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La qualité de l'air, ce combat de longue haleine

Commissariat corona, ministres de la Santé et de l'Enseignement travaillent enfin ensemble afin de se pencher sur la qualité de l'air et de la ventilation dans les salles de classe. ©Photo News

En octobre, débute une période de transition devant permettre à une série de secteurs de se mettre en ordre en matière de ventilation. Tandis que le débat sur les écoles se poursuit.

On imagine bien que cela ne déchaîne pas, ou plus, les foules. Et que plus les mois s'empilent, moins les conférences de presse suivant les Comités de concertation suscitent l'engouement; il est loin, le temps où la Belgique avait les yeux rivés sur le Conseil national de sécurité et découvrait à quel point la pandémie allait bousculer sa vie.

Cela étant, pour ceux qui s'accrochent, il est encore possible d'y trouver motifs d'étonnement. Comme durant les vacances, où il était répété de semaine en semaine que les contrôles aux frontières allaient s'intensifier – laissant le sentiment que les annonces n'étaient pas suivies d'effets.

Constat similaire pour la ventilation et l'attention portée à la qualité de l'air. Une petite phrase ici, une autre par là, souvent en bout de liste des décisions prises. Est-ce à dire que l'on fait du surplace? On a soumis l'impression au commissaire corona, Pedro Facon. Qui se réjouit de l'attention portée à ce thème, mais réfute tout surplace.

"Il a fallu du temps pour que l'importance de la qualité de l'air et le rôle de la ventilation intègrent la liste des priorités."
Pedro Facon
Commissaire corona

Une concession, d'emblée. De la même façon que l'idée de diffusion par aérosol du virus ne s'est pas imposée d'entrée de jeu, "il a fallu du temps pour que l'importance de la qualité de l'air et le rôle de la ventilation intègrent la liste des priorités", reconnait le commissaire. En Belgique, côté littérature, c'est en février 2021 que les choses sérieuses débutent, avec un avis du Conseil supérieur de la santé, suivi par une véritable marche à suivre élaborée par la "task force ventilation".

Moniteurs de CO2

Et tout ceci ne reste pas littérature, insiste Pedro Facon. Parce qu'au printemps, alors que l'heure à est la réouverture (salles de fitness, horeca, puis événementiel et infrastructures sportives), une norme fait ses premiers pas, avec des moniteurs de CO2 afin de veiller sur elle. La recommandation: rester sous les 900 ppm – pour "parties par million". Et pour ceux dans la zone comprise entre 900 et 1.200 ppm, élaborer un plan d'actions jouant sur l'aération et la gestion des capacités.

900
ppm
Telle est la norme, obligatoire et s'appliquant à tous les secteurs. La concentration en CO2 de l'air ambiant, indicateur indirect du niveau de ventilation, doit rester sous les 900 parties par millions (ppm). Entre 900 et 1.200 ppm, un plan d'actions est attendu, afin de revenir dans les clous. Au-delà de 1.200, des systèmes agréés de filtration ou de désinfection peuvent permettre d'éviter la fermeture des lieux.

Ce qui nous mène au Codeco de vendredi dernier. "Il a été décidé de traiter tous les secteurs de la même manière. Obligation de disposer d'un moniteur de CO2 et de rester sous les 900 ppm. D'élaborer, sur la base d'une analyse de risques, un plan d'actions à partir de 900 ppm. Et, nouveauté, si les 1.200 ppm sont dépassées, la fermeture ne constitue plus l'unique horizon, puisque nous disposons de systèmes agréés de filtration ou de désinfection de l'air."

Cela étant, pose Pedro Facon, les discussions autour de la qualité de l'air sont loin d'être pliées. Il y a, tout d'abord, ceux pour qui la concentration en CO2 reste primordiale. "Dans une perspective covid, il est intéressant de pouvoir filtrer ou désinfecter l'air ambiant, mais d'un point de vue plus large de santé et de bien-être, la concentration en CO2 reste importante. À plus long terme, sans doute faudra-t-il rouvrir le débat sur le dépassement des 1.200 ppm."

Et les écoles?

