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La juge Panou lève un coin du voile sur les attentats de Paris

Isabelle Panou a déposé en tant que témoin, ce mardi, devant la cour d'assises spéciale de Paris. ©Photo News

Pour la première fois, la juge d'instruction bruxelloise Isabelle Panou s'est exprimée publiquement sur l'enquête des attentats de Paris, en tant que témoin, devant la cour d'assises. Une plongée saisissante.

Elle est peut-être le personnage central le plus méconnu du dossier judiciaire des attentats de Paris et Bruxelles. La juge d'instruction bruxelloise Isabelle Panou, 53 ans, a déposé en tant que témoin, ce mardi, devant la cour d'assises spéciale de Paris, sur son rôle dans l'enquête sur les attentats du 13 novembre 2015.

Dans un exposé long de plusieurs heures, jugé précis et haletant, elle a dépeint toute la profondeur et les difficultés de l'enquête menée dans sa majorité par les services belges. Saisie de l'enquête dès le lendemain des attentats du 13-Novembre, Isabelle Panou, familière depuis plus d'une décennie des dossiers de terrorisme, a suivi ce dossier durant plusieurs années, jusqu'à sa clôture. "Il s'agit d'un dossier émotionnel", a-t-elle expliqué à la barre, "le plus extraordinaire, dans le sens qui sort de l'ordinaire. Peut-être celui où la collaboration internationale a été la plus aboutie en matière de terrorisme".

"Pendant quelques mois, toute la police a été mobilisée. J'avais des enquêteurs en TVA qui se mettaient à faire de l'antiterrorisme."
Isabelle Panou
Juge d'instruction bruxelloise

Elle a ainsi évoqué les dossiers judiciaires "envoyés par camion vers la France" faute de systèmes informatiques compatibles, tout comme le manque d'enquêteurs: "Pendant quelques mois, toute la police a été mobilisée. J'avais des enquêteurs en TVA qui se mettaient à faire de l'antiterrorisme. Car il fallait faire avec ce qu'on avait!"

Elle a aussi raconté avoir "traqué" Abdel Hamid Abaaoud, chef de la cellule locale à l'origine des attentats de Paris et Bruxelles. "Qu'est-ce qu'il vise? Il vise à déstabiliser un État. Et comment on déstabilise un État? Par la terreur et les symboles. En faisant un maximum de victimes."

Isabelle Panou a aussi longuement parlé de la commune de Molenbeek, "dont il n'y a pas une rue, je crois, que je n'ai pas perquisitionnée (...). Mais nous dire que le djihadisme européen se focalise sur Molenbeek, je crois que c'est une vision qui n'est pas exacte". Néanmoins, la proximité familiale, amicale, géographique entre les suspects a eu son importance: "Ils se connaissent, ils se connaissent très bien. Ce n'est pas facile de dénoncer un ami, un cousin."

Sur le rôle des accusés dans la planification et l'exécution des attentats, la juge Panou estime que cinq d'entre eux se détachent: Abdel Hamid Abaaoud, les frères Ibrahim et Khalid El Bakraoui, Oussama Atar et Najim Laachraoui. Et le rôle de Salah Abdeslam? "A-t-il voulu déclencher sa ceinture? J'ai envie de dire: et alors? Vous avez une personne avec une ceinture explosive en plein Paris! (...) On dit qu'il ne parle pas. Il parle peu, ce n'est pas le seul dans le dossier. C'est son moyen de défense, c'est son droit", a considéré Isabelle Panou.

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