La rougeole refait son nid en Belgique

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Mauvaise nouvelle pour la rougeole en Belgique. Cette maladie, contre laquelle il existe un vaccin, refait cette année une percée dans le pays, et ce malgré un plan d’action national pour son élimination à l’horizon 2020…

"En 2017, 367 cas de rougeole avaient été déclarés en Belgique", indique la Dre Monalisa Zampieri (ULB/Hôpital Saint-Pierre, à Bruxelles). "En 2018, ce chiffre était tombé à 117 cas. Mais pour les neuf premiers mois de 2019, nous en sommes déjà à 397 cas", indique la médecin, qui vient de consacrer son mémoire de fin de spécialisation en pédiatrie à l’étude de la situation de cette maladie en Belgique.

"La Belgique est donc loin d’atteindre les objectifs de l’OMS (Organisation mondiale de la santé) pour l’élimination de la rougeole. Des objectifs qui sont de moins d’un cas par million d’habitants", indiquait-elle cette semaine lors d’un séminaire concernant les maladies infectieuses à l’hôpital Saint-Pierre. "Or, le plan d’action national belge pour l’élimination de la rougeole, renouvelé en 2016, vise à débarrasser le pays de cette maladie dès 2020…"

Les chiffres ne plaident donc pas en faveur de ce plan. En cause, un problème de taux de vaccination de la population trop faible en Belgique. Ce qui pourrait valoir au royaume de perdre son statut de "pays en transition" vers l’élimination de la rougeole. Un statut enviable que lui avait conféré l’OMS en 2018.

Objectif: 95% de taux de vaccination

"Malgré la vaccination systématique et gratuite pour les deux doses de vaccins RRO (vaccin combiné rougeole, rubéole et oreillons) depuis 1995, des épidémies de rougeole surviennent encore régulièrement sur le territoire belge", relève Mme Zampieri. Elle identifie deux causes à ces épidémies: le haut taux de contagiosité du virus, mais aussi une couverture vaccinale trop faible.

397
Sur les neuf premiers mois de 2019, on a recensé 397 cas de rougeole en Belgique, contre 117 sur l’ensemble de 2018.

"Pour la rougeole, il faut idéalement atteindre un taux de vaccination de la population de 95%", rappelle le Dr Nicolas Dauby, de l’Institut d’immunologie médicale et de l’École de santé publique de l’ULB. "Avec un tel taux de couverture vaccinale, on limite les cas de transmission de la maladie. C’est ce qu’on appelle l’immunité de groupe. Le virus ne circule plus".

"En Belgique, on est en dessous de cette norme. C’est la Flandre qui est dans ce cadre la meilleure élève de la classe, avec un taux de couverture vaccinale de 93,4%. À Bruxelles, ce taux descend à 76,4% et en Wallonie, il n’atteint que 70,1% (chiffres 2017)", rapporte la Dre Zampieri.

Consultez notre dossier Le grand retour de la rougeole

Qu’est-ce qui explique ces différences de chiffres entre les différentes Régions du pays? "Pour la Wallonie, cela pourrait provenir d’une sorte de ‘contagion’ du mouvement antivaccins qu’on observe en France", estime la pédiatre. "Pour lutter contre ce phénomène, la balle est dans le camp des médecins et du personnel de santé. À eux d’informer aussi complètement qu’honnêtement et de manière accessible sur les attraits, les limites et les enjeux de la vaccination", dit-elle.

"Si le taux de mortalité lié aux complications est, dans les pays développés, très bas, l’impact sociétal et économique de ces épidémies de rougeole contre lesquelles il existe cependant des vaccins n’est pas à négliger", rappelle de son côté le Dr Nicolas Dauby. Et il prend comme exemple le cas d’une épidémie, toujours de rougeole, survenue en Italie en 2002-2003. "Cette étude montre que les quelque 5.000 hospitalisations consécutives à cette épidémie avaient coûté à la Sécurité sociale italienne entre 17 et 22 millions d’euros. Un chiffre à mettre en regard du coût d’une vaccination suffisante de la population dans le pays pour éviter ce type d’épidémie et chiffré, pour sa part, à moins de 2 millions d’euros"

Pour le Dr Dauby, c’est clair, la vaccination est "le" moyen le plus efficace, du point de vue de la santé et de l’économie de la santé, pour éviter des épidémies de maladies "contre lesquelles il est pourtant facile de se prémunir", conclut-il.

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