L'interview rétro de Zakia Khattabi

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Alors que la page 2017 se tourne et que 2018 pointe le bout de son nez, L’Echo a demandé à une série de personnalités politiques de jeter un œil dans le rétroviseur 2017 et de se projeter en 2018.

La co-présidente d'Ecolo, Zakia Khattabi, jette un coup d'oeil dans le rétroviseur.

Quel a été, à titre personnel, votre meilleur moment de l’année?

Jamais je n’aurais cru tomber ainsi dans le convenu; quand j’entendais cela dans la bouche d’autres, je trouvais cela dégoulinant. Mais j’ai vécu une année assez difficile, tant politiquement que personnellement. Alors je pointerais les moments de sérénité passés en famille, au sens large. Je pensais y échapper, d’autant que je suis plutôt une solitaire, mais j’ai découvert les vertus de la famille, qui m’a permis de ne pas péter une case, et que je vois à présent comme mon rocher au beau milieu de l’océan. Il n’y a pas un moment précis, mais une série de petits moments – parfois même quelques minutes.

Et le pire?

Quand je vois mon père. C’est un choc à chaque fois. On lui a diagnostiqué une démence il y a quelques années. C’est très dur; on n’est pas préparés à ça. J’y vois aussi notre incapacité, en tant que politiques, à placer nos priorités là où elles devraient être. J’entretiens donc un double rapport avec le milieu hospitalier. D’un côté, une honte absolue en tant que politique, quant à la façon dont on maltraite ce secteur et ses travailleurs. De l’autre, à titre personnel, j’éprouve une gratitude sincère. Quand je vois la façon dont les infirmiers et infirmières s’occupent des personnes du troisième âge, avec une infinie patience, c’est incroyable.

Quel événement dans l’actualité vous a le plus marquée en 2017?

Le Brexit. Pas tant en ce que cela dit des difficultés que traverse le projet européen. Ce qui m’interpelle se situe en amont: c’est ce qui a construit le Brexit. Les populistes et les bonimenteurs ont gagné et maintenant, nous devons tous faire avec. Tout le monde s’est réveillé avec la gueule de bois. Cela en dit long sur le débat politique actuel. Et vaut aussi pour l’élection de Donald Trump.

Complétez cette phrase: "En 2017, la Belgique…"

… a survécu à la N-VA. C’était aussi vrai en 2015 et 2016. Disons qu’à chaque fois, c’est une année de plus.

La proposition de loi déposée par votre parti en 2017, tous niveaux de pouvoir confondus, dont vous êtes la plus fière? Ou projet de loi?

Elle n’a l’air de rien, mais porte une nouvelle vision de la société. Il s’agit de la proposition "deuxième chance" déposée par Gilles Vanden Burre, permettant au salarié ou à l’indépendant de réorienter sa carrière sans être pénalisé. Cela permettrait de sortir d’un modèle répressif, d’une culture de l’échec et de la punition. Et de proposer une vision positive de la réorientation, ainsi qu’une perspective dynamique de la carrière.

Si vous pouviez changer une chose, comme ça, d’un simple coup de baguette magique, ce serait…

Sortir de la caricature et faire prendre la mesure du paradigme de l’écologie politique. En quoi c’est un projet révolutionnaire et porteur d’avenir pour tous.

Votre bonne résolution pour 2018?

Je n’en prends jamais. C’est la seule résolution que j’ai jamais tenue.

Selon vous, quelle est la personnalité de l’année 2017?

Tous les citoyens qui se mobilisent afin d’aider ou d’accueillir chez eux les migrants du parc Maximilien. Ils pallient une faillite de l’Etat et vont à contre-courant du discours de criminalisation qu’on nous bassine tous les jours depuis le Fédéral. Je dis chapeau.

Et à qui revient le bonnet d’âne pour 2017?

Il y en a quelques-uns. J’hésite entre Theo Francken et Charles Michel. Le premier pour ce qu’il est. Dans quel imaginaire vit-il? Cela doit faire peur. Et le second pour laisser un boulevard à Francken. Je dirais peut-être Charles Michel, parce que j’attends plus de lui, en tant que démocrate.

Votre livre coup de cœur en 2017?

Je n’ai guère eu l’occasion de beaucoup lire. Le livre qu’a publié, par solidarité, Acte Sud. "Le silence même n’est plus à toi", reprenant les chroniques d’Asli Erdogan. La force des écrits de cette femme est impressionnante.

Votre chanson préférée de l’année, c’est…

"Cet air", de Matthieu Chedid et Toumani Diabaté. Rien que pour l’intro, j’adore ce morceau. La chanson est très chouette, mais le début est bouleversant.

Le film, la série, la pièce de théâtre, l’exposition ou l’événement culturel qui vous a marquée ou que vous avez le plus apprécié?

Incontestablement la pièce "Lettres à Nour" de Rachid Benzine. Poignant! J’ai pleuré pendant le spectacle. C’est l’histoire d’un père dont la fille est partie en Irak. Ces deux-là se répondent tout en finesse et nuance. Les choses sont clairement dénoncées; rien n’est excusé. Mais on se rend compte que rien n’est aussi simple qu’on le présente. C’est dur, ce que cela nous renvoie sur la condition humaine.

La réalisation professionnelle dont vous êtes la plus fière en 2017?

C’est tout récent. Je pense au dispositif Ecolab qu’Ecolo a mis en place. Bien plus qu’un congrès, puisqu’on y trouve la volonté de se confronter à la société civile. Celui de décembre se penchait sur le revenu de base. Un sujet pas évident, sur lequel les positions des uns et des autres sont vite caricaturées. Je suis fière qu’Ecolo ait assumé de porter ce débat-là, qui constitue un véritable enjeu de révolution culturelle, et de l’avoir ouvert à d’autres, comme Paul Magnette ou Georges-Louis Bouchez. Je trouve que cela manque: un véritable espace de débat entre partis, où les idées se confrontent, au lieu des habituels débats de gestionnaires.

La citation, la phrase, le tweet ou le discours que vous retiendrez de 2017?

J’ai vu passer cela sur internet: "Le chocolat est notre ennemi, mais fuir devant l’ennemi, c’est lâche." J’ai ri.

Plus sérieusement, je retiens le titre d’un édito de votre journal, portant sur le pacte énergétique. "Ne rien faire, c’est encore choisir." Et je me suis dit: "Enfin!" Au-delà de la jolie formule, cette phrase a quelque chose de fondamental. En ne décidant pas, on pose malgré tout un choix.

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