interview

Laurent Minguet: "Je suis comme Greta Thunberg, je déteste le nucléaire, mais tout fermer pour 2025 c'est ridicule"

©Kristof Vadino

L'entrepreneur liégeois Laurent Minguet n'a pas sa langue dans sa poche. Une Leffe bien fraîche l'aide à reprendre son souffle.

13h30, nous attendons l’homme d’affaires liégeois Laurent Minguet chez Rob, où tout n’est que luxe, calme et volupté. Vue plongeante sur les rayons, nous observons une expat hésiter entre différentes références d’une bonne centaine d’huiles d’olive avant de remettre ça, plus loin, au rayon épices, pile en face des homards et des huîtres.

«Il n'y a pas de bornes électriques ici, pour peu on se croirait au Sénégal. Alors que chez Lidl à Liège, il y en a, c’est drôle hein quand même!»

Au premier étage, le restaurant est plein, plein de tout. Des retraités, des bureaux, des copines du midi, bref des palais fins qui partagent l’habitude de prendre un verre de vin à l’heure du déjeuner. Plutôt chic et cossu, Woluwe est une commune où la réussite est plus lisse qu’à Uccle, moins bling-bling, ici la framboise écrasée s’étale sur les pulls en cachemire et non sur les pantalons, comme à la mer. D’ailleurs, quand on vit à Woluwe, on réside plus souvent au Coq qu’à Knokke. Comme une couque – entendez sans problème – arrive Laurent Minguet, presque à l’heure et en grande forme. Il l’avait promis, pour l’apéro, c’est lui qui viendrait à Bruxelles parce que: "C’est pas toujours au journaliste de faire la route". Et comme Bruxelles est le paradis des embouteillages et qu’on n’y circule plus – il le lit tous les jours sur Twitter, "Bruxelles c’est devenu Paris" – il souhaitait prendre l’apéro tôt, loin du centre, mais pas de l’autoroute, chez Rob donc, où il n’est jamais venu qu’une ou deux fois faire des achats il y a des années de cela. Lui est plutôt Delhaize. Il a garé sa Tesla sur le parking et devinez quoi? "Pas de bornes électriques, pour peu on se croirait au Sénégal. Alors que chez Lidl à Liège, il y en a, c’est drôle hein quand même!".

"On devrait fermer toutes les centrales problématiques et garder Tihange 3 et Doel 4 pendant 15 ans, le temps que les énergies renouvelables soient encore plus compétitives."

Les voitures électriques, comme les énergies renouvelables, il explique que ça fait bien dix ans qu’il est dedans. Du coup, l’accord du gouvernement sur les voitures de société, il l’applaudit des deux mains. Maintenant sur la sortie totale du nucléaire, l’homme se montre nettement plus réservé. "Moi je suis comme Greta Thunberg, je déteste le nucléaire, mais tout fermer pour 2025 c’est ridicule, pour les écolos c’est vraiment un trophée à la con. Ce qu’on devrait faire, c’est fermer toutes les centrales problématiques et garder Tihange 3 et Doel 4 pendant 15 ans, le temps que les énergies renouvelables soient encore plus compétitives. En fermant prématurément Tihange 3 et Doel 4, on s’handicape, alors qu’en même temps, on poursuit l’objectif d’une diminution de 55% de CO2 pour 2030. Franchement, je n’appelle pas ça une gestion efficace!"

Que buvez-vous?

Apéro préféré: "D’ordinaire un Spritz, ou un jus de tomate, sinon une Leffe."

Dernière cuite: "Pour mes 40 ans, on a fait une grosse fête et on avait beaucoup bu, je ne conduisais pas mais on est rentré avec ma voiture LPG, on est tombé en panne sur l’autoroute. Le lendemain, je ne m’en souvenais pas du tout..."

À table: "En général, j’aime les rouges tanniques avec un nez expressif et les blancs gras, expressifs aussi."

À qui payer un verre: "A Allah, Delphine de Saxe-Cobourg Gotha ou Elon Musk."

