La SRIB a aidé Artexis en passant par le Grand-Duché

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Les liens singulièrement serrés noués au fil des ans entre la SRIB et la société Artexis, active dans l'organisation de foires et de salons, ont connu en 2005 un épisode fondateur. L’invest bruxellois a investi 2,5 millions dans une structure créée par une société de droit du Panama et par une autre basée dans les îles Vierges britanniques.

Voilà un épisode dont Serge Vilain, le président du comité de direction de la SRIB, se serait sans doute passé. Mais qu’il assume. En 2005, quand l’invest bruxellois a décidé d’aider la société Artexis dans son développement, il a investi 1,250 million en capital et autant par le biais d’obligations convertibles.

Jusque-là, rien d’anormal. À cette époque, le rapport d’activités (2007) de la SRIB donne l’adresse du siège social d’Artexis. Et c’est là que le bât blesse car l’adresse en question se situe au Grand-Duché du Luxembourg. Pourquoi la SRIB – dont la mission consiste à accompagner le développement de sociétés bruxelloises – est-elle allée investir 2,5 millions d’euros au Grand-Duché?

Et ce n’est pas tout. Remonter la piste réserve une autre surprise. En retraçant l’historique d’Artexis au Grand-Duché, on remonte jusqu’à Morex, une société créée le 27 juin 2001 par la société de droit du Panama Daedalus Overseas Inc. et par la société des îles Vierges britanniques Bright Global. Au rang des administrateurs de Morex, on retrouve le beau-père et la femme d’Eric Everard, le patron d’Artexis.

"Pas confortables"

La question à 2,5 millions d’euros est de savoir ce que la SRIB est allée jouer dans cette pièce. Morex, on le verra plus loin, est d’abord une société familiale créée par la belle-famille d’Eric Everard pour le soutenir.

En 2005, la société est rebaptisée Artexis International. C’est à ce moment que la SRIB entre dans la danse par le biais d’une augmentation de capital et d’obligations convertibles, le tout pour un montant de 2,5 millions d’euros. À ce même moment, Eric Everard est nommé administrateur de la société, tout comme Serge Vilain, le patron de la SRIB. Ce dernier siégera au sein de la société luxembourgeoise jusqu’au 17 novembre 2009.

La SRIB a exigé de revenir à Bruxelles aussi vite que possible.

Quand nous lui avons demandé pourquoi la SRIB était allée investir au Grand-Duché, il nous a répondu qu’à l’époque, Artexis n’avait pas de holding principal à Bruxelles. "À ce moment, les décisions se prenaient au Grand-Duché, nous voulions une vision claire du groupe, et nous ne voulions pas être logés dans une filiale", nous a expliqué Serge Vilain, en précisant qu’en entrant dans le capital de cette structure, il a exigé que le problème soit résolu le plus rapidement possible. Ce qui fut fait en juin 2009, avec un bénéfice de 500.000 euros, précise-t-on à la SRIB. "Nous voulions aider la boîte à se développer à Bruxelles, mais cela ne pouvait se faire qu’au départ du Grand-Duché. Nous n’étions pas très confortables avec cela", a encore expliqué Serge Vilain. La relation entre la SRIB et Artexis a continué, mais à Bruxelles, cette fois.

De son côté, Eric Everard nous a expliqué que Morex était une société familiale luxembourgeoise créée par sa belle-famille pour le soutenir. Et le volet offshore est le fait de Deloitte qui a imaginé le montage de la boîte. Eric Everard, qui a grandi et étudié au Luxembourg, se dit fier de son holding grand-ducal. "Nous avions une structure stable qui créait de l’emploi à Bruxelles", assure-t-il.

Ce dernier a dit regretter la sortie de la SRIB de son capital. "La Région a mis la pression sur la SRIB pour qu’elle sorte d’Artexis et ils sont sortis au moment où nous rencontrons une croissance exceptionnelle. Ce qu’il s’est passé s’est fait au détriment des Bruxellois. La SRIB n’avait pas intérêt à sortir maintenant, elle aurait encore pu garder sa participation quelques années et engranger un meilleur bénéfice", a encore expliqué Eric Everard.

Le patron d’Artexis a rappelé qu’en sortant du capital de sa société, la SRIB a réalisé un bénéfice de 7,5 millions d’euros, soit la deuxième plus importante plus-value de son histoire. Aujourd’hui, Artexis est le 20e acteur mondial dans le secteur des salons.

Des incompatibilités de fonctions prévues pour éviter certains cumuls dans le chef des administrateurs de la SRIB ont été éliminées en 2012 par un arrêté du gouvernement bruxellois, juste à temps pour permettre la nomination de Bernard Richelle, étiqueté Ecolo, à la présidence du conseil d'administration de la société régionale d'investissement de Bruxelles. Trois ministres de l'époque confirment d'ailleurs que l'abrogation de la liste d'incompatibilités découlant d'un arrêté de 2001 est étroitement liée à la volonté d'Ecolo de placer Bernard Richelle à la SRIB, selon Le Soir.
"Ecolo tenait à placer quelqu'un d'expérimenté qui pouvait tenir tête à (Serge) Vilain", étiqueté PS et président du comité de direction et du conseil d'administration jusqu'en 2012. "Et cette personne devait être Richelle", a confié une source au quotidien.
Evelyne Huytebroeck (Ecolo), alors en charge à Bruxelles des Travaux publics et des Transports, indique quant à elle "que cela n'est pas vrai et que l'abrogation était justifiée par d'autres motifs".
L'arrêté du gouvernement du 26 avril 2012, qui abroge le texte prévoyant les incompatibilités (arrêté du 18 octobre 2001), n'évoque cependant aucun motif, note Le Soir. La nomination de Bernard Richelle et de son pendant néerlandophone, Quentin Van den Hove (VLD), à la présidence du conseil d'administration est notifiée au gouvernement le 3 mai 2012, soit quelques jours plus tard seulement. Bernard Richelle dirigeait notamment une société de conseils aux PME, une fonction qui tombait sous les incompatibilités prévues par le précédent texte pour les fonctions d'administrateur ou de commissaire au sein de la SRIB.

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