La faillite de l'État, épisode X

Journaliste

Les couacs dans la circulation d'informations sur Jürgen Conings mettent à mal l'efficacité de nos services de sécurité.

Une immense lassitude nous étreint au moment d'entamer ce nouvel exercice éditorial. Une fois de plus, il nous faut commenter l'incurie de la machine étatique belge à l'occasion d'une crise menaçant directement la sécurité de la population. Les derniers éléments mis en lumière sur la dangerosité de Jürgen Conings et sur le niveau d'information de nos services de sécurité à son sujet, mais encore quant au timing de la récolte de ces informations et leur circulation sont sans appel. Au moment où ce spécialiste de la guerre entamait son aventure solitaire, l'administration disposait de toutes les données nécessaires pour prévenir cette course folle.

À entendre la ministre de la Défense Ludivine Dedonder (PS), entre le 17 février où Jürgen Conings devient le seul militaire classé en niveau 3 sur la liste de l'Ocam et le vol des armes de guerre le 17 mai, rien n'a été entrepris pour l'empêcher d'agir. Si la ministre n'a effectivement pas été mise au courant, sa responsabilité politique reste engagée. Pour l'heure, elle bénéficie toujours du soutien du gouvernement, mais sa position est suspendue au dénouement de la traque de l'ex-militaire.

L'affaire est d'autant plus désastreuse pour la Défense et la Sûreté qu'il ne s'agissait pas ici d'un réseau dormant piloté depuis l'étranger, mais bien d'un membre de notre armée.

Ce mercredi à la Chambre, les députés Denis Ducarme (MR) et Georges Dallemagne (cdH) ont posé une question comme on lance un cri de désespoir: n'a-t-on rien retenu des attentats de 2016? Les services de sécurité belges n'avaient pas été en mesure de prévenir leur perpétration qui était pourtant l'oeuvre de terroristes issus d'un même réseau basé à Bruxelles. Un réseau qui avait déjà frappé Paris quatre mois auparavant. Une commission d'enquête parlementaire avait, en 2017, accouché d'une kyrielle de recommandations. Quatre ans plus tard, on doit encore déplorer le fait qu'un terroriste potentiel, d'extrême droite cette fois, est toujours dans la nature après plus d'une semaine de cavale et malgré les moyens exceptionnels mobilisés pour sa capture.

L'affaire est d'autant plus désastreuse pour la Défense et la Sûreté qu'il ne s'agissait pas ici d'un réseau dormant piloté depuis l'étranger, mais bien d'un membre de notre armée, repéré depuis des années pour ses idées extrêmes et finalement catalogué dangereux. Une information restée bloquée de manière incompréhensible au niveau des renseignements militaires pendant que Jürgen Conings continuait de jouir d'un accès facile à l'armurerie de sa caserne.

La ministre de la Défense annonce des réformes, des investissements et un renforcement de la Défense. Et pourvu que la Belgique ne coure plus derrière la menace, quelle qu'elle soit.

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