carte blanche

La Régie des Bâtiments ne peut pas être un portefeuille résiduel

Consultant immobilier

Au regard de l’accord de gouvernement, l’ambition de l’équipe De Croo concernant la Régie des Bâtiments semble limitée. Pour pouvoir activer la valeur financière et publique intrinsèque de son portefeuille de bâtiments, la Régie doit de toute urgence devenir un gestionnaire immobilier à part entière.

Le Pavillon Horta-Lambeaux, situé dans le parc du Cinquantenaire, est un véritable bijou. Ce qui, dans tous nos pays voisins, serait une attraction touristique majeure n’est chez nous qu’un bâtiment fermé, relégué au rôle de support pour graffeurs en herbe. Les monuments comme le Pavillon Horta-Lambeaux sont gérés par la Régie des Bâtiments, l’institution fédérale chargée de la gestion des biens immobiliers de l’État belge, dont la dotation annuelle se chiffre à plus de 800 millions d’euros.

Un potentiel méconnu

Au fil des années, la Régie des Bâtiments a souvent été l’objet de critiques: sous-utilisation de son potentiel immobilier, problèmes de corruption, rapports accablants de la Cour des comptes... La Régie s’efforce de corriger ces accusations. Elle pourrait pourtant aussi attirer l’attention sur de belles réalisations pour redorer son blason: pensez aux travaux de rénovation entrepris au Musée royal de l’Afrique centrale ou à la Bibliothèque royale.

La Régie des Bâtiments doit devenir un gestionnaire immobilier à part entière, capable de mobiliser la valeur financière et publique de son portefeuille de bâtiments. Pour ce faire, elle a besoin d’un mandat solide, de continuité politique et d’une autonomie responsable.

Toutefois, pour retrouver une certaine stature, la Régie des Bâtiments ne peut se limiter à ces travaux, certes impressionnants. Elle doit devenir un gestionnaire immobilier à part entière, capable de mobiliser la valeur financière et publique de son portefeuille de bâtiments. Pour ce faire, elle a besoin d’un mandat solide, de continuité politique et d’une autonomie responsable.

Un organisme fragmenté

Alors que la Régie des Bâtiments loue une quantité considérable d’espaces de bureaux (certains inoccupés) — et ce parfois jusqu’en 2035 — toutes les institutions fédérales ne doivent pas passer par elle pour répondre à leurs besoins en la matière. Ainsi, en 2018, le Bureau fédéral du Plan a lui-même loué un immeuble de bureaux rue Belliard pour une durée de 18 ans. Cette absence de mandat est totalement illogique et met en évidence le caractère caché et fragmenté des dépenses immobilières de l’État belge. Ce coût vient s’ajouter aux 470 millions d’euros de loyers annuels payés par la Régie des Bâtiments.

En outre, à chaque changement de gouvernement, un nouveau ministre se voit « chargé » de la Régie. Durant les trois derniers gouvernements, celle-ci a ainsi été « à charge » du ministre des Finances (D. Reynders, MR), des Affaires intérieures (J. Jambon, N-VA) et de la Justice (K. Geens, CD&V). Elle est désormais entre les mains du ministre de la Digitalisation Mathieu Michel (MR), récemment critiqué. Cela témoigne non seulement d’un ostensible marchandage de portefeuilles ministériels, mais aussi d’un manque évident de vision politique à long terme et de continuité pour la Régie.

Une société immobilière en devenir?

Dans la lignée des annonces faites en 2018, la Régie des Bâtiments doit être transformée en entreprise immobilière. Cela est possible, par exemple, sous la forme d’une SA de droit public: détenue entièrement et durablement par l’État fédéral et avec pour mandat clair de répondre aux besoins en matière de bureaux de tous lesorganismes publics fédéraux (éventuellement à l'exception de la Défense). Une autonomie suffisante et responsable, par le biais d’un conseil d’administration et de commissaires de gouvernement, doit la libérer de la discontinuité politique qui la mine. De cette manière, la Régie des Bâtiments jouirait d’une plus grande flexibilité dans la rationalisation de son portefeuille, la digitalisation de sa gestion et le recrutement de spécialistes de l’immobilier et d’ingénieurs-architectes.

Cette transformation en société immobilière exige indéniablement un changement de nom. Fedimmo, Immobel et Befimmo étant déjà adoptés par des entreprises privées, je me risque à une proposition, non sans clin d’œil: RE-Bel.

Des ambitions succinctes

Malgré les ambitions antérieures et les besoins majeurs évidents, l’accord de gouvernement ne mentionne que brièvement la Régie: «Nous transformerons la Régie des Bâtiments en une société immobilière gérée professionnellement pour l’État fédéral, sur la base des rapports annuels de la Cour des comptes.»

Il faudra attendre pour voir si le gouvernement De Croo et, par extension, le cabinet Michel, saura concrétiser cette ambition – et si nous pourrons bientôt visiter l’intérieur du Pavillon Horta-Lambeaux.

Par Cyrus Bohn, consultant immobilier et membre du Groupe du Vendredi.

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