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Laurent Despy: "Il ne faut pas dépasser les 830 euros de minerval"

L'administrateur de l'Ares, Laurent Despy, dans son bureau de la rue Royale.

Laurent Despy est devenu administrateur de l'Académie de recherche et d'enseignement supérieur en pleine pandémie. Il livre ses premières impressions et aborde les défis à venir pour le supérieur.

C'est à deux pas de la colonne du Congrès que nous rencontrons Laurent Despy. Covid oblige, les locaux de l'Académie de recherche et d'enseignement supérieur (ARES) sont bien vides. Lorsque l'on pénètre dans le spacieux bureau d'angle du nouvel administrateur, on est surpris par la pénombre. "Je baisse les stores parce que dans l'immeuble juste en face, ce sont les fonctionnaires de la police... J'ai parfois l'impression qu'ils m'espionnent", s'amuse notre interlocuteur. 

Après quelques autres facéties lors du traditionnel shooting photo, le quinquagénaire s'installe face à nous. On commence en douceur, en lui demandant de se présenter, mais aussi de revenir sur ses premiers mois à l'Ares. Vu son parcours touffu, cela prend un peu plus de temps que prévu. Voici la version condensée: licencié en information et communication de l'ULB, Laurent Despy a débuté sa carrière en tant que porte-parole de l'ancien président du PS, Philippe Busquin. Après plusieurs années à ses côtés, le Fernelmontois poursuit son parcours chez Rudy Demotte, avant de tirer un trait sur la vie de cabinettard au début des années 2000. À cette époque, c'est dans le monde de l'enseignement supérieur qu'il fait son entrée, devenant délégué du gouvernement auprès de l'Université libre de Bruxelles (ULB), avant d'occuper une fonction similaire à l'Université de Liège (ULiège), dont il deviendra l'administrateur en 2011. Bref, le sup', ça le connaît.

"Je me vois vraiment comme un facilitateur."
Laurent Despy
Administrateur de l'Ares

Bien qu'il soit entré en fonction à l'Ares en juillet 2020, Despy confesse ne pas avoir eu la chance de rencontrer physiquement ses 80 collaborateurs à cause du Covid. "Ça me manque d’ailleurs, car j’aime bien la relation humaine!". Mais au fond, quel est exactement le rôle de sa Fédération? En gros, elle vise à assurer la coordination globale des missions d'enseignement et de recherche des près de 130 établissements d'enseignement supérieur en Communauté française. À côté de cela, elle tente aussi de susciter des collaborations entre eux, tout en respectant leur autonomie. "Je me vois vraiment comme un facilitateur, c'est un trait de caractère que je revendique", glisse le nouvel administrateur.

Plafonnement du minerval

Récemment, l'Ares, via la CoVEDAS (commission vie étudiante, démocratisation et affaires sociales) a, par exemple, été chargée de soumettre à la ministre Valérie Glatigny (MR) une liste de propositions afin de lutter contre la précarité étudiante. "L’une des mesures phares que nous suggérons, c’est le plafonnement du minerval. Il ne faut pas qu’on dépasse les 830 euros à payer lorsqu'on entre dans l’enseignement supérieur. Aujourd'hui, il y a des types d’enseignement qui coûtent tout de même plus cher et il faudra donc compenser, mais il ne faut pas que cela soit à charge des établissements. Autrement dit, à un moment, il faudra qu’il y ait une intervention du politique par rapport à un financement", souligne-t-il

"Il ne faut pas qu’on dépasse les 830 euros à payer lorsqu'on entre dans l’enseignement supérieur."
Laurent Despy

Attention, les mesures complémentaires que le gouvernement prendra devront l'être en dehors de l'enveloppe des 50 millions consacrés au refinancement du supérieur sous cette législature, insiste Laurent Despy. L'entretien vient à peine de commencer, mais nous touchons déjà au cœur du problème du "sup'" en Belgique francophone: son sous-financement chronique. Qu'en pense le nouveau boss de l'Ares? "C’est un vieux débat, beaucoup de recteurs et de responsables de hautes écoles estiment que le coût de l’enseignement obligatoire, surtout dans le secondaire est élevé, tandis que le supérieur est sous-financé. Je comprends leur récrimination, mais le problème est de voir où l'on peut trouver de l’argent. Le tout est de savoir si l'on doit réduire le coût et baisser la voilure pour le secondaire ou bien augmenter – et reste à voir sous quelle forme – le financement du supérieur", lâche-t-il.

