La FGTB isolée sur la forme, mais pas sur le fond

©Tim Dirven

Quelque 10.000 militants de la FGTB ont battu le pavé à Bruxelles pour défendre la sécurité sociale. Bien que la CSC et la CGSLB prônent aussi son refinancement, elles ne participaient pas à la manifestation. Une divergence stratégique?

Les vestes rouges du syndicat socialiste étaient les seules de sortie mardi matin dans les rues de la capitale. Les verts et les bleus n’ont quant à eux pas bravé le froid piquant pour défendre la Sécu. Résultat: à peine 10.000 personnes ont participé à l’action de la FGTB.

Si cette affluence ne doit pas faire rougir le syndicat socialiste, elle est toutefois bien éloignée de celle des rassemblements organisés en front commun ces dernières années. En novembre 2014, pas moins de 120.000 personnes avaient été mobilisées par les trois organisations syndicales pour contester les premières mesures du gouvernement Michel. Par la suite, elles étaient encore parvenues à rassembler 45.000 et 60.000 manifestants dans la capitale à l’occasion d’autres actions contre la suédoise.

Parole contre parole

Cette fois-ci, la FGTB était donc la seule à battre le rappel. Un désaccord entre les organisations représentatives des travailleurs se cache-t-il derrière cette absence d’unité? Pas du tout, assure-t-on du côté de la CSC. "Nous n’avons pas été conviés à la manifestation. La FGTB avait la volonté de sortir seule et nous n’avons donc pas eu à nous prononcer sur notre participation", y explique-t-on.

Dans nos colonnes, le président de la FGTB, Robert Vertenueil, s’inscrit en faux par rapport à ces déclarations. Il affirme avoir proposé à trois reprises à Marc Leemans, son homologue du syndicat chrétien, de se joindre à l’organisation de la manif. Parole contre parole donc…

"La FGTB montre qu’elle est en ordre de marche pour les élections sociales."
Pierre tilly Professeur UCLouvain

Malgré l’absence de front commun, M. Vertenueil estime que le message en faveur de la défense de la Sécu n’est aucunement déforcé. "Il y a un consensus sur le message politique, mais il n’y en avait pas sur le fait de manifester ou pas."

Une analyse confirmée à la CSC: "Les revendications sont les mêmes. Sur ce dossier-là, excepté aujourd’hui, on s’est toujours exprimé en front commun et on continuera à le faire."

Du côté de la CGSLB, on assume de ne pas avoir participé à l’action menée par la FGTB. Le syndicat libéral explique qu’il a "décidé d’intervenir dans le débat sur l’avenir de la sécurité sociale autrement", notamment via un processus d’information et de réflexion.

"Faire descendre des militants dans la rue maintenant nous semble prématuré, d’autant plus que le gouvernement en affaires courantes ne peut prendre aucune décision et que le prochain exécutif fédéral de plein exercice tarde à se constituer", souligne-t-il.

Élections sociales en vue

Pour justifier le timing de son action, la FGTB assure qu’elle entendait s’adresser à tous les partis engagés dans les négociations fédérales. "Les idées qui circulent dans le monde politique à propos de la Sécu, cela nous fait un peu frémir! On se dit qu’on avait donc bien raison de considérer qu’il fallait battre la voie publique pour rappeler à tous les partis que la Sécu est la propriété des travailleurs", explique M. Vertenueil.

Même si les organisations syndicales s’en défendent, l’approche des élections sociales pourrait aussi avoir pesé dans la balance.

"Je ne peux pas empêcher certaines personnes de penser cela, mais moi je me refuse à le faire. Le sujet de la sécurité sociale est beaucoup trop important que pour croire qu’une organisation s’en jouerait" pour ce motif, affirme encore Robert Vertenueil.

Un autre observateur attentif du monde syndical modère quant à lui l’importance de telles actions sur les scrutins prévus en mai prochain. "Les élections sociales se jouent avant tout en entreprise. ça, nous en sommes sûrs, explique-t-il. Savoir si, réellement, l’organisation d’une manifestation quelques mois avant les scrutins peut peser… on n’en sait rien!"

D’après le spécialiste en histoire sociale, Pierre Tilly (UCLouvain), il n’est pas étonnant que les syndicats n’agissent pas en front commun en cette période. "Avant ces élections, chacune des organisations a tendance à mobiliser ses effectifs de manière différente en fonction de sa culture historique. Du côté de la FGTB, c’est clair qu’il faut chauffer un peu les troupes à blanc, notamment en manifestant dans la rue", analyse-t-il.

Cette approche s’inscrit dans la culture d’action et de terrain, importante au syndicat socialiste. À la CSC, cette culture existe aussi, mais historiquement, "la dimension de recherche du compromis" y occupe une place plus grande. Le fait qu’elle n’était pas présente à la manifestation ne serait donc pas particulièrement surprenant.

"La FGTB montre qu’elle est en ordre de marche pour les élections, mais surtout, elle adresse un message aux employeurs et à un futur gouvernement", précise le professeur louvaniste.

Pour ce faire, elle a choisi avec la défense de la sécurité sociale un thème particulièrement rassembleur. "Le caractère spécifique de cette action, c’était vraiment qu’on manifestait en guise d’avertissement plutôt qu’en réaction", conclut-il.

FEB | "Au lieu de manifester, Relevons le taux d’emploi."

La Fédération des entreprises de Belgique (FEB) prône un relèvement du taux d’emploi, plutôt que des manifestations, pour soutenir la Sécu. "Au lieu de manifester en rue, il me semble plus constructif de formuler des propositions politiques constructives. Si nous parvenons à relever notre taux d’emploi, nous augmentons les recettes et nous diminuons les dépenses de la sécurité sociale", lance son administrateur-délégué, Pieter Timmermans.

La FEB martèle que la sécurité sociale doit être durable, par le biais d’un équilibre entre la solidarité et l’assurance. "En 2020, cet équilibre est compromis, particulièrement pour nos pensions", souligne-t-elle. "Les pensions légales représentent le plus gros poste (41%) des dépenses totales de la sécurité sociale. Et pourtant, la contrepartie est trop faible. Le ratio de remplacement (c’est-à-dire le rapport entre la pension nette et le salaire net gagné par le travail) est particulièrement faible: 50,1%", explique la Fédération patronale. Cette dernière précise en outre que notre pays investit 28,9% de son PIB dans les dépenses sociales, ce qui le place dans le peloton de tête de l’OCDE.

À ses yeux, plusieurs mesures peuvent être prises pour garantir la stabilité de la Sécu. Elle évoque la prévention des risques ou une affectation de l’enveloppe bien-être prioritairement à la lutte contre la pauvreté. Elle estime aussi qu’une sécurité sociale performante "doit stimuler le travail qui doit toujours être plus avantageux que l’inactivité". En conclusion, la FEB rappelle que les partenaires sociaux ont repris ces lignes directrices dans une déclaration commune. "Ce n’est pas un chiffon de papier", insiste Pieter Timmermans.

 

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés