analyse

La N-VA, toujours plus un pied dedans, un pied dehors

©BELGAIMAGE

À quoi donc jouent les nationalistes flamands, pilier du gouvernement Michel, mais à l’encontre duquel le président, Bart De Wever, n’a de cesse d’émettre des critiques? Bienvenue dans le numéro d’équilibrisme de la N-VA. Et dans la campagne communale, qui bat son plein.

Ce n’est pas la première fois. Ce n’est sans doute pas la dernière non plus. À chaque fois que les nationalistes flamands haussent la voix ou effectuent une sortie un rien tonitruante, voilà qu’il faut prendre le pouls du gouvernement Michel. S’en remettra-t-il? La rumeur avait déjà circulé en décembre dernier, alors que couvait la crise soudanaise et que le grand patron de la N-VA faisait mine de s’asseoir sur un pacte énergétique en cours de finalisation: la N-VA ne serait-elle pas tentée de faire chuter Michel prématurément, afin de mener tous les scrutins de front?

"La N-VA s’adonne à un numéro d’équilibrisme depuis un certain temps."
Dave Sinardet
Politologue (VUB)

Rebelote en cette fin de mois de mai. La N-VA crispe-t-elle ses partenaires? Il faut dire qu’elle se montre remuante. Son président se demande si le gouvernement Michel n’a pas perdu son tonus. Regrette le manque d’ambition budgétaire. Critique la décision "irréaliste" de sortir du nucléaire. Et heurte sur l’affaire Mawda – c’est là que les réactions ont été le plus vives, y compris au sein de la majorité suédoise.

"Le plus loyal"

Pas de panique pour autant, assure-t-on dans les rangs de Michel. Les déclarations "plus ou moins provocantes" des présidents de parti ne percolent pas forcément et ne viennent pas gâter l’ambiance gouvernementale, assure le vice-Premier CD&V Kris Peeters. Et les dossiers avancent toujours, embraie-t-on au MR. Où, rappelons-le, le président Olivier Chastel estimait en janvier dernier que la N-VA était le partenaire le plus loyal, en termes d’exécution de l’accord de gouvernement.

En substance, assurent les libéraux francophones, ce qui prend le parti nationaliste flamand n’est rien d’autre qu’une sorte de frénésie temporaire, liée à la campagne électorale. En substance encore: Bart De Wever peut raconter ce qui lui chante sur le nucléaire ou le budget fédéral, la N-VA a, au final, validé toutes les décisions prises en gouvernement. Le reste, c’est de l’esbroufe. Du show. Et pas terrible encore, a déjà ironisé Charles Michel: Bart De Wever a déjà fait mieux que cela.

"Tel est donc le défi de la N-VA: ratisser large, afin de toucher tant l’électorat de centre-droit que celui qu’elle a chipé au Vlaams Belang."
Dave Sinardet
Politologue (VUB)

Parce que – on débutait par là –, ce n’est pas la première fois. "Ce n’est pas complètement nouveau, confirme le politologue Dave Sinardet (VUB). La N-VA s’adonne à un numéro d’équilibrisme depuis un certain temps." Jouant, d’un côté, au parti de gouvernement, responsable, qui engrange des réformes, comme celle qui a revisité l’impôt des sociétés.

"Et de l’autre, un parti anti-establishment, avec des relents populistes dans son discours. Tel était le pari du CD&V: embarquer la N-VA au pouvoir afin de démontrer qu’elle n’était qu’un parti comme un autre. Tel est donc le défi de la N-VA: ratisser large, afin de toucher tant l’électorat de centre-droit que celui qu’elle a chipé au Vlaams Belang. Un défi de taille: avec des ministres à tous les niveaux de pouvoir, elle doit prétendre garder un pied dedans, un pied dehors."

Une posture qui était plus simple à tenir en 2014 – et encore, la N-VA sortait alors de dix ans de présence au sein du gouvernement flamand. "Et pourtant, se rappelle Dave Sinardet, elle prétendait incarner le changement, et n’a donc pas du tout joué la carte du bilan côté flamand."

Ancrage local plus faible

En 2018, c’est évidemment un brin plus difficile. C’est ce qui explique la petite nouveauté: la critique nationaliste est à présent également dirigée contre son propre gouvernement, histoire de se distancier des autres partis flamands qui le composent. Quelque part, le message – pas si subliminal que cela – est le suivant: si les choses ne sont pas entièrement satisfaisantes, c’est que la N-VA a dû composer avec les autres, voilà tout.

Un dernier élément, pour la route, et afin d’expliquer cette nervosité à l’approche du scrutin communal. "À côté des autres formations, la N-VA dispose encore d’un ancrage local relativement faible, si l’on met Anvers de côté." Theo Francken, Jan Jambon, le thème de l’identité et de l’immigration: les atouts de la N-VA sont difficiles à jouer à l’échelon communal. "D’où l’intérêt des nationalistes flamands de donner aux communales un écho le plus national possible."

Theo Francken, Jan Jambon, le thème de l’identité et de l’immigration: les atouts de la N-VA sont difficiles à jouer à l’échelon communal. C'est pourquoi le parti essaie de donner un echo national aux prochaines élections. ©BELGA

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés