chronique

Le blues des bleus fera le malheur des rouges… et inversement

Journaliste

Réflexion sur les relations PS/Open-VLD au sein de la Vivaldi.

En octobre 2020, Paul Magnette et Alexander De Croo étaient à la fête. Heureux parents, ils accompagnaient en souriant la mise au monde du gouvernement. Non sans regret, le socialiste s’était résolu à laisser au libéral les clés du 16 rue de la Loi en échange desquelles celui-ci défendrait un programme aux accents de gauche. Un prix à payer et un bénéfice pour chacun, ainsi va la politique. Étaient aussi jetées les bases d’un axe structurant. Un pacte d’hommes forts, salutaire après plusieurs mois de crise, qui devait bien sûr permettre à deux partis meurtris de reprendre quelques couleurs électorales. 

Sept mois plus tard, il est difficile de savoir si l’embellie éclaire cette union contre nature de la droite flamande et de la gauche francophone. Mais n’ayons pas peur de nous tromper: PS et Open Vld sont sans doute les deux partis de la Vivaldi qui sont en moins bonne posture en ce moment.

Aucun marqueur libéral

L’Open Vld est marqué au fer par l’affaire Sihame El Kaouakibi qui mine spectaculairement ce "goed bestuur" cher à la Flandre. Egbert Lachaert, président, peine à imprimer sa marque tandis que le style peu charismatique d’Alexander De Croo sert mal sa gestion plutôt habile de la crise. Pratique que ce tandem avec un ministre de la Santé prêt à encaisser tous les coups, mais qui des deux gagne le plus de points en Flandre? Par-dessus le marché, même en cherchant bien, on ne trouve pas encore de marqueur puissamment libéral dans l’action du gouvernement où le CD&V dispose de leviers politiques très visibles. L’indisposition guette-t-elle Vincent Van Quickenborne quand il parle de privatisations? Ou Eva De Bleeker quand elle tente comme elle peut de fermer les robinets de la dépense publique? Comme pour rajouter à leur malheur, les frasques du frère MR servent surtout de bâton à l’opposition N-VA au sein de l’opinion flamande.

Pour s’en sortir, les deux partenaires vont donc devoir se faire mal alors que se présentent les grands débats socio-économiques.

Plus au sud, le discours agressif  du PS à l’égard du PTB sonne comme un aveu d’impuissance. Il y a fort à parier que les acquis - si concrets soient-ils - engrangés par le PS en matière de pensions ou de soins de santé ne suffiront pas à endiguer la poussée de cette gauche authentique autoproclamée. Sur fond d’échec de la concertation sociale, celle-ci fait furieusement penser à celle de la N-VA.

Visages pâles du PS

Et qui pour être le visage d’une gauche populaire au sein du gouvernement? Pierre-Yves Dermagne et Thomas Dermine sont des gages de crédibilité et de compétence, mais passeraient inaperçus dans les couloirs d’une banque d’affaires. Et l’héritière de Laurette Onkelinx, Karine Lalieux, demeure hors champ. Pour Paul Magnette, l’enjeu est pourtant tant historique que personnel: ne pas être le président de l’écroulement socialiste observé ailleurs en Europe.

Pour s’en sortir, les deux partenaires vont donc devoir se faire mal alors que se présentent les grands débats socio-économiques. L'épisode de l'AIP satisfait pour cette fois l'Open Vld, mais meurtrit le PS. On risque encore d’en voir des coups à gauche et des coups à droite. Dans un jeu à somme nulle dont aucun ne pourrait sortir gagnant.

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