IBA chute en Bourse après une étude sur la protonthérapie

Le traitement par protonthérapie concerne moins de 50 patients par an en Belgique, souvent des enfants, envoyés dans des centres à l’étranger. ©BELGA

Avant d’envisager d’élargir le remboursement de la protonthérapie, l’Inami a chargé le KCE de se pencher sur l’efficacité de ce traitement. Verdict? Mitigé... A l'ouverture des marchés, le cours d'IBA chutait fortement.

La protonthérapie donne-t-elle de meilleurs résultats que la radiothérapie conventionnelle? Pour le KCE, le Centre fédéral d’expertise des soins de santé, ce n’est pas certain.

Pour rappel, la protonthérapie est une technique de radiothérapie qui permet de délivrer des doses importantes de radiations sur des tumeurs cancéreuses sans trop "déborder" sur les tissus avoisinants. Il en a beaucoup été question ces dernières années, puisque deux projets de centres de protonthérapie sont en cours, un au Gasthuisberg à Louvain (qui sera opérationnel cet été) et l’autre à Charleroi (qui sera construit par IBA). Chaque centre coûte environ 45 millions d’euros.

45 mios €
Un centre de protonthérapie (bâtiment et équipement), coûte environ 45 millions.

Ce traitement concerne moins de 50 patients par an, le plus souvent des enfants atteints de cancers rares, qui sont envoyés dans des centres spécialisés à l’étranger (Heidelberg et Zürich notamment) et dont le coût est pris en charge par l’Inami.

Avant d’envisager d’élargir le remboursement de cette technique très onéreuse à d’autres types de cancers, chez des adultes notamment, l’Inami a souhaité en vérifier l’efficacité et a chargé le KCE de se pencher sur la question. Or d’après le KCE, l’analyse de la littérature scientifique internationale "n’a pas permis de trouver des preuves irréfutables de la supériorité de la technique par rapport à la radiothérapie conventionnelle".

  • Le cours d'IBA a réagi négativement aux conclusions de cette étude, perdant plus de 10% à l'ouverture d'Euronext Brussels. Suivez le cours de l'action en live:

 

Des résultats peu probants

"Même s'il est évident que les effets secondaires de la protonthérapie peuvent être moindres qu'en radiothérapie classique, tout cela doit être prouvé scientifiquement. Ces études prennent du temps. C'est pour ça que nous investissons dans la construction du centre."
Sara Van Daele
Porte-parole de l'UZ Louvain (Gasthuisberg)

L’étude du KCE porte sur les tumeurs de la tête, du cou et des sinus, les gliomes de bas grade ainsi que les cancers du sein, du pancréas, du foie et du rectum. À l’exception du cancer du sein, la plupart de ces cancers ont un pronostic plutôt sombre.

Pour le gliome de bas grade, "le traitement par protonthérapie semble associé à une moins bonne survie que la radiothérapie conventionnelle". Pour le cancer du sein, la protonthérapie donne de moins bons résultats au plan esthétique. C’est du moins ce qu’affirment les médecins, alors que les patientes ne perçoivent pas ce problème.

Pour le cancer du pancréas, il n’y a à ce stade pas de différence de survie chez les patients, qu’ils soient traités par protonthérapie ou par radiothérapie avec chimiothérapie. En ce qui concerne les cancers des cavités nasales, de la tête, du cou et du rectum, aucune étude clinique ne permet de comparer les deux types de traitements.

Parfois il faut arrêter le traitement en raison d’effets secondaires, mais ceux-ci ne semblent pas plus fréquents avec l’un ou l’autre type de traitement.

Vu l’absence de preuves fiables, le KCE conseille dès lors de ne rien changer au dispositif actuel, c’est-à-dire de rembourser les traitements au cas par cas. Une large étude d’observation portant sur 20.000 patients cancéreux a été lancée mais elle ne délivrera pas de résultats solides avant juin 2029.

Le KCE recommande enfin d’informer clairement les patients du fait que "l’efficacité clinique et la sécurité à long terme de la protonthérapie n’ont pas encore été confirmées par des essais cliniques scientifiquement fiables".

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