La chute du prix du sucre ne s'est pas répercutée sur les sodas et confiseries

©Photo News

Avec la libéralisation du marché européen du sucre, le prix et la rentabilité ont chuté. Par contre, les sodas et les confiseries sont restés aussi chers.

Depuis le 1er octobre 2017, le marché européen du sucre a été libéralisé. Résultat: abandon des quotas pour limiter la production, abandon du prix minimum garanti pour les betteraves et du prix de référence pour le sucre. Deux ans après cet électrochoc, l’Observatoire des prix (qui dépend du SPF Économie) dresse un premier bilan. Les agriculteurs ont vu leur rentabilité chuter. Plus étonnant: le consommateur n’y a pas vraiment gagné jusqu’ici.

Hausse de la production. Voyant les prix baisser, la grande majorité des producteurs, qu’ils soient européens ou belges, ont augmenté leur production de betteraves pour préserver leur chiffre d’affaires. Les exportations européennes ont bondi de 48,8% entre 2017 et 2018 alors que les importations ont chuté de 41,7%.

L’Observatoire des prix épingle régulièrement les sodas comme un secteur où la concurrence n’est pas optimale.

La balance commerciale belge affiche la même tendance.

Chute des prix. Du temps des quotas, le prix que recevait un cultivateur pour ses betteraves se composait d’un prix minimum (fixé par l’UE) et d’une partie variable (qui dépendait de la vente de sucre). Depuis la fin des quotas, les surplus de production ont fait chuter le cours du sucre. Entre septembre 2017 et janvier 2019, le prix du sucre sur le marché européen a chuté de 36,3%. Depuis lors, le prix a un peu remonté (+ 2,9%). Selon les estimations de la Confédération des betteraviers belges, le prix belge d’une tonne de betteraves en 2018 serait d’environ 21 euros.

Baisse du nombre de producteurs. Le nombre de producteurs de betteraves est passé de 7.398 en 2016 à 7.236 en 2018 (-2,2%). Il s’agit principalement de producteurs actifs en Flandre (-4,9%), le nombre de producteurs en Wallonie étant resté stable (-0,1%). Dans le même temps, la superficie plantée en betteraves sucrières a progressé de 12,9%, surtout en Wallonie. En 2018, la culture de betteraves se situait à 68% en Wallonie, 31,7% en Flandre et 0,4% à Bruxelles.

Rentabilité en berne. Il faut distinguer les producteurs de betteraves et l’industrie de raffinage. Selon le département Agriculture et Pêche en Flandre, le total des recettes de la production de betteraves sucrières ne suffisait pas à couvrir les coûts en 2017. La baisse des prix européens s’étant poursuivie en 2018, la situation financière des producteurs de betteraves s’est sans doute dégradée depuis lors.

En 2018, le secteur du raffinage de sucre a vu sa rentabilité fortement se dégrader: la marge d’exploitation a baissé de 1,7% tandis que la marge d’entreprise (résultat après impôt) a dégringolé de 25,2%.

Le raffinage de sucre était habituellement un secteur très rentable. En 2018, par contre, le secteur a vu sa rentabilité fortement se dégrader: la marge d’exploitation a baissé de 1,7% tandis que la marge d’entreprise (résultat après impôt) a dégringolé de 25,2%. Seule l’industrie sucrière aux Pays-Bas affiche un résultat légèrement positif en 2018. En France et en Allemagne, on a assisté à des restructurations, avec pour résultat la mise à l’arrêt de certaines raffineries afin de réduire l’offre et d’enrayer la chute des prix. En Belgique, on n’a pas encore observé d’impact immédiat sur les raffineries tirlemontoises, qui font partie du groupe allemand SüdZucker.

Le consommateur pas toujours gagnant. La baisse des prix à la production ne semble pas, pour l’instant, avoir eu d’impact sur l’évolution des prix à la consommation du sucre blanc, des confiseries et de la limonade. "Nous ne sommes pas en mesure d’affirmer si c’est le commerce de détail ou les producteurs de confiseries et de limonade qui sont en cause, car ce n’est pas l’objet de la présente étude", précise Peter Van Herreweghe, directeur de l’Observatoire des prix. La taxe sur le sucre, instaurée en 2016, peut, au moins en partie, expliquer que les prix au détail ne baissent pas aussi rapidement que les prix à la production. Mais ce n’est sans doute pas une explication suffisante. Depuis cinq ans en effet, l’Observatoire des prix épingle régulièrement les sodas comme un secteur où la concurrence n’est pas optimale. "L’Autorité de la Concurrence reçoit nos rapports mais n’a à ce jour encore rien entrepris", constate Peter Van Herreweghe.

©MEDIAFIN

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect