tribune

La Belgique doit devenir la Silicon Valley des soins de santé

Directeur des activités de Venturing à l’Imec

La révolution deeptech transforme radicalement notre société et notre économie. La Belgique peut et doit y jouer un rôle de leader global, notamment dans le secteur de la santé.

Plus personne ne l’ignore, la révolution digitale a eu un impact significatif sur notre mode de vie et sur l’économie globale. On estime la contribution du secteur digital à l’activité économique mondiale à 11.500 milliards de dollars par an, et la capitalisation boursière du seul Nasdaq (47.000 milliards) est supérieure au Produit intérieur brut (PIB) combiné des États-Unis et de l’Union européenne (UE).

Cette révolution a été rendue possible par les progrès scientifiques et technologiques sans précédent du secteur de la nanoélectronique – un smartphone a aujourd’hui une puissance de calcul 1.000.000 de fois supérieure à celle de l’ordinateur de la NASA qui a permis de poser l’homme sur la Lune en 1969.

Nouvelle tendance de fond

Bien que spectaculaire, cette révolution des technologies de l’information ne représente que 15% de l’économie globale. La manière de produire et transporter la plupart des biens qui nous entourent est restée la même depuis la moitié du XXe siècle.

Olivier Rousseaux. ©doc

Depuis 2010-15 cependant, une nouvelle tendance de fond se fait jour. Les progrès réalisés dans les nanotechnologies, l'intelligence artificielle, la robotique et les technologies bio et quantique nous donnent des capacités qui étaient inimaginables auparavant et sont en train de transformer de façon radicale la plupart des secteurs de l’économie classique.

Les sciences médicales et pharmaceutiques en sont un bon exemple. Malgré de nombreux progrès, elles se placent encore pour l’essentiel dans la continuité des techniques découvertes avant la première moitié du vingtième siècle: antibiotiques, imagerie médicale, vaccins et molécules de synthèse.

Le succès des vaccins à ARNm illustre la transformation radicale en cours.

Le succès des vaccins à ARNm illustre la transformation radicale en cours. Au lieu de cultiver des agents viraux classiques, il s’agit maintenant de produire de l’ARNm dont le code génétique spécifique permet d’obtenir l’effet souhaité. Le succès est impressionnant. Selon le New York Times, le vaccin Pfizer-BioNTech est en passe de devenir le médicament le plus vendu de tous les temps et la valeur de marché de Moderna est passée de 7 à 123 milliards.

Cette percée a été obtenue en combinant des compétences de pointe dans les nanotechnologies utilisées pour le séquençage et la synthèse d’ARNm avec une connaissance de pointe dans le domaine des sciences du vivant.

Chez nous, les GAFAM de 2050

C'est précisément là que résident la puissance et la complexité de la révolution deeptech. Il s’agit de travailler à l'intersection des compétences de pointes en tech (nanotechnologies, l'intelligence artificielle électronique ou science des matériaux), et dans le domaine spécifique (transport, énergie, agriculture, pharmacie, ...). Les acteurs qui arriveront à combiner ces compétences avec succès seront les vainqueurs de la révolution deeptech!

Il s’agit ni plus ni moins de faire de notre territoire la Silicon Valley des soins de santé, abritant les prochains géants mondiaux du secteur qui seront en 2050 l’équivalent des GAFAM.

La présence combinée sur le territoire belge d’un écosystème de niveau mondial dans le domaine de la pharma et des sciences du vivant, et d’un pôle de compétence unique en deeptech autour de l’imec nous positionne de manière unique pour mener la danse dans la transformation deeptech du secteur de la santé! Il s’agit d’une opportunité sans précédent et il est temps d’abattre nos cartes. Il s’agit ni plus ni moins de faire de notre territoire la Silicon Valley des soins de santé, abritant les prochains géants mondiaux du secteur qui seront en 2050 l’équivalent des GAFAM.

Investissements colossaux privés et publics

Le talent et les compétences ne suffiront pas à remporter cette bataille. Cette transformation requiert des investissements substantiels, privés comme publics pour soutenir les nouveaux acteurs amenés à dominer le secteur.

À l’heure où les autorités publiques investissent massivement pour relancer l’économie, il est absolument critique de réserver une partie de ces moyens pour soutenir de façon spécifique et ciblée les startups, sociétés, laboratoires et centres de recherche qui nous permettront de mener ces avancées. Il est en effet illusoire de croire que la bataille deeptech peut être remportée sans investissements publics substantiels. Les États-Unis investissent 2,2 milliards de dollars par an dans des entreprises technologiques par le biais des programmes SBIR et STTR. À cela s'ajoutent de nombreux avantages fiscaux et les fameux budgets de recherche de la NASA et de la DARPA. Même les plus riches du monde sont bien subventionnés: en 2015 déjà, le Los Angeles Times titrait qu’Elon Musk avait reçu 4,9 milliards de dollars d'aides gouvernementales.

La frilosité de notre secteur financier pénalise nos entreprises de pointe.

Le secteur financier doit lui aussi franchir un cap pour pouvoir exploiter cette opportunité: il est trop peu familiarisé avec les technologies de pointe, ce qui l'empêche d'évaluer les opportunités et les risques de façon pertinente, avec pour résultat une frilosité dans ce domaine qui pénalise nos entreprises de pointe. La deeptech peut générer d'immenses rendements et une croissance à long terme, mais les investisseurs devront avoir accès aux bonnes compétences pour investir avec la diligence requise.

Par Olivier Rousseaux, directeur des activités de Venturing à l’Imec.

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