Régionaliser l'enseignement

On entend bien, mais trouver des marges dans le secondaire, à moins peut-être de revoir les normes d'encadrement des élèves, n'est-ce pas illusoire? "Je n'ai pas de tabou, toutes les pistes doivent pouvoir être mises sur la table". La régionalisation de l'enseignement, en est-ce une? "Est-ce que régionaliser constitue la solution? Je n’en sais rien ! On sort d’une pandémie, le débat n’est peut-être pas là pour le moment. D’un autre côté, il est légitime que les hommes politiques mettent des balises, posent des questions. J’entends qu’il y a des discussions sur une Belgique à quatre régions. S’il y a un manque d’argent dans la Communauté, il faudra bien aller le chercher ailleurs."

"S’il y a un manque d’argent dans la Communauté, il faudra bien aller le chercher ailleurs.
Laurent Despy

De l'argent, et de son manque potentiel, il risque aussi d'en être beaucoup question avec la réforme de la formation initiale des enseignants – RFIE dans le jargon. Un vaste édifice, auquel l'Ares a apporté sa pierre via une cellule d'appui. "En termes de financement de la réforme, on parle de 25 à 30 millions. La mesure a été acceptée politiquement et l'entrée en vigueur est prévue en 2022. Comme la formation sera allongée d'un an, les premiers diplômes sortiront donc en 2026", pose Despy.

Le principal écueil devrait se matérialiser à ce moment."Je serais surpris qu’il n’y ait pas une revendication, qui me semble d'ailleurs légitime, d’un accompagnement salarial des gens qui seraient formés en quatre ans, et non plus en trois. Il y aura probablement d'âpres négociations sur ce point, mais comme on vote en 2024, ce sera probablement au prochain gouvernement de trancher", ajoute l'administrateur de l'Ares.

Tandis que certains assènent que la réforme sera impayable à terme et qu'il convient de la repenser entièrement, Despy en défend la finalité avec vigueur: "Si on forme mieux les profs, on aura peut-être par ricochet des élèves mieux formés qui, dans quelques années, réussiront mieux dans le supérieur."

Présidence de l'Ares

"Sincèrement, pour le bon fonctionnement de l’institution, il nous faudrait un président à temps plein."
Laurent Despy

Avant de conclure, on voulait aborder un dernier sujet un chouïa plus délicat avec notre hôte. Depuis janvier, le conseil d'administration de l'Ares ne dispose, en effet, plus d'un président de plein exercice. Le mandat de Jean-Pierre Hanssen s'est achevé et le candidat présenté par le gouvernement pour lui succéder, le libéral Hervé Hasquin, a été recalé par le CA. Un motif politique derrière cette éviction? Laurent Despy ne croit pas à ce scénario. S'il refuse d'en parler plus avant, il appelle par contre à trouver rapidement une solution. "Pour le bon fonctionnement de l’institution, il nous faudrait un président à temps plein. Par confort et vision de la stratégie de l’institution, cela serait nécessaire. Annemie Schaus qui assure la fonction ad interim  fait ça très bien, mais elle aussi rectrice de l’ULB dans le même temps", explique-t-il. Un message clair à l'intention de la ministre Glatigny. Interrogée à plusieurs reprises ces derniers mois, la libérale répète qu'elle est toujours à la recherche d'un candidat susceptible de recueillir l'adhésion de tous.

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  • "Il ne faut pas qu’on dépasse les 830 euros à payer lorsqu'on entre dans l’enseignement supérieur."
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