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La police surveille 2.500 sympathisants de l’extrême droite

Peu de sympathisants flamands de l’extrême-droite disposent des compétences d’un militaire expérimenté comme Jurgen Conings, actuellement recherché, mais bon nombre d’entre eux ont suivi des entraînements paramilitaires, en particulier en Europe de l’Est. ©AFP202 / 500 ©AFP

Le militaire de carrière Jurgen Conings – actuellement recherché – fait partie des 19 membres de l’extrême droite potentiellement violents de notre pays et des 2.480 extrémistes surveillés par la police. Des notes émises par les services de sécurité mettent en garde contre de dangereux parallèles avec la radicalisation observée chez les djihadistes islamiques.

L’extrême droite a clairement le vent en poupe depuis 2015 en Belgique, depuis la crise des réfugiés et les attaques de djihadistes de Daech. Les services de police suivent 2.480 personnes dans le milieu de l’extrême droite. Il s’agit de personnes faisant partie d’un ou de plusieurs des 12 groupes d’extrême droite surveillés par la police. Par comparaison: la police suit également 1.315 personnes de l’extrême gauche liées à neuf groupes.

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Les services de police suivent 2.480 personnes dans le milieu de l’extrême droite.

Aucun nom n’a été officiellement attribué à ces 12 groupes d’extrême droite. La Sûreté de l’État surveille toutes sortes de mouvements: des mouvements néo-nazis potentiellement violents, aux activistes anti-islam, en passant par les mouvements identitaires et les organisations paramilitaires. Il peut s’agir du célèbre mouvement Schild & Vrienden, du nouveau groupe d’extrême droite des "templiers" Knights of Flanders, de la branche belge du mouvement paneuropéen Squadra Europa ou d’un groupe Facebook comme Vlaams Legioen, auquel le militaire aujourd’hui en fuite Jurgen Conings est lié.

Ces 2.480 membres de l’extrême droite n’inquiètent pas tous les services de sécurité. C’est cependant le cas de 19 sympathisants, dont Conings et qui sont repris sur une liste de 90 "extrémistes potentiellement dangereux" de l’OCAM, l’Organe de Coordination pour l’Analyse de la Menace. Tout comme les 29 extrémistes de droite inscrits sur une autre liste de l’OCAM avec 82 "propagandistes de la haine". Par comparaison: 48 membres de l’extrême droite sont déjà repris sur les listes de l’OCAM, aux côtés de 13 membres de l’extrême gauche et de 645 djihadistes, toujours en majorité.

Dans une note confidentielle de février 2020, l’OCAM évoque les grandes similitudes entre la radicalisation au sein de l’extrême droite et celle des djihadistes islamiques.

Malgré tout, ces milliers d’autres sympathisants de l’extrême droite qui ne sont pas repris sur les listes de l’OCAM, ne sont pas pour autant inoffensifs. Dans une note confidentielle de février 2020, l’OCAM évoque les grandes similitudes entre la radicalisation au sein de l’extrême droite et celle des djihadistes islamiques. Motivations psychologiques similaires, même sentiment "eux vs. nous", et autres évènements sociaux qui les poussent à se montrer violents. La propagande, qu’elle soit d’extrême droite ou djihadiste, mise sur des individus – des "loups solitaires" – qui se radicalisent d’eux-mêmes et passent à l’action. Dans notre pays, les milieux d’extrême droite le font principalement via des logiciels cryptés comme Discord ou des forums sur internet comme 4chan et 8chan. Mais de nombreux extrémistes de droite publient simplement leurs messages sur les réseaux sociaux traditionnels comme Facebook, Instagram et Twitter, et utilisent pour leurs discours des canaux plus "permissifs" comme Vkontakte ou Telegram.

Des dizaines de perquisitions

Selon des informations du journal Het Laatste Nieuws ce samedi, les recherches menées pour retrouver Jürgen Conings semblent d'être déplacées de la zone du parc national des Hoge Kempen vers la sphère privée du militaire fugitif. La nuit dernière, des dizaines des perquisitions ont été réalisées, principalement chez des sympathisants de l'extrême droite, indique le quotidien. Le Parquet fédéral n'est pas en mesure de confirmer ces informations pour l'instant.

La Sûreté de l’État a observé auprès des membres de l’extrême droite un intérêt croissant pour les armes et a pris connaissance de discussions sur des cibles potentielles d’attentats, comme des musulmans, des centres d’asile ou des politiciens. Dans des chats confidentiels, ils appellent à s’affilier à des clubs de tir ou à demander une autorisation de détention d’arme à feu.

