Le coronavirus a fait prospérer le crime organisé

Lé président de la cellule antiblanchiment, Philippe de Koster, craint que les établissements horeca et d’autres entreprises en difficulté n’aient d’autre voie de salut que de s’adresser aux milieux criminels. ©Dieter Telemans

L’an dernier, la cellule antiblanchiment a découvert dans notre pays plus de 1,6 milliard d’euros de flux de capitaux suspects, générés par différents types de criminalité.

Le crime organisé a fait sonner son tiroir-caisse durant la crise du coronavirus. La cellule antiblanchiment belge a transmis l’an dernier au parquet pas moins de 1.228 nouveaux dossiers – plus nombreux qu’au cours des années précédentes – représentant au total plus de 1,63 milliard d’euros de flux de capitaux émanant de divers types de criminalité. Soit plusieurs centaines de millions d’euros de plus que les années antérieures (dont 1,15 milliard d’euros en 2019). C’est même un milliard d’euros de plus qu’en 2015.

"La crise sanitaire a ralenti l’économie légale, mais l’économie souterraine a continué à prospérer", conclut la cellule antiblanchiment dans son nouveau rapport annuel (2020). La cellule a reçu l’an dernier 31.605 signalements émanant des banques, notaires et autres secteurs sur des transactions monétaires suspectes. Cela représente plus de 20% d’augmentation rapport à 2019.

"La crise sanitaire a ralenti l’économie légale, mais l’économie souterraine a continué à prospérer."
Rapport 2020 de la cellule antiblanchiment

"Cette crise sanitaire démontre que les fraudeurs et les criminels s’adaptent très vite, conformément à la devise ‘never waste a good crisis’", fait observer le président de la cellule antiblanchiment, Philippe de Koster. Ainsi, les fraudeurs ont abusé sans délai des besoins en termes de masques, d’appareils respiratoires et de kits de test. Ils n’en ont fourni qu’une partie, voire rien du tout. Les fraudes en matière d’investissements, les e-mails d’hameçonnage et d’autres fraudes massives par voie électronique ont également augmenté.

1.228
dossiers
En 2020, la cellule antiblanchiment belge a transmis au parquet 1.228 nouveaux dossiers, soit davantage que les années précédentes.

La cellule antiblanchiment a découvert par exemple une fraude fiscale aggravée impliquant des masques buccaux. L’an dernier, le chiffre d’affaires d’une entreprise belge a augmenté énormément, de plusieurs millions d’euros, en raison de transactions visant prétendument des commandes de masques. Mais l’entreprise ne faisait que participer à une fraude dite de carrousel à la TVA. En clair, les ventes étaient fictives. La douane n’a jamais vu passer les importations de masques déclarées par l’entreprise.

Les aides corona ont fait l’objet d’abus sans vergogne. Toutes sortes de documents ont été falsifiés pour percevoir primes et allocations. Ainsi, la cellule antiblanchiment a découvert qu’un compte en banque était crédité soudainement d’allocations de chômage et de primes corona très élevées. Pour plus d’un million d’euros en quelques mois. Un réseau criminel utilisait de fausses entreprises et de fausses identités.

"Cette crise sanitaire démontre que les fraudeurs et les criminels s’adaptent très vite, conformément à la devise ‘never waste a good crisis’."
Philippe de Koster
Président de la cellule antiblanchiment

La cellule a mis au jour également comment une grande quantité de cash suspect atterrissait sur le compte de société d’une taverne, en plus des primes corona qu’elle recevait. Ces liquidités provenaient d’un trafic de drogue.

Le crime organisé profitera encore à long terme de la crise du coronavirus, prévient Philippe de Koster, qui craint que les établissements horeca et d’autres entreprises en difficulté n’aient d’autre voie de salut que de s’adresser aux milieux criminels.

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