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La peur comme boussole politique

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La chronique d'Alain Narinx, newsmanager Politique & Economie

La mission des informateurs Georges-Louis Bouchez et Joachim Coens a été prolongée par le Roi. Des discussions ont toujours lieu en coulisses. Mais très franchement, il faudrait un miracle pour sortir de la crise politique actuelle. Le scénario d’un retour aux urnes est dès lors de plus en plus envisageable, voire probable. À cet égard, cette semaine marque un tournant. Bien sûr, l’idée n’est pas neuve. Elle est évoquée depuis des mois déjà. Mais désormais, ce n’est plus une hypothèse théorique. C’est concret.

Devant l’impasse, rendre la parole à l’électeur est vu comme un dernier recours, légitime dans une société démocratique. Les expressions publiques en faveur d’un nouveau vote se font plus fréquentes et plus audibles, surtout en Flandre. Même l’informateur Coens l’a dit en sortant du Palais mardi dernier: "les élections sont une option".

La crainte d’un vote sanction fait trembler plusieurs partis.

Cette perspective porte en elle-même une difficulté supplémentaire pour les informateurs: quel parti prendrait maintenant le risque de s’exposer publiquement en faisant des concessions alors qu’une campagne électorale l’attend peut-être au tournant quelques jours après? Autrement dit, imagine-t-on, par exemple, le PS concéder une ouverture à la N-VA en guise de bonne volonté, ce qui risque fort de lui revenir comme un boomerang? Le raisonnement vaut évidemment pour toutes les formations. Pour qu’un parti accepte de lâcher du lest, il lui faudrait donc un électrochoc extérieur ou une garantie solide. Les partis intègrent toujours les prochaines élections dans leur stratégie. Mais qu’un tel scrutin se déroule dans cinq semaines ou cinq ans, ça change tout.

La simple possibilité d’un retour aux urnes constitue donc en soi un frein dans les négociations.

Un autre élément joue en leur défaveur: la confiance fait défaut entre beaucoup de ténors politiques. Plusieurs d’entre eux sont des "petits nouveaux", avec moins d’expérience. Or, la confiance nécessite du temps pour s’installer. Exemple: le courant ne passe pas entre Georges-Louis Bouchez et Conner Rousseau, le président du sp.a.

Il y a toutefois plusieurs obstacles avant de retourner aux urnes. Il faut une majorité pour que la Chambre se saborde. Un tel accord n’est pas forcément évident. On connaît quelques mandataires qui n’ont pas très envie de remettre leur job en jeu. Plus fondamentalement, la crainte d’un vote sanction fait trembler plusieurs partis.

L’impact d’un éventuel scrutin est par définition très incertain.

L’impact d’un éventuel scrutin est par définition très incertain. Il peut tout aussi bien débloquer la situation politique ou plonger le pays dans une grave crise institutionnelle. Tout dépendra des résultats. Des élections anticipées seraient un aveu d’échec cinglant pour la classe politique belge. Dans notre royaume, pourtant peu avare en situations abracadabrantesques, on n’a jamais dû revoter avant même la constitution d’un gouvernement. Le mécontentement des citoyens à l’égard de la classe politique pourrait favoriser les extrémistes, Vlaams Belang en tête. Le parti raciste flamingant est convaincu de pouvoir tirer les marrons du feu.

Mais qui sait? Le MR peut espérer capitaliser sur la sortie unitariste de Georges-Louis Bouchez. La N-VA et le PS pourraient aussi bénéficier de la posture inflexible qu’ils ont adoptée.

Pendant une campagne électorale qui s’annoncerait forcément tendue, où l’avenir de la Belgique sera mis sur la table, les deux meilleurs ennemis pourront s’afficher comme un rempart face à l’autre.

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