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La Belgique à la merci de la Chine pour l'importation de produits stratégiques

La dépendance de notre pays à l'égard de la Chine est la plus élevée pour les "produits chimiques organiques", comme le révèle une étude de l'Inter-Parliamentary Alliance on China (Ipac). ©BELGAIMAGE

La Belgique est dépendante de la Chine pour l’importation de 159 marchandises. Une contrainte dont le pays prend petit à petit conscience alors qu’il se relève de la crise.

Pour 159 types de marchandises, notre pays n'a pratiquement aucune autre source d'approvisionnement que la Chine. La dépendance à l'égard du géant rouge est la plus élevée pour les "produits chimiques organiques", comme le révèle une étude de l'Inter-Parliamentary Alliance on China (Ipac), où siégeaient des parlementaires de différents pays.

Sept marchandises sont particulièrement sensibles parce qu'elles concernent la sécurité nationale de la Belgique ou sont cruciales pour de grandes lignes industrielles. Il s'agit notamment de dérivés halogénés, de certains acides et aimants dont certains servent de composants de base pour le secteur de la chimie et de la pharmacie. 

4,3%
La dépendance de la Belgique à l'égard de nombreux produits chimiques chinois est d'autant plus inquiétante que la part de l'industrie chimique et pharmaceutique dans l'activité économique de notre pays s'élève à pas moins de 4,3%.

Pour Jonathan Holslag, professeur à la VUB, la dépendance belge à la Chine est d'autant plus inquiétante qu'elle concerne surtout l'industrie chimique et pharmaceutique qui représente chez nous 4,3% de l'activité économique. "Pour certains produits chimiques de base, nous sommes effectivement dépendants de ce pays, confirme Gert Verreth, le porte-parole d'Essenscia, la fédération de l'industrie chimique. Mais, en tant que secteur, nos exportations en Chine sont supérieures à nos importations en provenance de ce pays. Cela joue aussi dans la relation".

Chantage économique 

Cette dépendance n'est pas sans risque. Le pays exportateur peut peser sur la disponibilité de certains produits, par exemple en cas de conflit ou de tensions politiques. Une distorsion de la demande ou de grandes crises peuvent également perturber les chaînes d'approvisionnement mondiales, réduisant ainsi l'arrivage de produits essentiels

La crise du coronavirus a mis en lumière la véritable dimension du problème, en révélant des pénuries dramatiques de matériel de protection, comme les masques buccaux. Par ailleurs, les répercussions mondiales de l'offre insuffisante de puces électroniques se font toujours sentir. 

"Si la Chine utilisait cette arme, sa crédibilité de partenaire commercial en souffrirait fortement."
Sven Biscop
Chercheur à l'institut Egmont

"En théorie, le risque est élevé", souligne Sven Biscop, chercheur à l'institut Egmont. "Le contrôle des lignes d'approvisionnement peut servir à exercer une pression, voire un chantage économique." Mais bien malin qui pourrait dire comment cela se manifesterait en pratique. "Si la Chine utilisait cette arme, sa crédibilité de partenaire commercial en souffrirait fortement. En outre, l'Union européenne réagirait si un de ses États membres était visé. C'est certainement un levier, mais à manier très prudemment par la Chine."

La dépendance aux importations n'est qu'une facette d'un problème beaucoup plus large. "Quid des investissements chinois en Belgique?, s'interroge Jonathan Holslag. La dépendance énergétique, le jeu économico-stratégique avec les puces? Ou voyez l'aéroport de Liège et le port maritime de Zeebruges. Ils tournent à 80% avec du fret chinois. Sans la Chine, ils ne survivraient pas. La question de la dépendance belge et européenne à l'égard de la Chine exige un examen approfondi." 

"La Belgique traîne" 

Cet examen est en cours. Après la crise du coronavirus, l'Europe prend de plus en plus conscience qu'elle doit se montrer plus assertive. "L'autonomie stratégique" est le nouveau credo. En clair: comment nous rendre moins dépendants de l'Asie pour des marchandises cruciales? On réfléchit à la diversification des chaînes de production et d'approvisionnement, aux stocks stratégiques et à une relocalisation en Europe. La question est également idéologique: laissons-nous faire le marché libre ou adoptons-nous une approche plus protectionniste? 

L'Europe encourage les États membres à développer une vision. La Belgique ne s'y est pas encore attelée.

L'Europe encourage les États membres à développer une vision. La Belgique ne s'y est pas encore attelée, alors que 18 des 27 l'ont déjà déterminée. Le ministre de l'Économie et du Travail, Pierre-Yves Dermagne (PS), en est chargé. "Le SPF Économie cherche à mieux analyser les dépendances stratégiques de notre pays. Le rapport sortira en septembre 2021." 

Pour Els Van Hoof, députée CD&V et membre de l'Ipac, "la Belgique traîne. Les différents niveaux de pouvoir n'aident pas, mais ces chiffres montrent que c'est urgent: vouloir réduire la dépendance à l'égard de la Chine et d'autres États autoritaires n'est en rien une attitude paranoïaque ou protectionniste. Il s'agit simplement d'être moins vulnérables".

Pour Sven Biscop, l'important est de ne pas laisser filer notre expertise unique dans certains secteurs. "Dans le passé, nous avons transféré beaucoup de savoir-faire technique à l'étranger, parce qu'on y produisait meilleur marché. On comprend mieux à présent qu'on a poussé le bouchon trop loin."

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