La neutralisation de la finançabilité étudiante pas (encore) à l'ordre du jour

L'an dernier, les critères régissant la finançabilité des étudiants avaient été neutralisés en raison de la pandémie. ©BELGA

L'opportunité de suspendre à nouveau les critères de finançabilité des étudiants ne sera pas examinée tant que les résultats des examens de juin ne seront pas connus.

Après avoir garanti la finançabilité de tous les étudiants du supérieur l'année dernière, le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles doit-il remettre le couvert?

Pour l'opposition PTB, dont une résolution était examinée au Parlement ce mardi, cela ne fait aucun doute. Dans la majorité arc-en-ciel (MR-PS-Ecolo), on se montre circonspect, sans pour autant fermer la porte définitivement.

Un calcul complexe

Avant de revenir sur les arguments des uns et des autres, un petit rappel du contexte s'impose. En Belgique francophone, le coût des études d'un jeune est assumé pour une petite partie par les droits d'inscription et pour la plus grande par un subside versé à l'établissement par la Fédération Wallonie-Bruxelles. Ce subside n'est toutefois octroyé que pour les étudiants qui sont considérés comme "finançables".

"L'an dernier, les critères régissant cette finançabilité avaient été neutralisés"

Ce fameux statut, il dépend d'un calcul complexe des crédits obtenus par un jeune, et donc de sa réussite dans un certain nombre de matières. Après des échecs répétitifs ou de nombreuses réorientations, un établissement supérieur peut refuser d'inscrire un étudiant devenu "non-finançable".

L'an dernier, les critères régissant cette finançabilité avaient toutefois été neutralisés, au vu des conditions exceptionnelles dans lesquelles s'était déroulé le dernier quadrimestre après l'émergence de la pandémie. Tous les étudiants, même ceux qui avaient échoué, étaient donc restés finançables. 

"Prématuré"

Aux yeux des élus PTB, l'année qui s'achève, et dont la plus grande partie s'est déroulée en ligne, a une nouvelle fois été exceptionnelle à bien des égards. "Pour toute une série de familles et d’étudiants, le Covid-19 a eu des impacts humains, financiers et psychologiques importants", assènent-ils. Pour eux, il convient donc de ne pas pénaliser les étudiants en difficulté en leur assurant, au plus vite, qu'ils resteront à nouveau finançables.

"L'annonce d'une telle mesure à ce stade pourrait avoir un effet négatif sur la motivation des étudiants"
Valérie Glatigny (MR)
Ministre de l'Enseignement supérieur

Leur proposition de résolution a été accueillie froidement, tant par la majorité que par les autres partis de l'opposition.  "On ne ferme pas la porte d'un claquement brutal, mais on pense que ce n'est pas le bon moment pour se prononcer", a résumé Rodrigo Demeuse (Ecolo), qui plaide, à l'instar de députés PS et MR, pour qu'on attende les résultats de la session de juin avant de remettre l'ouvrage sur le métier.

La ministre de l'Enseignement supérieur, Valérie Glatigny, est visiblement sur la même longueur d'onde: "L'annonce d'une telle mesure, à ce stade, pourrait avoir un effet négatif sur la motivation des étudiants, notamment ceux qui devront préparer une deuxième session."

Les recteurs pas favorables

L'an dernier, la neutralisation des critères de finançabilité avait suscité l'ire des recteurs francophones, lesquels regrettaientnotamment le poids financier de la mesure, alors que l'enseignement supérieur vit dans un contexte d'enveloppe fermée. Ils estimaient aussi que cette décision était susceptible de retarder la réorientation, pourtant nécessaire, de certains jeunes.

En cette fin d'année académique, ils n'ont pas changé leur fusil d'épaule. "Il est illusoire de penser qu'une telle mesure soit bénéfique pour les étudiants. Je rappelle d'ailleurs que les établissements supérieurs peuvent déjà permettre à des jeunes non-finançables de poursuivre leur parcours lorsqu'ils estiment que ceux-ci ont de bonnes chance de réussir. En neutralisant les critères pour tous, on va seulement avoir des personnes qui poursuivront sans chances de réussite, au lieu de se réorienter", commente le recteur de l'Université de Liège, Pierre Wolper.

Constatant un "taux de réussite exceptionnel" lors de la session de janvier, les recteurs avaient déjà demandé que les règles de finançabilité ne soient pas une nouvelle fois suspendues.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés