insiste, il ne s’agit pas non plus de faire à distance la même chose que ce que l’on ferait en classe. "Il faudra aussi que les enseignants se concertent entre eux, cela demande du temps. D’où l’utilité de bien se préparer, même si on ne sait pas comment tout cela évoluera."

"Il faut rester en capacité d’innover et de s’adapter. Nous sommes à 90 jours de la rentrée, dans cette crise Covid cela correspond à une éternité."
Julien Nicaise
Administrateur général du réseau WBE

Sur le plan pratique, le Segec pointe aussi la question de l’équipement des écoles et des élèves. "90% des enseignants sont équipés à la maison, 70% des écoles disposent d’une plateforme numérique (type Smartschool), on en a découvert les fonctionnalités pédagogiques. La vraie limite, elle sera dans l’équipement des familles. Il faudra que 100% des élèves soient équipés, un seul PC par famille ne suffira pas."

Beaucoup de bruit pour rien ?

Ne risque-t-on pas de dépenser encore beaucoup d’énergie pour rien? Pour Etienne Michel, pas nécessairement: "Cette crise va nous faire gagner 20 ans en termes de transition numérique." Et surtout, tout le monde sera prêt en cas de nouvelle pandémie. 

Préavis de grève de la CGSP

Après l’annonce de la poursuite du déconfinement des élèves et la réouverture complète des écoles fondamentales (maternelles et primaires), c’est la colère et l’indignation du côté des syndicats d’enseignants. Ils dénoncent un manque de concertation.

"Cette décision témoigne d’un mépris sans nom du travail accompli par les personnels de l’enseignement", a martelé la CGSP-Enseignement.

Le syndicat socialiste a déposé un préavis de grève, demandant un report de la rentrée prévue pour les maternelles le 2 juin, et pour les primaires le 8 juin. Elle se plaint d’un manque de temps pour mettre en œuvre une décision qu’elle juge précipitée. "Il est impensable de s’adapter à un nouveau fonctionnement assurant la sécurité des élèves et des membres du personnel de l’enseignement en l’espace de 2 jours ouvrables", dit le syndicat.

La CSC-Enseignement ne va pas jusqu'au préavis de grève, mais demande à la ministre concernée, Caroline Désir (PS), qu'une réunion de concertation soit organisée afin d'apporter des précisions à la circulaire envoyée (qui organise la nouvelle rentrée). "Pendant le début du mois de juin, il faut permettre aux équipes éducatives de poursuivre les initiatives visant à raccrocher les élèves les plus fragilisés. Le retour à l’école ne peut, en aucun cas, creuser les écarts", dit Roland Lahaye, le secrétaire général de la CSC-Enseignement. Si ces conditions ne sont pas réunies, il faudra reporter la rentrée, ajoute la CSC, s'alignant sur la demande de sa collègue CGSP.

Et du côté des directions? La stupéfaction et l'indignation sont tout aussi palpables. "Nous ne sommes pas opposés à une réouverture des écoles, mais pas dans ces conditions: trop c'est trop... voire tout simplement impossible", réagit ainsi le collège des directeurs du libre primaire à Bruxelles et en Brabant wallon (Cobra) dans une lettre ouverte à la ministre de l'Education, qu'il souhaite pouvoir rencontrer. 

Le Segec (secrétariat de l'enseignement catholique) a constaté une situation qui affecte la qualité des rapports entre le monde de l’enseignement et son autorité publique de tutelle. Mais il a appelé ses directions à dépasser l'incompréhension. 

Le Segec regrette aussi que le gouvernement de la FWB rechigne a réinstaurer l'obligation scolaire, signalant que cette non-obligation de présence des élèves risque de creuser davantage les inégalités. Lors de la rentrée des 1re et 2e primaire, seuls 40% des élèves étaient présents. Et les enquêtes menées sur le terrain ont démontré que les présences concernaient souvent les enfants des publics plus favorisés.
(Avec Belga)

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