La pollution de l'air par le diesel provoque des infarctus

©Photo News

La pollution de l’air exerce un impact presque immédiat sur les infarctus du myocarde. Les particules fines et le dioxyde d’azote contenus dans le diesel sont particulièrement nocifs. D’où l’importance de réduire la proportion de véhicules diesel et de les écarter autant que possible des centres urbains.

La pollution de l’air, en particulier celle provenant du diesel, exerce un impact presque immédiat sur les infarctus du myocarde. Telle est la conclusion d’une étude scientifique réalisée sous la direction du cardiologue Jean-François Argacha (UZ Brussel). Cette étude est présentée au Congrès de la Belgian Society of Cardiology (BSC) ce jeudi à Bruxelles.

La force de cette étude réside principalement dans son caractère multidisciplinaire, en associant à la fois des cardiologues, des biostatisticiens et des spécialistes de l’environnement. "La cardiologie environnementale est une discipline en plein développement", explique le professeur Argacha. Son étude dresse plusieurs constats interpellants.

♦ Premier constat: la pollution de l’air attaque le cœur plutôt que les poumons.

La pollution a des effets pulmonaires et cancérologiques qui sont connus. Par contre, cela fait peu de temps que l’on s’intéresse aux effets cardiologiques. "Or, insiste le Dr Argacha, les affections qui résultent de la pollution de l’air sont pour 40% pulmonaires et pour 60% cardiovasculaires. Des dégradations rapides de la qualité de l’air s’avèrent avoir un impact direct sur la survenue d’infarctus." Pourquoi? En raison du stress oxydatif que la pollution génère dans le sang. Les vaisseaux sanguins détestent cela et auront une réaction inflammatoire qui peut déclencher l’infarctus.

♦ Deuxième constat: la pollution de l’air exerce un impact presque immédiat sur les infarctus.

L’étude a été réalisée auprès de 11.400 patients ayant présenté un infarctus du myocarde dit "Stemi", c’est-à-dire l’infarctus le plus sévère, car lié à une obstruction complète d’une artère coronaire. Chaque augmentation de 10 µg/m3 en particules fines (PM2.5) est associée, dans les 24 heures suivantes, à une augmentation de 2,8% du risque de survenue de Stemi. L’étude a aussi considéré l’effet des polluants gazeux, tels que l’ozone et le dioxyde d’azote (NO2). Alors que l’ozone semble sans effet, une augmentation de 10 µg/m3 en NO2 est associée à une augmentation du risque de Stemi de 5,1%.

"Les affections qui résultent de la pollution de l’air sont pour 40% pulmonaires et pour 60% cardiovasculaires. "
Jean-François Argacha
cardiologue

♦ Troisième constat: le diesel est dans le collimateur.

Tant les particules fines que le dioxyde d’azote se retrouvent principalement dans le diesel. Or, les motorisations diesel restent prédominantes en Belgique par rapport à d’autres pays.

♦ Quatrième constat: les effets coronariens aigus sont observés pour des niveaux de pollution inférieurs aux normes européennes de qualité de l’air.

Voilà qui pose à tout le moins question. Les normes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sont plus sévères que les normes européennes, car elles ne prennent en compte que les paramètres liés à la santé, alors que les normes européennes incluent des paramètres économiques dans un souci d’équilibre entre impératifs économiques et de santé publique.

♦ Cinquième constat, enfin: tout le monde est concerné.

Les analyses de sous-groupe démontrent une absence de prédisposition aux effets de la pollution, y compris chez les patients à haut risque, comme par exemple les patients diabétiques, hypertendus, hypercholestérolémiques ou fumeurs. Tout juste observe-t-on que les individus âgés (plus de 75 ans) semblent plus sensibles aux particules fines, alors que les plus jeunes (moins de 55 ans) semblent plus vulnérables à l’effet du dioxyde d’azote. La météo joue par ailleurs un rôle important: par temps froid et sec, la pollution est importante et le nombre d’infarctus augmente (voir infographie).

La solution est collective

Reste à voir comment se protéger des effets nocifs du diesel. Pour éviter le stress oxydatif dans le sang, on pourrait prescrire des régimes anti-oxydants.  Peine perdue, répond Jean-François Argacha. "C’est sans doute vrai in vitro, mais dans la réalité, ça ne marche pas. Les régimes antioxydants ont d’ailleurs toujours été décevants en cardiologie." Autre piste: le port du masque lorsqu’on marche ou qu’on roule à vélo en ville. Là aussi, il ne faut pas se bercer de trop d’illusions. "La protection qu’offrent les masques en papier est à peu près nulle. Il existe des masques qui filtrent l’air, mais ils filtrent tellement fort qu’ils gênent beaucoup l’effort physique." Quant à la pratique du sport, c’est certes un bon moyen d’améliorer sa santé cardiovasculaire. Encore faut-il éviter de faire son jogging en ville. "Plus fort vous respirez, plus vous inhalez des particules."

"La protection qu’offrent les masques en papier est à peu près nulle."
Jean-François Argacha
cardiologue

La seule vraie solution est dès lors collective. Il s’agit de réduire la proportion de véhicules diesel et de les écarter autant que possible des centres urbains, par exemple en instaurant des zones de "basses émissions". Le Japon offre à cet égard un laboratoire intéressant.

Tokyo a contrôlé dès 2003 les émissions de diesel afin d’améliorer la qualité de l’air, ce qui a fait chuter les particules fines de 44% entre 2003 et 2012. Sur la même période, on a observé une baisse de 11% du taux de mortalité cardiovasculaire à Tokyo par rapport à Osaka, qui a adopté en 2009 une réglementation similaire sur le diesel.

recherche | mobiliser des fonds

La cardiologie moderne exige d’investir dans la recherche. Le professeur Argacha a réalisé son étude en 2 ans, en marge de son travail hospitalier. "Si on pouvait payer des chercheurs, tout irait beaucoup plus vite", assure-t-il. C’est pourquoi l’Association belge de cardiologie lance, lors de son congrès ce jeudi, la Belgian Heart Foundation. Objectif: récolter des fonds pour la recherche cardiovasculaire. La Fondation démarre avec un budget de 50.000 à 60.000 euros, financé par l’industrie et par des dons. Ce qui permettra de soutenir 3 projets (sur les 10 introduits). "Nous voudrions doubler ce budget l’an prochain", indique le Dr Marc Claeys, président de l’Association belge de cardiologie.

©MEDIAFIN

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect

Messages sponsorisés

n