L'image qui scandalise la Turquie

Une image fait scandale sur les réseaux sociaux: on y voit un proche du Premier ministre turc passer à tabac un homme qui manifestait mercredi contre le gouvernement islamo-conservateur de Recep Tayyip Erdogan, après l'accident dans la mine de Soma qui a fait au moins 282 morts.

La Turquie est assommée par la catastrophe minière qui a fait au moins 282 morts, mercredi à Soma, selon un dernier bilan officiel.

Et le gouvernement islamo-conservateur est directement mis en cause dans cette tragédie sans précédent dans l'histoire minière de la Turquie.

Les syndicats de la fonction publique ont appelé à la grève, jeudi, pour dénoncer la responsabilité et la négligence du gouvernement de Recep Tayyip Erdogan dans ce qu'ils appellent le "massacre de Soma". Plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées en fin de matinée à Istanbul et Ankara à l'appel de quatre syndicats.

Mais la colère des Turcs est aussi attisée par l'attitude de leur Premier ministre et de sa garde rapprochée.

Recep Tayyip Erdogan s'est rendu sur place mercredi et a rejeté toute responsabilité de son gouvernement, affirmant que "les accidents au travail arrivent partout dans le monde. Ca arrive aussi dans d'autres pays comme les Etats-Unis, l'Inde, la France, la Chine et la Belgique".

Il n'en fallait pas tant pour mettre le feu aux poudres.

Le chef du gouvernement a été pris à partie par des habitants en colère qui l'ont hué et ont donné de coups de pieds à sa voiture.

Selon des journaux, Recep Tayyip Erdogan a dû, pendant quelques minutes, se réfugier dans un supermarché avant que les policiers ne rétablissent l'ordre.

Et visiblement, ils n'y ont pas été de main morte, en témoigne une photo et une vidéo postées sur les réseaux sociaux:

 

Başbakanlık Müşaviri @YusufYerkel ,Soma'da yakınını kaybeden vatandaşa tekme atan kişinin kendisi olduğunu doğruladı. pic.twitter.com/xUgC7gVH23— REPORT TURK (@reportturk) May 14, 2014

On y voit un manifestant frappé au sol par deux militaires. L’homme en costume qui s'apprête à lui donner un coup de pied a été reconnu comme étant Yusuf Yerkel, un des proches conseillers et directeur de cabinet du Premier ministre.

Le conseiller n’a pas démenti: " Il m’avait agressé et insulté, ainsi que le Premier ministre. Fallait-il que je reste silencieux ? " s’est-il justifié dans une déclaration citée par Hurriyet.


Une autre vidéo
montre Recep Tayyip Erdogan essayer de se frayer un chemin parmi une foule compacte et hostile, certains internautes y voyant un début de bagarre à laquelle aurait pris part le Premier ministre.

Jeudi, la police à une nouvelle fois réprimé les manifestations anti-régime et tiré des gaz lacrymogènes pour disperser une foule de 20.000 manifestants réunis à Izmir, dans l'ouest du pays.

Climat délétère en Turquie

Les forces de sécurité sont sur le qui-vive. Ces violences se déroulent à quelques jours de l'anniversaire des premières manifestations de la place Taksim, à Istanbul, le 28 mai, qui s'étaient transformé en une contestation inédite contre le régime au pouvoir depuis 2002.

En outre, le drame intervient dans un contexte politique très tendu en Turquie entre le régime du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan et l'opposition.

→ Le climat politique est délétère après des mois de crise que la victoire de l'AKP (Parti de la justice et du développement, au pouvoir), aux dernières élections locales malgré un vaste scandale de corruption en mars dernier, n'a pas suffi à éteindre.

La colère de la population grandit.

Selon les médias locaux, le Parlement turc a refusé, il y a trois semaines, de former une commission pour faire un état des lieux sur la sécurité des mines en Turquie. Les trois partis d'opposition ont soumis des propositions qui ont toutes été refusées par l'AKP, le parti majoritaire de la justice et du développement.

Le ministère du Travail a, quant à lui, affirmé que la mine de Soma avait été contrôlée en mars et qu'aucune atteinte aux réglementations en vigueur n'avait été relevée.

Le bureau du procureur régional a lancé mercredi une enquête judiciaire sur cet accident.

Les accidents dans les mines sont fréquentes en Turquie, en particulier dans celles du secteur privé où, souvent, les consignes de sécurité ne sont pas respectées. Selon un décompte de la presse, 3.000 mineurs ont perdu la vie dans des accidents depuis 1940 en Turquie.

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