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La Suisse, source d’inspiration intarissable pour réformer la Belgique

Si nous devions prendre la Suisse comme modèle, ne nous limitons pas à sa structure étatique mais inspirons-nous aussi de sa gouvernance, de son système fiscal et de la sobriété des politiciens.

Les chrétiens-démocrates flamands (CD&V) ont récemment surpris en proposant de s'inspirer de la Suisse comme modèle pour une réforme institutionnelle *. Participation citoyenne par référendum, ancrage local de la politique à travers les cantons et travailler ensemble au niveau confédéral sur ce qui est plus efficace à faire en commun.

Rudy Aernoudt ©doc

Qui pourrait être contre ? La plupart des partis politiques, y compris la NVA, ont répondu avec enthousiasme. De fait, le modèle suisse applique à la perfection le principe de subsidiarité. Au niveau confédéral, on y retrouve ainsi la défense, les affaires étrangères, la justice, les finances, l'économie et la politique environnementale.

Si nous devions appliquer ce modèle à la lettre, cela conduirait chez nous à une refédéralisation des politiques économiques et environnementales. Mais si nous voulons vraiment prendre la Suisse comme modèle, ne faut-il pas alors prendre aussi comme exemple leur schéma de fonctionnement pour l’administration et le financement de l’État ?

Des services publics efficaces

La Suisse et la Belgique ont tous deux des gouvernements de type-lasagne (multiples couches) sauf que la Suisse est beaucoup plus efficace que la Belgique.

Illustration bien connue, mais néanmoins avérée: en Suisse les trains arrivent à l’heure. La Belgique, en revanche, est le pays où, après l’Italie, les trains sont les moins ponctuels.

L'efficacité des services publics suisses est l'une des principales raisons pour lesquelles le pays se classe si bien dans l'indice de compétitivité. La Belgique, elle, rétrograde chaque année.

L'efficacité des services publics suisses est l'une des principales raisons pour lesquelles le pays se classe si bien dans l'indice de compétitivité avec une 5e place mondiale sur 141 pays analysés*.

La Belgique, elle, rétrograde chaque année et occupe désormais la 22e place. Ce sont principalement son manque de vision (94e place) et la lourdeur de son administration gouvernementale (91e place) qui lui sont néfastes.

La Suisse, pour sa part, se classe respectivement en 13e et 8e position. En termes d'efficacité des dépenses publiques, la Belgique se classe 62e, la Suisse 9e. En matière de dépenses publiques, la Belgique plafonne à 52% du PIB tandis que la Suisse est à 33%. Pour mémoire, diverses études ont déjà démontré que l'intervention publique optimale se situait entre 35 et 42%...

Coût salarial et impôts

Continuons la comparaison. Le coût salarial, en Suisse, est, en moyenne, de 81.800 dollars par an soit plus ou moins l'équivalent de la Belgique (81.000 dollars). Si nous sommes donc au même niveau, où est la différence ?

Avec un même coût salarial, les Suisses se retrouvent donc avec 60% de plus dans leur poche.

Eh bien, vu que l’Etat y est moins gourmand, 78% de ce coût salarial retourne aux salariés suisses ; en Belgique c’est seulement 48%. Plus précisément, la Suisse paie 10% d'impôt sur le revenu, 6% de cotisation de sécurité sociale des employés et 6% de cotisation de sécurité sociale de l'employeur, laissant ainsi 63.800 dollars aux salariés.

Les chiffres respectifs concernant les travailleurs belges sont de 19,2%, 11% et 21%, laissant, au final, aux salariés belges quelque 39.000 dollars. Avec un même coût salarial, les Suisses se retrouvent donc avec 60% de plus dans leur poche. Et pourtant, malgré cette différence notable, la Suisse ne figure même pas parmi les pays en tête des classements mondiaux. Elle ne se classe que 71e à cet égard dans  l'indice de compétitivité évoqué ci-dessus.

En ce qui nous concerne, la Belgique pointe à la 140ème position sur… 141 pays. Il n'y a qu'un seul pays au monde où les impôts sur les salaires sont aujourd’hui plus élevés que la Belgique : oui, c’est la France.

Mais revenons à la Suisse. Quiconque y accumule une fortune grâce à ce salaire net élevé, le transmet à son/ses enfant(s) à son décès. Dans la plupart des cantons suisses, l'héritage envers les enfants est exonéré d'impôts. En Belgique, faut-il le rappeler, on paie déjà 27% à l'État belge à partir de 250.000 euros.

Le lecteur critique rétorquera que la faiblesse de ces impôts entraînera sûrement des déficits budgétaires et des dettes élevés. Mais il n'en est rien. Depuis 1983, la dette belge représente plus de 100% du produit intérieur brut (PIB) et se situe actuellement à 115%. En Suisse, ce ratio s'affiche à 41% du PIB.

Culte de la personnalité

On relèvera aussi que les Suisses ont pour horreur le culte de la personnalité pratiquée par les politiciens. Faisons le test. Qui connait le nom du président suisse ? La plupart d’entre nous l'ignorent probablement.

En Suisse, les ministres qui ont tendance à être tout le temps présents dans les médias n'ont guère une longue vie politique.

Les Suisses n’apprécient, en réalité, pas du tout le narcissisme des politiques parce qu’ils estiment que les ministres - comme le suggère le sens étymologique du mot - doivent être au service du peuple. C’est au point où les ministres qui ont tendance à être tout le temps présents dans les médias n’ont guère une longue vie politique en Suisse.

Voilà évidemment encore un contraste frappant avec le nombrilisme de nos politiciens qui se précipitent à la moindre occasion dans les médias, quitte à participer à des programmes populaires à la télé.

Si, en rêvant un peu, nous prenions effectivement la Suisse comme modèle, ne nous limitons pas à sa seule structure étatique mais inspirons-nous aussi plus généralement de sa gouvernance, de son système fiscal et de la sobriété de leurs politiciens.

Rudy Aernoudt
Professeur à l'UGent 

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