analyse

L'heure de pointe, le casse-tête des transports en commun face au covid

Alors que les terrasses sont vides, les usagers des transports en commun se retrouvent souvent les uns sur les autres. ©Photo News

Pour éviter des bus bondés durant la crise, la Wallonie veut augmenter l'offre du TEC. SNCB et STIB comptent notamment sur leurs applications.

On en a tous au moins vu passé une depuis le début de la crise covid : une photo d’un train, d’un bus, d’un tram ou d’un métro bondé. Le tout souvent accompagné d’un commentaire rageur.

L’heure de pointe dans les transports en commun a toujours été une période désagréable, mais en ces temps de pandémie, elle suscite de nombreuses craintes. À la SNCB, on rappelle ainsi qu’aux heures de pointe, en moyenne, le taux d’occupation dans les trains est de 33,2% sur les segments les plus fréquentés, alors qu’il était de 51% en 2019.

33,2%
Aux heures de pointe, en moyenne, le taux d’occupation dans les trains de la SNCB est de 33,2% sur les segments les plus fréquentés contre 51% en temps normal.

«Des photos du genre restent assez rares heureusement», témoigne Gianni Tabbone, porte-parole de navetteurs.be. «On observe que les gens ont repris le train et il y a de temps en temps des situations extrêmes comme ce week-end quand il y a un problème technique ou autre.» Il explique que les problèmes arrivent quand un train doit être supprimé ou qu’un train circule en composition réduite.

«Cela peut arriver qu’il y ait un concours de circonstances», avoue Vincent Bayer, porte-parole à la SNCB. Mais l’entreprise ne reste pas les bras croisés. Elle a mis en place une application MoveSafe depuis début septembre qui permet à tous les voyageurs de voir quel est le taux d’occupation prévu pour son train. «L’application part des données connues. Pendant le trajet réel du train, l’accompagnateur affine en temps réel. S’il se rend compte que le train se remplit», détaille Vincent Bayer. «Nous avons 110.000 téléchargements de l’application à ce stade», ajoute-t-il.

L’application peut donc en cas de problème sur un train, conseiller d’attendre un train suivant. «Mais on a beau conseiller d’attendre le train suivant, beaucoup de voyageurs ne le font pas», tempère Gianni Tabbone.

Si certains trains sont bondés, ce n’est a priori pas un problème d’offre. SNCB, TEC et STIB tournent tous avec une offre maximale. La SNCB ne transporte que la moitié des voyageurs qu’elle transportait avant la crise avec quasi le même nombre de trains par jour soit 3.800. En une semaine, avec le retour du télétravail comme règle, les voyageurs sont même passés de 61% à 51% de la normale.  

«On a beau conseiller d’attendre le train suivant, beaucoup de voyageurs ne le font pas.»
Gianni Tabbone
Porte-parole de navetteurs.be

Des autocars privés au TEC

Le TEC se situe encore à une fréquentation d'environ 65% de la normale. La problématique des heures de pointe y est donc bien plus grande. «Les premières études scientifiques montrent que ce n’est pas dangereux de prendre les transports en commun si les gestes barrières sont respectés», insiste Stéphane Thierry, porte-parole du TEC. Il affirme qu’en ville, on reste rarement plus de 15 minutes dans son transport et qu’en zone rurale, les bus moins remplis permettent une meilleure distanciation sociale.  

Cependant, certaines lignes sont très occupées le matin dans les trajets vers l’école avec ces fameuses photos qui circulent ensuite sur le web. Cela peut même arriver en zone rurale sur certains bus vers les écoles.

Il a donc été décidé par le gouvernement wallon d’augmenter l’offre de la TEC lors des heures de pointe. Un appel d’offres selon le cadre légal des situations d’urgence va être lancé. «Nous avons analysé la situation. Il reste en Belgique très peu de bus disponibles. On va devoir fonctionner avec des autocars de tourisme», explique Stéphane Thiery.

Le but est d’être rapidement prêt, dès la fin des vacances prolongées de Toussaint. Le TEC travaille déjà avec 27% de sous-traitance, même si le voyageur n’en sait rien. Ici le défi est plus grand, car il s’agira d’incorporer des autocars de tourisme sans signalétique, ni connectique tec, des chauffeurs qui ne connaissent pas les lignes, une seule porte à l’avant dans une mécanique bien huilée et plus complexe qu’il n’y paraît. Qui plus est, il faudra rassurer les syndicats qui craignent cette arrivée du privé.

Évidemment, il s’agira de voir quand cette augmentation sera nécessaire, car les choses changent vite actuellement. «Le TEC est très lié aux écoliers. Dès qu’il se passe quelque chose dans l’école, il est impacté dans sa fréquentation». Mais même si certaines classes et écoles restent fermées «nous nous retrouverons à un moment où les écoles seront ouvertes, nous nous devons d'être prêts», insiste Stéphane Thiery pour le TEC.

Pas d'autocars supplémentaires à la STIB

Une telle augmentation d’offre n’est pas prévue à la STIB. On y estime que mettre des autocars sur des arrêts avec 4 ou 5 lignes risquerait de créer le chaos. Celle-ci a atteint un pic de fréquentation à 75% de la normale en septembre avant de repasser en dessous de la barre des 60% la semaine passée quand les chiffres de contamination ont fortement augmenté. Selon la porte-parole Françoise Ledune, les véhicules sont bondés de façon très ponctuelle. "Seulement 0,25% des trajets sont effectués à bord de véhicules dont la charge atteint 75% de la capacité totale. Et tous ces trajets se concentrent entre 7h et 8h". Dans l’application de la Stib, il est possible de voir la fréquentation par station, avec un code couleur. Mais pas de temps réel ici, seulement des données qui reprennent les moyennes des jours précédents.

STIB, TEC et SNCB conseillent de décaler son trajet quand cela est possible. En attendant, les trois sociétés ont encore suffisamment de forces en présence pour maintenir leur offre maximale, alors que le nombre de voyageurs est appelé à diminuer dans les jours et semaines qui viennent.

Les demandes de trajets à pied, en transports et en voitures sont à nouveau à la baisse depuis la semaine passée si on en croit les dernières données d'Apple Maps (voir infographie), mais on reste bien au-dessus des niveaux du confinement.

En attendant, les nouveaux acteurs de la mobilité sont en embuscade. "Diverses offres de mobilité complémentaires au transport public existent chez Lab-Box ainsi que chez d'autres sociétés en Belgique. Nous comptons entrer en discussion pour voir dans quelle mesure nous pourrions collaborer pour soulager le trop-plein de leurs réseaux, en particulier durant les heures de pointes", témoigne à ce titre Michael Grandfils CEO de Lab Box, la filiale mobilité de D'Ieteren Auto.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés