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analyse

La réforme des rythmes scolaires aura un lourd impact sur l'économie belge

L'allongement du congé scolaire de Toussaint pourrait constituer une belle opportunité pour certains acteurs touristiques belges, à l'instar du domaine des grottes de Han (photo) ©BELGA

La réforme des rythmes scolaires concerne les élèves, mais aussi tous les acteurs qui gravitent autour de l'école.

Tourisme, horeca, mobilité, camps scouts... Autant de secteurs qui seront touchés, à des degrés divers, par la réforme des rythmes scolaires. L’Écho jette un regard sur quelques enjeux de celle-ci pour les mondes économique et associatif.

1. Juillettistes ou aoûtiens

Ça n’a l’air de rien, mais c'est une question qui taraude pas mal de nos interlocuteurs: de quelle ampleur et surtout à quel moment seront raccourcies les grandes vacances? À l'Union professionnelle des agences de voyages, Anne-Sophie Snyers redoute qu'une période estivale réduite conduise surtout à une hausse des prix pour les voyages. Eh oui!, encore cette bonne vieille règle de l’offre et de la demande: si ces vacances passent de 9 à 8 ou même 7 semaines, la demande risque effectivement d’être plus concentrée. Enfin, cela reste à voir, car en allongeant les congés de Toussaint et de Carnaval, la réforme pourrait tout aussi bien modifier certaines habitudes des Belges...

Pour Thierry Neyens de la Fédération Horeca Wallonie, un léger raccourcissement des congés d’été n'est pas problématique en soi. Reste à savoir à quel endroit passera le rabot : "Si les restaurants et les cafés veulent pouvoir sortir leurs terrasses, il vaudrait mieux amputer les congés fin août, moment où les températures sont moins propices à ce genre d’activités qu’en juillet."

18.000
Jeunes
Quelque 18.000 jeunes participent à des camps des mouvements de jeunesse lors de la première semaine de juillet.

Traditionnellement plutôt "juillettistes", les familles belges privilégieraient, elles aussi, une reprise de l’année scolaire en août, plutôt qu’un allongement de celle-ci en juillet. Rogner sur le huitième mois de l’année toujours, ce serait également la moins mauvaise option aux yeux des mouvements de jeunesse. Et pour cause : ils organisent environ 400 camps, pour quelque 18.000 enfants, lors de la première semaine de juillet.

2. Allongement à Toussaint et Carnaval = nouvelles opportunités

C'est une tendance: les vacances de Toussaint sont quasi devenues une semaine de haute saison pour le tourisme en Fédération Wallonie-Bruxelles. "Les prolonger serait donc très positif", commente Michel Vankeerberghen de l’ASBL Attractions et Tourisme. Et Carnaval dans tout ça? Pour les activités de plein air en Belgique, c’est clairement une période moins excitante. Par contre, une semaine en plus à ce moment pourrait convaincre des Belges de mettre le cap sur les cimes enneigées dans les pays voisins.

Évidemment, tout le monde ne peut pas se permettre de voyager. "Quinze jours à Toussaint et Carnaval, cela entraînera le développement du business des stages",  analyse l’économiste Jean Hindriks (UCLouvain). À ses yeux, l’un des principaux enjeux de la réforme devrait être d’accompagner les jeunes des familles modestes, monoparentales et issues de l’immigration, qui n’auront pour la plupart pas accès à ces activités et risquent de se retrouver livrés à eux-mêmes. "Comme on sait que le retard scolaire est important dans ces groupes, pourquoi ne miserions-nous pas sur ces semaines supplémentaires pour proposer des activités de remédiation gratuites? Lutter contre le décrochage des jeunes, c'est aussi fondamental pour notre économie, d'autant plus avec un objectif de taux d'emploi de 80% à l'horizon 2030", insiste-t-il.

"Lutter contre le décrochage des jeunes, c'est aussi fondamental pour notre économie, d'autant plus avec un objectif de taux d'emploi de 80% pour 2030."
Jean Hindriks
Économiste UCLouvain

Mettre sur pied des activités permettant aux élèves de découvrir des métiers, voilà une autre idée pour ces congés étendus, avancée cette fois par Olivier de Wasseige, administrateur délégué de l'Union wallonne des entreprises (UWE).

3. Vacances décalées avec la Flandre

C’est l’une des grandes inconnues. Une fois la réforme enclenchée côté francophone, la Flandre et la Communauté germanophone emboîteront-elles le pas?  Pour l’instant, rien ne permet de l’affirmer. D’un point de vue purement économique, un décalage des congés entre les entités du pays n’affole pas le secteur Horeca, que du contraire. "Si ça lisse la demande par rapport à l’offre, nous y sommes évidemment favorables", explique Neyens.

«"Si ça lisse la demande par rapport à l’offre, nous sommes évidemment favorables à un décalage des congés entre la Flandre et la Fédération Wallonie-Bruxelles."
Thierry Neyens
Président de la fédération Horeca Wallonie

Du côté des mouvements de jeunesse, on est nettement plus préoccupé. Leur crainte: voir certains de leurs membres scolarisés dans une communauté, mais qui participent aux activités extrascolaires dans l’autre, ne plus pouvoir combiner les deux. Dans le même ordre d’idées, les familles dont les enfants sont scolarisés dans des communautés différentes risquent de pâtir d’une potentielle alternance.

4. Organisation des entreprises

Aujourd’hui, bon nombre de parents calent leurs congés sur ceux de leurs enfants. Le petit bouleversement qui s’annonce ne risque-t-il pas d’entraîner un casse-tête pour l’organisation des entreprises? "On pourrait rencontrer des difficultés lorsqu’il faudra caser tous les congés familiaux du personnel sur une période plus courte en été", illustre Anne-Sophie Snyers. Un point d'attention partagé à l'UWE, où l'on s'attend aussi à ce que la réforme ait un impact considérable sur la formation en alternance et les jobs étudiants.

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