Ce qui focalise l'attention, pour l'heure, ce sont les secteurs auxquels cette norme s'applique; ou plutôt ceux auxquels elle ne s'applique pas (encore?). Dans le viseur, on retrouve les lieux de travail, les écoles et les transports. "Pour les lieux de travail, il existe déjà une législation sur le bien-être. Nous regardons avec le SPF Emploi comment mettre davantage l'accent sur la concrétisation et les contrôles."

En réalité, le gros du travail actuel se situe dans les salles de classe. Peut-on se passer d'outils de mesure sous prétexte de ne pas effrayer les élèves? "Cela ne constitue pas l'argument le plus fort, balaie Pedro Facon. L'ignorance ne constitue en rien une stratégie." Signe des temps, la conférence interministérielle (CIM) de mercredi passé, réunissant les ministres de la Santé, s'est tenue en présence de leurs homologues de l'Enseignement. Et rendez-vous a été pris pour la CIM du 6 octobre.

"Un moniteur de CO2 ne coûte pas très cher, on en trouve à partir de 60 ou 100 euros. Ce n'est pas insurmontable, surtout au regard des dépenses déjà générées par la pandémie. Et cela constitue un bon investissement."
Pedro Facon
Commissaire corona

L'idée? Dans un premier temps, répertorier les initiatives déjà lancées. "On ne peut pas dire que rien n'a été fait." Un seul exemple, peut-être le dernier en date: Bruxelles a réceptionné quelque 300 moniteurs de CO2 qui seront distribués aux écoles de la Région. "Beaucoup de choses ont été entreprises, mais il n'y avait jusqu'ici pas de politique coordonnée, ni de discussions avec les ministres de la Santé." De leur côté, les groupes d'experts et le Commissariat rassembleront une série de recommandations à court et long termes.

Le frein ne risque-t-il pas d'être budgétaire? "Oui, installer un système de filtration ou de désinfection demande du temps et de l'argent. Mais un moniteur de CO2 ne coûte pas très cher, on en trouve à partir de 60 ou 100 euros. Ce n'est pas insurmontable, surtout au regard des dépenses déjà générées par la pandémie. Et cela constitue un bon investissement. Voilà ce qui nous manque: une stratégie audacieuse à long terme, couplée avec un plan de mise en œuvre courant sur plusieurs années, laissant le temps au secteur de s'adapter. Après des décennies d'inattention, on ne peut prétendre régler cela dans les deux mois, il faut se montrer pragmatiques. L'objectif est de créer une dynamique."

"Cette amélioration de la qualité de l'air, c'est comparable aux efforts entrepris à l'époque sur la sécurité alimentaire ou le niveau acceptable de décibels."
Pedro Facon
Commissaire corona

Train, tram, bus ou métro: restera à s'intéresser au secteur du transport. "Des infrastructures roulantes connaissant des pics de fréquentation énormes. Ce n'est pas évident." Et peu d'avancées sont à pointer.

Phase de transition

Dernier débat pour la route: la phase de transition. Censée durer d'octobre à décembre, d'après le dernier Codeco. "Nous sommes conscients que tout ne pourra être résolu en trois mois, surtout s'il y a lieu de financer un système de filtration ou de désinfection. Mais il faudra au moins disposer d'un moniteur de CO2 et avoir élaboré le plan d'actions nécessaire en cas de dépassement. Si l'on se montre ambitieux sur l'objectif, notre volonté est d'accompagner les acteurs de terrain dans la mise en place. Il ne faut pas sous-estimer ce qui est en jeu. Cette amélioration de la qualité de l'air, c'est comparable aux efforts entrepris à l'époque dans l'horeca sur la sécurité alimentaire ou le niveau acceptable de décibels."

Le résumé

  • Même s'il a fallu du temps pour que le sujet s'impose à l'agenda, la Belgique progresse sur la question de la ventilation.
  • Après l'imposition d'une norme et l'harmonisation du traitement des différents secteurs, le débat actuel porte essentiellement autour de l'école. Le transport devrait suivre.
  • Concernant la période de transition de trois mois, le Commissariat corona se veut pragmatique. Parce qu'il sait que tout ne sera pas réglé d’ici à la fin de l'année.
  • C'est que le chantier est d'ampleur.

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