La deuxième vague déferle sur des hôpitaux affaiblis

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On enregistre entre 15 et 20% d'absents parmi le personnel hospitalier. Un taux trois fois supérieur à la normale qui s'explique par les efforts fournis par le secteur durant la première vague de l'épidémie.

Bulletin épidémiologique du 23 octobre 2020. Le virus mobilise 3.649 lits d'hôpital, une augmentation de 87% en une semaine. Le 22 octobre, 573 lits en soins intensifs étaient occupés par des patients Covid. Un bond de 75% en sept jours. C'est dans ce contexte d'accélération que les hôpitaux sont à nouveau sous pression. La deuxième vague est bien là et le secteur est inquiet. Très inquiet.

Entre le printemps et l'automne, la situation a bien changé. "Lors de la première vague, le stress venait des pénuries en matériel mais nous savions comment nous organiser", confirme Yves Smeets, directeur général de Santhea, fédération patronale d’institutions de soins de santé wallonnes et bruxelloises. "Mais aujourd'hui, comment allons-nous absorber ce flux de malades compte tenu de l'affaiblissement de nos forces?" Ce n'est plus le matériel mais le personnel qui manque cruellement. À défaut de statistiques précises, les fourchettes qui circulent depuis une semaine se confirment à plusieurs sources.

"D’après les retours que nous avons, le taux d’absence s’établit entre 15 et 20%, tout type de personnel compris", poursuit Yves Smeets. On parle donc des médecins, du personnel infirmier, mais aussi du personnel d'accueil et du personnel de nettoyage, essentiels pour une gestion efficace des admissions. En temps normal, ce taux est compris entre 6 et 8%. La crise Covid et son lot de quarantaines, de maladies, d’épuisement, de burn-outs et de congés accumulés en fin d'année aura donc fait quasiment tripler l’absentéisme en milieu hospitalier, indique-t-on chez Santhea.

"En mars, nous avions quasiment mis l'hôpital à l'arrêt, ce qui nous avait permis de réorienter le personnel pour staffer les lits Covid, qu'ils soient classiques ou en soins intensifs. Ce n'est plus possible aujourd'hui."
Isabelle Loeb
Directrice médicale de l'Hôpital Saint-Pierre de Bruxelles

Même topo du côté de la Fédération nationale des infirmières de Belgique. "Lors de la première vague nous n’avions pratiquement aucune infirmière malade aux urgences et aux soins intensifs, cette fois-ci ce n’est plus du tout le cas", y relève-t-on. La fédération a sondé les hôpitaux. Résultat, à nouveau des taux d'absentéisme de 15 à 20% avec des situations particulièrement préoccupantes à Liège, Bruxelles et dans le Hainaut. Autre hasard malencontreux, c'est cette année que la formation d'infirmier est passée de trois à quatre ans, faisant entrer moins de personnel frais sur le marché du travail en juin.

"En mars, nous avions quasiment mis l'hôpital à l'arrêt, ce qui nous avait permis de réorienter le personnel pour staffer les lits Covid, qu'ils soient classiques ou en soins intensifs. Ce n'est plus possible aujourd'hui puisque l'hôpital a retrouvé un fonctionnement normal", ajoute le Dr Isabelle Loeb, directrice médicale au CHU Saint-Pierre de Bruxelles. Les hôpitaux doivent se réorganiser en des temps très courts. D'ici le 2 novembre, ils devront passer en phase 2A. "On est dans une situation (1B) où on demande 15% de lits Covid en plus, avec 20% de personnel en moins. La 2A c'est 40% de lits Covid en plus", s'inquiète Philippe Devos, président de l'Absym, association belge des syndicats médicaux, via l'agence Belga . "Les hôpitaux ont reçu l'ordre d'arrêter les opérations chirurgicales non urgentes, on ne va plus faire que des soins vitaux dans les hôpitaux dans les prochains jours, voire les prochains mois", dit-il. "Nous avons déjà dit que ce délai était beaucoup trop court", ajoute Isabelle Loeb, qui signale que si le système de transferts de patients entre hôpitaux fonctionnait mieux, le secteur aurait eu quelques jours de plus pour s'organiser.

Les lits en soins intensifs pour maladies contagieuses nécessitent beaucoup de personnel infirmier. Selon certains échos, la pénurie de personnel pourrait réduire le potentiel total de lits en soins intensifs, estimé à 2.000 à l'échelle du pays.

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