analyse

La Belgique peut-elle s’endetter davantage? Tout est dans le dosage

"La dette d'aujourd'hui, ce sont les impôts de demain", estime Georges-Louis Bouchez. "Archi-faux", rétorque Bruno Colmant. ©jonas lampens / Belga

Dette ou pas dette, Georges-Louis Bouchez et Bruno Colmant se fritent sur la question. Leur opposition renvoie à un vrai débat entre deux lignes budgétaires…

"La dette d'aujourd'hui, ce sont les impôts de demain." Elle n’est pas passée inaperçue, cette phrase prononcée dimanche par le président du MR, Georges-Louis Bouchez, en clôture d’une journée de débats digitaux tenus par les libéraux francophones.

"La dette d'aujourd'hui, ce sont les impôts de demain."
Georges-Louis Bouchez
Président du MR

GLB critiquait de la sorte le travail de Paul Magnette et Bart De Wever. L'accord de base négocié cet été entre le socialiste francophone et le nationaliste flamand en vue de former un gouvernement fédéral "portait un projet très à gauche, qui crée de la dette", estime le libéral, avant d’avancer "un principe de réalité: la dette d'aujourd'hui, ce sont les impôts de demain".

"Archi-faux"

"Il est archi-faux de dire que cette dette publique est l’impôt de demain."
Bruno Colmant
Professeur de finance et CEO de Degroof Petercam

Mais pas du tout, a réagi Bruno Colmant. Sur Twitter, le professeur de finance et patron de la banque privée Degroof Petercam n’y est pas allé par quatre chemins. "Quand les taux d’intérêt sont négatifs et que la dette publique est acquise (jusqu’à l’éternité) par la BCE, il est archi-faux de dire que cette dette publique est l’impôt de demain."

Alors, dette ou pas dette ? Ce petit clash digital révèle un vrai débat, entre les tenants du "on n’a pas le choix" (il faut s’endetter pour répondre à la crise du coronavirus) et ceux qui estiment que l’état de nos finances publiques donne peu de marge de manœuvre.

"Une dette à taux zéro, c’est très bien aussi longtemps qu’elle reste à taux zéro", pointe pour sa part l’économiste Etienne de Callataÿ. "Autant il semble intellectuellement justifié de faire de la dette aujourd’hui, autant miser sur ce scénario revient à se rendre tributaire des marchés financiers."

Et demain?

Il développe. "Aujourd’hui, les marchés tablent sur le fait que les taux d’intérêt vont rester très bas pendant très longtemps. Dans un tel scénario, il n’y a pas de risque à s’endetter. Mais si les taux remontent, parce que la BCE n’est pas en mesure de garder les taux au plancher, alors cette facilité devient une fragilité."

"Ce n’est peut-être pas amusant à entendre mais une certaine austérité future devrait pouvoir s’envisager."
Etienne de Callataÿ

Autrement dit, prolonge Etienne de Callataÿ, "un taux d’intérêt à zéro n’est pas une excuse pour ouvrir en grand le robinet de la dette, cela ne doit pas donner l’impression que l’argent coule des murs. Cela ne dispense pas d’une rigueur budgétaire. Attention, je suis d’avis que la situation actuelle demande d’être généreux dans le soutien budgétaire à la reprise. Mais il faut agir de manière mesurée, ciblée. Ce n’est peut-être pas amusant à entendre mais une certaine austérité future devrait pouvoir s’envisager". 

Entre les deux

Le plus vraisemblable, selon l’économiste, est "une dette élevée qu’on laisse rouler en la renouvelant, sur le modèle du Japon, mais assorti tout de même d’un retour à une certaine austérité à l’horizon".

S’il a une préférence pour l’annulation de dette pour cause de Covid, Etienne de Callataÿ juge l’option peu probable. "Ce serait ouvrir la boîte de Pandore - il y aura toujours d’autres bonnes raisons d’annuler par la suite de la dette (le climat, la pauvreté, etc.)."

Bref, conclut Etienne de Callataÿ, "si l’objectif de Georges-Louis Bouchez est de mettre en garde et d’inviter à ne pas se rendre trop tributaire des marchés financiers, il a raison".

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