Entraînements paramilitaires

Tous ne disposent pas des compétences d’un soldat expérimenté comme Conings, mais plusieurs membres de l’extrême droite flamande ont suivi des entraînements paramilitaires, pour la plupart en Europe de l’Est. Selon des sources bien informées, une enquête a été menée l’an dernier sur les flux financiers autour d’une organisation polonaise, créée par un citoyen français, qui propose des formations paramilitaires avec armes à feu et techniques de close-combat à des membres de l’extrême droite et à des néo-nazis de différents pays. Au moins 18 extrémistes de droite belges font partie de ses clients, indique une source. Ils se sont préparés en Pologne à "la violence des migrants" et à intervenir "lorsque les pouvoirs publics ne réussissent pas à protéger les citoyens."

La crise du coronavirus a donné un coup de pouce à l’extrême droite.

La cellule belge de lutte contre le blanchiment d’argent a enquêté pour savoir quels citoyens belges avaient payé pour ces formations en Pologne. Entre juillet 2016 et août 2020, les enquêteurs ont découvert sur les comptes de l’organisation 200 petits virements internationaux provenant de France, de Suisse et de Belgique. Plusieurs de ces clients belges se trouvaient déjà depuis longtemps sur le radar de notre police à cause de leur idéologie extrémiste ou raciste, de discriminations, ou parce qu’ils avaient été surpris en possession d’armes à feu illégales. Un de ces Belges était déjà connu de l’OCAM.

Virologues

La crise du coronavirus a donné un coup de pouce à l’extrême droite. Il ne faut pas s’étonner que, dans sa lettre d’adieu et sur les réseaux sociaux, Jurgen Conings se soit principalement déchaîné contre la société d’aujourd’hui "sous le règne des virologues comme Marc Van Ranst". Dans un rapport, la Sûreté de l’État avait déjà signalé en avril 2020 que des groupes d’extrême droite diffusaient en masse des théories du complot et des fake news sur le Covid-19 pour saper l’autorité du gouvernement et des scientifiques et pour rejeter la responsabilité de la pandémie sur les migrants.

Le fait que Conings soit repris sur la liste de l’OCAM et ait conservé son accès à l’arsenal militaire constitue clairement un manquement grave de la Défense dans cette affaire.

La surveillance des principaux extrémistes de droite est décidée au cas par cas au niveau des arrondissements judiciaires, au sein de "task forces locales" qui rassemblent tous les services. La police ne peut utiliser des méthodes d’investigations spéciales pour suivre les groupes que si une enquête criminelle en bonne et due forme est en cours. Ils ne peuvent les surveiller dans le cadre des tâches administratives. Ceux qui représentent un danger évident doivent dans tous les cas être suivis par les autorités judiciaires ou au minimum par les services de renseignement. Dans le cas de Conings, la Sûreté de l’État, qui cible l’extrême droite belge depuis deux ans, a fait son travail et l’a identifié. L’OCAM a lui aussi fait son travail en le plaçant sur sa liste. Mais depuis un certain temps déjà, le Service Général du Renseignement et de la Sécurité (SGRS) n’est plus en mesure d’identifier les extrémistes au sein de la Défense, par manque de sources et de moyens. Selon ses propres dires, le SGRS surveille une trentaine de membres de l’extrême droite au sein de la Défense et aucun extrémiste de gauche. Mais le fait que Conings soit repris sur la liste de l’OCAM et ait conservé son accès à l’arsenal militaire constitue clairement un manquement grave de la Défense dans cette affaire.

Des incidents impliquant des activistes d’extrême droite

Une note confidentielle de l’OCAM de novembre 2020 reprend les principaux incidents récents avec des membres de l’extrême droite:

  • À Liège, en mars 2018, un homme chez qui des explosifs fabriqués maison ont été retrouvés et qui menaçait de lancer une bombe sur une mosquée à Droixhe a été arrêté.
  • En avril 2018, un homme affichant des sympathies pour le mouvement néo-nazi est abattu à Alost alors qu’il s’était déchaîné dans la gare avec un couteau et une arme à feu.
  • En août de la même année, la police retrouve des couteaux chez un Anversois ayant proféré des menaces sur les réseaux sociaux envers l’Antwerp Pride.
  • Et en novembre 2019 a eu lieu l’incendie volontaire du chantier de construction d’un centre d’asile à Bilzen. Cette attaque a été liée à la fin de l’an dernier à un couple se cachant derrière le groupe Facebook Vlaams Legioen, avec lequel le militaire Jurgen Conings était également en contact.

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