"Albert II le paie cher"

Pour l’apéritif, il prendrait bien un spritz. Sauf qu’il n’y en a pas, alors il prendra un jus de tomates et une Leffe. "Ca colle sans doute mieux avec mon physique" lâche-t-il, avant de trinquer à la santé de Delphine Boël, fraîchement rebaptisée de Saxe-Cobourg Gotha, dont il l’avoue sans ambages, il a toujours été un grand fan. Déjà parce que la situation était injuste et ça, il déteste et puis: "Franchement, on n’y croyait plus à cette histoire, la justice lui a mis tellement de bâtons dans les roues, le style 'même si c’est ton père, c’est pas ton père', ensuite coup de théâtre en appel, test ADN, boum, pourvoi en cassation et puis finalement, paf, on se retrouve avec une reconnaissance totale. À l’arrivée, Albert II le paie encore plus cher, je ne sais pas si c’est de sa faute ou celle de sa femme, mais il n’en ressort pas grandi là où sa fille, elle, sort par la grande porte. C’est fou d’en être arrivé là alors que tout ce que Delphine demandait, c’est que son père lui dise 'mais oui, tu es ma petite fille d’amour et je t’aime'. Non il n'y a rien à faire, c’est un autre monde. Les backstreet girls, c’est un truc de pouvoir, on ne voit ça qu’avec des présidents ou dans les familles royales, pas chez les gens simples."

On essaie d’intimider et de dénigrer l'Observatoire des fondamentalistes, comme tous ceux qui s’inquiètent de la généralisation du voile, en les traitant ‘d’extrémistes de droite’."

Alors oui, s’il le pouvait, il lui offrirait bien un verre à Delphine pour la féliciter. Sinon à Allah, pour voir déjà s’il existe et s’il vient pour lui demander des nouvelles de sa religion et du port du voile. Le sujet le fait s'emballer. "Regardez la vidéo de Nasser qui se moquait du voile au début des années 50, ça veut tout dire, mais ça veut dire aussi que depuis, les Frères musulmans ont gagné". Plus récemment, c’est l’affaire de l’Observatoire des fondamentalismes à Bruxelles (fondé par l’anthropologue Florence Bergeaud Blackler et Fadila Maaroufi) qui attirait son attention. Une tribune de cet observatoire dénonçait ce qu'elle présentait comme une infiltration des Frères musulmans dans la politique belge. La Ville de Bruxelles avait promis à cette association une salle à bas prix pour lui permettre de se présenter publiquement avant de lui refuser car elle "correspondait pas à leurs valeurs". "C’est scandaleux, rugit notre homme. L’Observatoire, ce n’est pas l’extrême droite, on y trouve beaucoup d’intellectuels d’origine maghrébine qui dénoncent l’islamisation des musulmans en Europe. Et c’est eux qu’on essaie d’intimider et de dénigrer, comme tous ceux qui s’inquiètent de la généralisation du voile, en les traitant ‘d’extrémistes de droite’. Ça veut dire quoi? Nazi, facho? Je trouve ça très grave, d’autant que j’apprends qu’on leur refuse une salle alors qu’on dépense des millions pour soutenir des associations de tous bords, en ce compris des trucs islamo-gauchistes. Le pire c’est que beaucoup de politiques de gauche ne réagissent pas pour des raisons purement électoralistes, l’immigration c’est leur fonds de commerce”.

Immunité croisée et tempête immunitaire

Sinon, le Covid? Ah, le Covid il connaît merci. Il se rappelle même du moment même et de l’heure où il l’a attrapé, à l’entracte de la "Sonnambula" à l’Opéra de Liège, le mardi 10 mars à 21h, figurez-vous. Comme dix de ses amis présents au bar ce jour-là d’ailleurs. Mais ce virus, curieusement, n’a atteint ni sa fille ni son épouse. Un constat qui poussait Laurent Minguet à s’intéresser ensuite à la théorie de l’immunité croisée, avant de se pencher sur la question d’un certain gène néanderthalien plus présent chez certaines populations et qui entraînerait  en réaction plus de complications chez ses derniers lors d’une contamination par le Covid-9, entendez la fameuse "tempête immunitaire". Le Covid, le confinement, les mesures, les tests et les vaccins, l’hydroxychloroquine et le professeur Raoult, on sent que le sujet lui fait plaisir et s’emparant alors de son verre de Leffe en forme de montgolfière, il lâche: "Bon, vous avez une petite heure devant vous?"

Qui êtes-vous?

1982: "Je deviens coopérant au Maroc à la place de mon service militaire."

1983: "Je rencontre ma femme Martine, coup de foudre à un barbecue chez des amis."

1985: "Le projet EVS reçoit un financement, Pierre Lhoest m’appelle pour le rejoindre et je démissionne de chez Petrofina. Sans regret, car je détestais le monde du pétrole."

1998: "EVS entre en Bourse. J’étais pauvre et, du jour au lendemain, je suis devenu riche."

2009: "Hervé Hasquin m’appelle pour me faire entrer à l’Académie. On s’était juste croisé à un débat 10 ans plus tôt, où nous n’étions pas d’accord du tout. Il ne s’en rappelait pas."

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