La fiscalité belge prohibitive effraie les investisseurs

D'après l'école de commerce IMD, basée à Lausanne, la Belgique brille certes par la qualité de son enseignement et sa protection sociale mais elle fait fuir les investisseurs avec une fiscalité prohibitive.

La Belgique est le 23e pays le plus compétitif au monde, d’après le baromètre annuel réalisé par IMD, une prestigieuse école de commerce basée à Lausanne. Par rapport aux deux dernières années, c’est la stabilité qui prévaut. En 2016, nous étions 22e et en 2015 à nouveau 23e d'un hit-parade emmené par Hong Kong, devant la Suisse et Singapour.

Si on compare avec la 31e place de la France et la 13e place de l’Allemagne, la Belgique ne s’en sort donc pas trop mal. En revanche, si on se réfère aux autres petites économies ouvertes comme les Pays-Bas (5e), la Suisse (2e), l’Irlande (6e), le Danemark (7e) et le Luxembourg (8e), la Belgique fait plutôt pâle figure. Lorsqu’il s’agit d’attirer des investisseurs étrangers qui cherchent un "hub" (porte d’entrée) sur le continent européen, ce sont ces petits pays qui emportent généralement la mise.

Ce rapport, qui est proposé chaque année depuis 1989, a été réalisé à partir de données fournies par la Fédération des entreprises de Belgique.

©MEDIAFIN

 

Enseignement et filet social

Parmi les points forts de l’économie belge, on épingle le système éducatif où on occupe la deuxième place. La Belgique est le pays qui investit le plus d’argent public par élève au monde. Nous sommes également numéro un pour le faible nombre d’illettrés au sein de la population. Combiné à un enseignement supérieur largement démocratisé, cela donne une main-d’œuvre appréciée par les investisseurs pour son haut niveau de qualification. D’autres objecteront que le système scolaire en Belgique est inégalitaire, mais cet aspect n’est pas pris en considération dans l’étude IMD.

La Belgique peut également se prévaloir d’un taux de pauvreté assez bas. Le coefficient Gini (qui mesure les écarts de revenus) nous place en 11e position au classement des pays les plus égalitaires (avec des données qui datent certes de 2014). C’est le signe d’une sécurité sociale performante.

94%
L’égalité entre hommes et femmes est un autre point fort. Le revenu disponible des femmes équivaut en moyenne à 94% de celui des hommes (n°1 mondial). Quant à la représentation féminine en politique, elle nous vaut une deuxième place mondiale.

Chômage des jeunes

"Il faut de toute urgence réduire l’impôt des sociétés pour libérer la création de valeur qui ne peut venir que du secteur privé. La plupart des pays se sont attaqués à ce chantier, la Belgique pas encore."
Christos Cabolis
Economiste en chef chez IMD

La Belgique affiche en revanche un certain nombre de points noirs, à commencer par la pression fiscale où on occupe l’avant-dernière place du classement (62). Le constat vaut tant pour les personnes physiques (59) que pour les entreprises (56). "Il faut de toute urgence réduire l’impôt des sociétés pour libérer la création de valeur qui ne peut venir que du secteur privé", recommande Christos Cabolis, économiste en chef chez IMD. "La plupart des pays se sont attaqués à ce chantier, la Belgique pas encore."

L’autre souci majeur, c’est le marché de l’emploi où le cadre législatif rigide freine l’embauche, surtout chez les jeunes. "Ce qui a des répercussions non seulement sur la création de valeurs mais aussi sur la cohésion sociale", prévient Christos Cabolis.

Le bilan environnemental n’est pas des meilleurs non plus. Nous sommes 46e pour l’utilisation des énergies renouvelables et 55e pour l’exposition aux particules fines.

Classement: hong kong confirme sa première place

Hong Kong a confirmé sa place en tête du classement IMD des 63 économies les plus compétitives. L’ancienne colonie britannique avait détrôné l’an dernier la Suisse, jusque-là abonnée à la première place. Le podium est complété par Singapour qui repousse les Etats-Unis à la quatrième place, sa moins bonne position depuis cinq ans. Le top 5 est complété par les Pays-Bas, qui ont réalisé un bond à partir de la huitième place qu’ils occupaient l’an dernier.

D’après le professeur Arturo Bris, qui a dirigé cette étude, les pays qui ont enregistré les progrès les plus notables sont ceux qui se sont concentrés sur la gouvernance publique et la productivité, deux facteurs qui contribuent largement à instaurer un climat des affaires favorable. La Chine a bondi de 7 places au classement, passant du 25e au 18e rang. Pour Arturo Bris, c’est le résultat d’un engagement fort pour développer son commerce international. "C’est ce qui stimule l’économie ainsi que l’efficacité des pouvoirs publics."

En bas du classement, on retrouve des pays traversés par un fort climat d’instabilité politique et économique: l’Ukraine (60e), le Brésil (61e) et le Venezuela (63e). "Cette instabilité chronique explique le peu d’efficacité des pouvoirs publics qui, à son tour, condamne ces pays à végéter au fond du classement", explique Arturo Bris.

Pour la première fois cette année, IMD propose un classement de la compétitivité digitale. En tête, on retrouve Singapour, suivi de la Suède, des Etats-Unis, de la Finlande et du Danemark. D’après Arturo Bris, l’innovation technologique dépend en premier lieu du soutien des pouvoirs publics, notamment d’une main-d’œuvre compétente.

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