L'ULB veut pousser les futurs médecins à tenter l'aventure biotech

©BELGAIMAGE

Pour la deuxième année, l’ULB propose un programme de formation interdisciplinaire en "médecine translationnelle". Objectif: promouvoir l’entrepreneuriat dans un secteur en pleine expansion. Le cycle débute avec un bel exemple de recherche fondamentale qui a mené à la création d’une biotech.

Il y a douze mois, l’ULB lançait, grâce au soutien du fonds Baillet-Latour (lié à AB Inbev), un programme de formation interdisciplinaire en "médecine translationnelle", avec l’objectif affiché d’élargir le champ des formations aux métiers liés à la santé et de promouvoir l’entrepreneuriat dans ce secteur en pleine expansion. Un an plus tard, le bilan est extrêmement positif: l’initiative a été renouvelée et un auditoire du site d’Erasme s’apprête à accueillir une nouvelle cohorte d’étudiants en master prêts à franchir quelques passerelles et à s’affranchir du carcan des formations traditionnelles.

"L’idée, explique le Professeur Michel Goldman, fondateur de l’institut I3h de l’ULB qui offre ce nouveau programme, c’est qu’il faut sortir des silos qui caractérisent nos facultés pour préparer une nouvelle génération d’acteurs de la santé. C’est à eux qu’il reviendra de traduire les avancées de la recherche en de nouveaux traitements accessibles au plus grand nombre. Parce que le futur de la médecine va dépendre de la mise en réseau de disciplines très différentes, qui vont des sciences de base jusqu’à l’économie et aux sciences sociales, en passant par la recherche clinique."

Le fondateur de la chimie supramoléculaire

C’est dans cet esprit que le scientifique a lancé cette formation commune à des étudiants en médecine, en pharmacie, en sciences, en santé publique, mais aussi en bioingéniérie, en économie et en management. "De plus en plus, le développement de nouveaux traitements dépend d’essais cliniques sophistiqués qui font appel à des statistiques complexes et à l’utilisation de nouveaux outils digitaux, avec un rôle grandissant de l’intelligence artificielle. Sans oublier les aspects réglementaires et les questions liées au remboursement de médicaments de plus en plus coûteux. Enfin, une attention particulière est portée aux intermédiaires essentiels entre la recherche académique et la commercialisation par les big pharmas, c’est-à-dire les start-ups biotechnologiques."

Professeur Michel Goldman ©Dann

Biotechs: le mot est lancé. Ces entreprises qui affolent régulièrement la Bourse sont de plus en plus à l’origine d’avancées médicales grâce à leur flexibilité et à leur réactivité. Le cycle de formation 2018 débute d’ailleurs ce 25 janvier avec la conférence du français Jean-Marie Lehn, qui illustrera un bel exemple d’interaction entre la recherche fondamentale et la création ultérieure d’une start-up. Co-lauréat du Prix Nobel de Chimie en 1987, ce dernier est le père de la chimie supramoléculaire.

Une discipline qui a établi des ponts entre la chimie, la biologie et la physique et qui est à l’origine d’innovations importantes en médecine: approches novatrices de l’Alzheimer, nouveaux types de vaccins et d’agents anticancéreux… Ses découvertes ont permis le développement de la société helvético-néerlandaise Xeltis qui développe des valves cardiaques artificielles. L’entreprise a attiré l’attention de Rudy Dekeyser, le cofondateur de l’Institut de biotechnologie flamand VIB, aujourd’hui en charge du Fonds Life Science Partners, qui a investi dans cette jeune pousse prometteuse.

Les biotechs ne sont bien sûr qu’un des maillons du secteur. "Les médecins et les pharmaciens resteront des acteurs essentiels de la santé de demain, poursuit Michel Goldman. Mais il y aura un rôle grandissant pour les bio-ingénieurs, les bio-informaticiens, les spécialistes de l’intelligence artificielle, les responsables des affaires réglementaires. Chacun devra bien sûr se concentrer sur ses propres missions, mais il est tout aussi essentiel de disposer d’une connaissance suffisante des autres éléments de la chaîne de l’innovation", fait encore valoir Michel Goldman, qui fut en 2004 à l’origine, avec Jean Stéphenne, alors CEO de GSK Vaccines, du premier partenariat public-privé wallon dans le domaine médico-pharmaceutique, mais aussi un des fondateurs de Biowin, le pôle de compétitivité Santé de Wallonie créé en 2006.

Ce professeur d’immunologie et de pharmacologie de l’ULB a également dirigé l’Initiative européenne sur les médicaments innovants (IMI), où il s’est attaché à jeter de nouveaux ponts entre les mondes académique et industriel.

Un programme qui va s’internationaliser

Signe de la bonne santé de l’initiative, le professeur Goldman a été rejoint au sein de l’Institut I3h de l’ULB par l’économiste Mathias Dewatripont, qui a été vice-gouverneur de la Banque nationale belge. Et pour la prochaine année académique, il est prévu que le programme se développe à l’international – aujourd’hui, il y a déjà des professeurs et des étudiants de la KUL –, avec l’utilisation d’un système de vidéoconférences interactives qui facilitera la participation des universités partenaires.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect