tribune

La guerre scolaire d’Elon Musk

En Belgique, nous sortons tout juste d’une guéguerre scolaire. Outre-Atlantique, Elon Musk mène une croisade pour un autre concept d’enseignement.

Depuis plusieurs semaines, en Belgique, l’enseignement fait l’objet d’intenses débats : sur la nécessité de fermer les écoles ou non, sur les objectifs d’apprentissage et sur la nomination des enseignants. C’est très utile, mais cela ne doit pas nous faire oublier l’essentiel : comment l’école doit-elle s’y prendre pour préparer à nos jeunes un avenir aussi radieux que possible d’ici 2050 ?

Pedro Matthynssens. ©rv

Nous vivons une époque d’intense remise en question de nos certitudes, dans notre quotidien comme dans le monde de l’entreprise. Mais pas dans l’enseignement, dirait-on. Ce n’est guère logique : l’enseignement qu’on propose aujourd’hui aux jeunes est à des années-lumière du monde dans lequel ils vivent et plus encore de celui dans lequel ils seront amenés à travailler plus tard.

L’enseignement qu’on propose aujourd’hui aux jeunes est à des années-lumière du monde dans lequel ils vivent et plus encore de celui dans lequel ils seront amenés à travailler plus tard.

Quelques exemples : 

  • On considère encore l’enseignement comme la source première d’informations et de connaissance. Pourtant, chaque élève a dans la poche un smartphone qui lui donne accès à un volume d’informations que nul ne saurait emmagasiner. Faut-il trouver ça normal ?
  • On fait passer aux élèves des tests et des examens où on les oblige à venir les mains vides, où on leur interdit de parler à quiconque, et où ils doivent reproduire sur papier des savoirs et des connaissances. Alors que ce sont les élèves capables d’utiliser le numérique pour établir de nouvelles relations et créer de nouvelles visions du monde qui seront les champions de demain. Faut-il trouver ça normal ?
  • On a investi l’an dernier des centaines de millions d’euros dans des bâtiments et dans des travaux de maintenance. Dans des briques et du ciment, qui ne contribuent pourtant en rien à l’épanouissement de nos jeunes. Faut-il trouver ça normal ? 

Vingt boulots, cinq carrières 

Voyons l’évolution qu’a connue l’enseignement et comparons-la à celle d’autres environnements qui, eux, ont su s’adapter au développement technologique : un bloc opératoire, un cabinet dentaire ou un bureau partagé, par exemple. Le contraste est stupéfiant.

Quand nos ados auront atteint la quarantaine, ils seront nombreux à avoir exercé vingt métiers et mené cinq carrières différentes.

Quand nos ados auront atteint la quarantaine, vers 2050, ils exerceront des métiers qui n’existent pas encore. Ils seront nombreux à avoir exercé vingt métiers et mené cinq carrières différentes. Avec la numérisation, l’intelligence artificielle et la robotique, bien des professions d’aujourd’hui auront disparu. Pour garder sa place, économiquement, dans une société en mutation de plus en plus rapide, chacun devra constamment se réinventer sur le plan professionnel. L’ordinateur sera devenu plus intelligent que l’humain, et de toutes les professions, celles qui auront le plus fort impact éthique et philosophique seront : informaticien et ingénieur.

Est-ce à ce monde-là que nous préparons nos élèves et nos étudiants d’aujourd’hui ? Hélas, non, trois fois non.

L’école AstraNova 

Rien ne nous empêche pourtant de revoir notre conception de l’enseignement, en partant des grandes questions qui suscitent l’intérêt des jeunes aujourd’hui, et d’essayer avec eux d’y trouver des réponses. De manière transversale, sans s’arrêter aux limites des matières scolaires. Le changement climatique, l’énergie verte, la pauvreté, les pandémies, la mobilité, les robots, l’Europe et le nationalisme... Ce ne sont que quelques-uns des mille et un thèmes complexes susceptibles d’être étudiés de manière multidisciplinaire.

Où pensez-vous que les jeunes seront le mieux préparés à l’avenir qui les attend ? Chez AstraNova ou chez nous ?

Avec quelques collaborateurs de sa société SpaceX, Elon Musk a lancé sa croisade scolaire en créant une institution d’enseignement — expérimentale — accueillant une quarantaine d’enfants de 7 à 14 ans. Les apprentissages prévus sont divers : présenter des exposés aux camarades, savoir programmer en différents langages, construire des ballons météo, des fusées et des robots de combat, mais aussi résoudre des questions éthiques comme la pollution industrielle dans l’environnement.

Pour apprendre aux enfants le commerce et l’entrepreneuriat, cette école a créé sa propre monnaie et les enfants organisent un marché plusieurs fois par an. On évalue leur travail personnel, mais sans attribuer de note globale par période. Depuis 2019, l’école s’ouvre à d’autres élèves, d’après des critères de diversité et d’originalité et d’après leurs réponses à un questionnaire. En 2020, sous le nom AstraNova, elle est passée intégralement au distanciel, ouvrant aux enfants du monde entier la possibilité de s’y inscrire dès septembre 2021.

Où pensez-vous que les jeunes seront le mieux préparés à l’avenir qui les attend ? Chez AstraNova ou chez nous ? Poser la question, c’est y répondre. L’avenir de notre enseignement — et donc l’avenir de nos jeunes, de notre société et de notre économie — mérite un débat approfondi.

Et si on demandait à Elon Musk ce qu’il pense de nos guéguerres scolaires ?  

Pedro Matthynssens
CEO Vanbreda Risk & Benefits

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