La Défense réclame 2 milliards en plus d'ici 2024

©Photo News

L’armée belge devra recevoir deux milliards en plus d’ici la fin de la prochaine législature pour renouveler son matériel, assurer sa transformation et attirer de nouveaux militaires.

Lorsqu’ils se réuniront pour aborder les questions budgétaires, les partenaires de la future coalition n’auront pas seulement sur la table leurs innombrables promesses de campagne chiffrées récemment par le Bureau du plan. Ils devront également tenir compte de certains engagements pris par le gouvernement sortant.

Parmi ces reliquats, la Défense. Dans le cadre de la Vision stratégique adoptée sous l’ancien ministre Steven Vandeput, le gouvernement Michel a en effet mis en chantier une nouvelle réforme de l’armée. Objectif: procéder à un large renouvellement des matériels après des années de disette, assurer le remplacement des militaires qui partent à la retraite et rapprocher la Belgique des standards budgétaires demandés par l’Otan.

Pour les décideurs politiques, cette perspective s’apparente à une révolution copernicienne.

Une équipe mandatée par le patron de l’armée (CHOD), le général Marc Compernol, a sorti ses calculettes. L’Echo a pris connaissance du résultat des projections de ce panel. Ce dernier évalue les besoins de la Défense à deux milliards d’euros en plus en 2024 par rapport à 2019. Sur cette somme, l’augmentation vers un premier milliard doit être consacrée à l’achat d’équipements, conformément aux engagements pris par le gouvernement sortant. Ce dernier a prévu un plan d’investissements en matériels de 9,4 milliards d’euros jusqu’en 2030 pour acheter 34 nouveaux avions de chasse, des drones, six navires de lutte contre les mines, deux frégates, plusieurs centaines de véhicules blindés, un avion ravitailleur, des moyens de lutte pour la cybersécurité…

Des décisions ont été prises sur la toute grande majorité de ces dossiers et, même si les premiers équipements ne commenceront à arriver qu’à partir de 2023, la Défense devra déjà payer de nombreux acomptes et factures dès l’année prochaine.

Pour accueillir les F-35, il faudra ainsi moderniser les bâtiments de Florennes et de Kleine-Brogel.

L’augmentation vers le deuxième milliard s’explique quant à elle par la mutation de l’armée. C’est ce que le général Compernol appelle "la partie immergée de l’iceberg" ou "la couche structurelle" qui découle de l’interaction entre le personnel, le matériel et le fonctionnement. Pour utiliser les nouveaux équipements, l’armée devra en effet former son personnel, mettre en place de nouveaux concepts et adapter la maintenance et les infrastructures.

Pour accueillir les F-35, il faudra ainsi moderniser les bâtiments de Florennes et de Kleine-Brogel. Idem pour les avions de transport A400M – dont le premier exemplaire arrivera en 2020 –, qui ne rentrent pas dans les hangars de Melsbroek abritant les C-130. Les infrastructures d’accueil pour les nouveaux navires de la marine devront également subir un relifting à Zeebruges et les systèmes pour la composante terre qui seront livrés dans le cadre du partenariat stratégique avec la France exigeront la mise aux normes des installations existantes.

©MEDIAFIN

Compenser les départs

Et puis, il y a le personnel, l’un des grands défis de la Défense dans les années à venir. L’armée devra recruter durant la prochaine législature plus de 10.000 jeunes pour compenser les nombreux départs à la retraite qui vont intervenir. Elle devra pour cela améliorer l’attractivité du métier de militaire, augmenter les recrutements, renforcer sa compétitivité sur le marché du travail et s’ouvrir davantage à certaines franges de la population. Tout cela aussi aura un coût. Même le recours à l’externalisation de certaines fonctions, qui doit permettre d’assurer la continuité des services d’appui au profit du personnel dans les quartiers (gardiennage, entretien des bâtiments…) a certaines répercussions financières.

2,8
milliards
Le budget annuel de la Défense est d’environ 2,8 milliards d’euros pour 2019.

Le budget annuel de la Défense est d’environ 2,8 milliards d’euros pour 2019. Selon les calculs effectués, il faudrait y ajouter en moyenne 400 millions par an sur les cinq prochaines années. La Vision stratégique prévoyait de faire évoluer l’effort de défense (la somme du budget de l’armée et des dépenses de pension) d’environ 0,9% du produit intérieur brut aujourd’hui à 1,1% en 2024, pour atteindre 1,3% en 2030. Un scénario dépassé. En prenant en compte la dette liée aux contrats (le premier milliard) et les besoins liés à la couche structurelle (le deuxième milliard), l’effort devrait atteindre 1,26% dès la fin de la prochaine législature, fait-on valoir à Evere.

La crédibilité du pays

Pour les décideurs politiques, cette perspective s’apparente à une révolution copernicienne. Car les économies chroniques réalisées depuis la fin de la Guerre froide ont relégué la Belgique à l’avant-dernière place du classement des dépenses de défense au sein de l’Otan. Désormais, il va falloir réinvestir. Même en tenant compte du scénario de l’état-major, notre pays ne fera que s’approcher de la contribution moyenne (en 2015) des partenaires européens de l’Otan sans capacité nucléaire. Mais il restera encore très loin de la demande de l’Alliance atlantique de consacrer 2% du PIB à la Défense.

"On aurait des avions et des véhicules qui resteraient dans les casernes faute de personnel qualifié et de moyens pour les utiliser."

Aucune marge de manœuvre n’existe pour les grands programmes d’acquisition de matériel. Quant à rogner sur la couche structurelle, cela mettrait en péril le fonctionnement de l’ensemble. "On aurait des avions et des véhicules qui resteraient dans les casernes faute de personnel qualifié et de moyens pour les utiliser", avertit un haut gradé, qui évoque également les répercussions sur la crédibilité du pays en cas de non-réalisation des engagements pris par la Belgique au sein de l’Otan, mais également vis-à-vis de l’Union européenne.

Le fonds pour la participation au futur projet d'avion de combat européen mort-né?

En achetant le F-35 à l’américain Lockheed Martin, la Belgique a réalisé une économie de 647 millions d’euros par rapport au budget prévu par la Vision stratégique pour le renouvellement des F-16. Le gouvernement Michel a dès lors décidé de consacrer 277 millions d’euros pour le préfinancement des "retours sociétaux" et permettre à l’industrie aéronautique belge d’améliorer sa compétitivité pour monter à bord du programme F-35 et décrocher la fabrication de certains éléments de l’appareil.

Quelque 369 autres millions doivent être injectés dans un projet d’appareil de combat européen du futur. Si la première enveloppe, qui doit servir dans l’immédiat, est prise en compte dans les calculs de la Défense pour la prochaine législature, ce n’est pas le cas à ce stade de la deuxième, indique-t-on à Evere.

La décision finale appartiendra évidemment au prochain gouvernement, mais vu l’importance des moyens qui seront nécessaires pour le refinancement de l’armée, il y a gros à parier que le futur fonds servira de variable d’ajustement.

Deux programmes concurrents coexistent en Europe: le Scaf (système de combat aérien du futur), porté par le tandem franco-allemand mais ouvert à d’autres pays, et le projet britannico-italien Tempest.

La Belgique, qui avait refusé de s’engager dans le projet F-35 lors de son lancement, n’a encore pris aucune décision sur une éventuelle participation à l’un des deux programmes européens. En France, des voix se sont élevées pour s’opposer à une entrée des Belges dans le Scaf, suite à l’achat de F-35 par notre pays.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect