"La destruction des masques fut une erreur"

Maggie De Block était sous le feu des questions des députés. ©BELGA

L'ancienne ministre de la Santé Maggie De Block admet avoir commis des erreurs, mais invite à tenir compte du contexte de l'époque.

Séance marathon à la Chambre pour l’audition de Maggie De Block sur la gestion de la crise sanitaire au printemps dernier. Pendant plus de dix heures, l’ancienne ministre de la Santé a répondu aux questions des députés au sujet des manquements et dysfonctionnements supposés de son département. Morceaux choisis.

Masques

Maggie De Block a admis avoir commis "une erreur" en faisant détruire le stock de 22 millions de masques constitué pour parer à la grippe H1N1.

"Le stock stratégique était périmé, il fallait s’en débarrasser."
Maggie De Block
Ancienne ministre de la Santé

Mais elle a tenu à replacer cette décision dans le contexte de l’époque. "Le stock stratégique était périmé, il fallait s’en débarrasser, car les masques n’étaient plus utilisables. Mais ce fut une erreur de ne pas les avoir renouvelés tout de suite", a-t-elle indiqué.

Elle a expliqué que son projet était de décentraliser le stock et de le gérer selon un système de rotation. "Il fallait mettre fin au système d’un stock stratégique prenant la poussière jusqu’à sa péremption. Mais cela ne pouvait pas se faire du jour au lendemain et nous n’avions pas pensé que c’était urgent."

Drama queens

Beaucoup lui ont reproché la façon dont elle avait minimisé les événements lorsque la pandémie frappait la Chine. Elle avait qualifié ses contradicteurs de "drama queens".

"On disait à l’époque que le Covid-19 était moins mortel, mais plus contagieux que la grippe."
Maggie De Block

Maggie De Block a tenu à rappeler le contexte qui prévalait à l’époque. "J’ai toujours décidé en âme et conscience en m’appuyant sur les avis formulés par l’Organisation mondiale de la santé et en me basant sur les connaissances scientifiques du moment. Or, on disait à l’époque que le Covid-19 était moins mortel, mais plus contagieux que la grippe. On disait aussi que le virus se transmettait des animaux aux humains, mais pas entre humains. Nous découvrions un phénomène nouveau."

"Si l’OMS a attendu aussi longtemps avant de déclarer l’état de pandémie, c’était sans doute pour éviter des incidents diplomatiques", a-t-elle encore précisé.

Paralysie institutionnelle

De Block a admis que l’organisation institutionnelle du pays rend difficile une action rapide et cohérente. "Je n’ai jamais demandé à avoir 8 collègues pour gérer la santé, même si je m’entendais bien avec chacun d’entre eux. (…) En conférence interministérielle, nous avons perdu des heures pour faire comprendre à chacun ce qu’il pouvait ou ne pouvait pas faire."

"Un bateau ne prend pas la mer avec 9 capitaines."
Maggie De Block

Mais surtout, elle souligne que le cadre législatif et l’architecture de gestion de crise ne sont pas conçus pour une crise longue et globale. "Dans de telles circonstances, une hiérarchie des normes serait indiquée. Un bateau ne prend pas la mer avec 9 capitaines... Nos pouvoirs publics sont en outre insuffisamment aguerris pour gérer des situations de crise", a estimé De Block.

Certains plaident pour une refédéralisation de certaines compétences. L’ancienne ministre a fait savoir qu’elle n’avait "pas de tabou" à ce sujet, mais que la simplification pouvait s’opérer dans les deux directions, soit en défédéralisant davantage soit en refédéralisant.

Cacophonie de la communication

Sur ce point, Maggie De Block a admis que "les politiques n’étaient pas toujours d’accord entre eux, pas plus que les experts d’ailleurs". "Nous sommes un pays libre, chacun a le droit de s'exprimer. Ce n’est pas toujours beau à voir, mais quand je lis les journaux aujourd’hui, je constate que les choses n’ont pas beaucoup changé depuis lors", a-t-elle asséné.

Elle s’est aussi rappelée de réunions du Conseil national de sécurité où l’experte Erika Vlieghe planchait encore sur la rédaction du communiqué tandis que son collègue Marc Van Ranst était déjà sur les plateaux de télévision… La ministre et le très médiatique virologue sont plusieurs fois allés au clash au cours des derniers mois.

Vacances de ski

La semaine des vacances de ski en février 2020 a permis au virus de se propager très rapidement dans toute l’Europe. "Le professeur Herman Goossens avait estimé à l’époque que le risque d’être contaminé sur les pistes de ski était très limité. Sachant ce qu’on sait aujourd’hui, nous n’aurions sans doute pas interdit aux gens de partir au ski, mais nous les aurions certainement testés au retour", a assuré Maggie De Block.

"Nous recevions des mises en garde contre la crise mentale qui gagnait la population."
Maggie De Block

Relâchement coupable en septembre

La ministre a admis qu’on a sans doute un peu trop relâché à la fin de l’été dernier, "mais les gens étaient déjà lassés et fatigués", justifie-t-elle. "Nous recevions des mises en garde contre la crise mentale qui gagnait la population. En outre, les chiffres étaient rassurants même si on sait qu’une épidémie obéit aux lois exponentielles."

Le résumé

  • Maggie De Block admet qu'il aurait fallu remplacer sans attendre le stock de masques périmés.
  • Elle ne pense pas avoir minimisé la dangerosité du virus, ne faisant que suivre l'OMS.
  • Elle plaide pour une hiérarchie des normes en situation de crise.
  • Elle justifie le relâchement de l'été dernier par la lassitude qui gagnait la population.

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