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Le coronavirus commence à contaminer l’économie

©AFP

L’épidémie de coronavirus au départ de Wuhan, en Chine, n’est pas sans impact sur les entreprises: des compagnies aériennes, des constructeurs auto et des chaînes commerciales ont déjà pris des mesures exceptionnelles, circonscrites au marché chinois.

Mercredi, la propagation du coronavirus au départ de la ville de Wuhan, capitale de la province du Hubei, en Chine centrale, avait déjà fait 132 morts et contaminé 5.974 personnes, selon les décomptes de la Commission nationale de la santé chinoise. Le nombre de cas rapportés est déjà plus élevé que le total recensé en 2003 lors de l’épidémie de Sras (Syndrome respiratoire aigu sévère).

La menace sanitaire a commencé à se répercuter sur l’économie, non seulement dans le Hubei et en Chine, mais dans le monde entier. Les secteurs les plus immédiatement affectés sont le transport aérien et le tourisme. L’industrie n’est pas non plus à l’abri, et ce d’autant moins que Wuhan et sa région accueillent d’importantes usines à participations occidentales. Plus largement, la crise du coronavirus pourrait, si elle s’étend, abîmer le produit intérieur brut chinois.

Côté belge nos entrepreneurs semblent peu concernés, à court terme. Mais à nouveau, si l’épidémie pend de l’ampleur, le bilan risquera d’être nettement plus sévère. On citera par exemple le brasseur AB InBev, qui détient une grosse brasserie à Wuhan, le pharma GSK, l’équipementier John Cockerill (CMI) et l’aéronauticien Sonaca qui exploitent tous des filiales importantes en Chine. Et on rappellera qu’en Wallonie, l’incubateur CBTC (China Belgium Technology Center), en cours de construction à Louvain-la-Neuve, est une initiative commune entre la Région et… la province du Hubei, soit précisément celle d’où est parti le coronavirus.

Les premières entreprises à réagir ont été les compagnies aériennes. Plusieurs d’entre elles, et non des moindres, ont arrêté leurs vols vers et depuis la Chine.

Les premières entreprises à réagir ont été les compagnies aériennes. Plusieurs d’entre elles, et non des moindres, ont arrêté leurs vols vers et depuis la Chine. British Airways fait partie du lot: alors qu’elle faisait des vols quotidiens entre Londres, Pékin et Shanghai, elle les a tous cessés à partir de ce mercredi. Elle maintiendra sa décision jusqu’au 31 janvier, puis évaluera la situation. Air Seoul a fait de même. La compagnie indonésienne Lion Air et les birmanes Myanmar National Airlines, Air KBZ et Myanmar Airways vont suspendre leurs vols vers la Chine à partir de février. L’américaine United et la canadienne Air Canada vont réduire leurs vols vers la Chine en raison de la baisse de la demande. Pour la même raison, la compagnie hongkongaise Cathay Pacific va réduire de 50% sa capacité de vol en Chine continentale. La finlandaise Finnair va suspendre une partie de ses vols en février et mars. Enfin Lufthansa, la maison mère de Brussels Airlines, a décidé mercredi en fin de journée de supprimer ses vols vers la Chine, sauf vers Hong Kong, et ce jusqu’au 9 février. À l’inverse, Air France conserve son programme de vol inchangé pour le moment.

L’industrie et le commerce ont arrêté des mesures en sens divers. Le géant suédois du meuble Ikea a décidé de fermer temporairement la moitié des trente magasins qu’il exploite en Chine. Le groupe de restauration rapide américain McDonald’s a fermé "plusieurs centaines" de restaurants dans la province de Hubei, tout en soulignant qu’environ 3.000 établissements restaient ouverts dans le pays. Dans le même secteur, un autre Américain, Starbucks, a fermé la moitié des établissements qu’il compte dans le pays.

Le constructeur automobile japonais Toyota Motor a mis sa production chinoise à l’arrêt jusqu’au 9 février. Comme Toyota, de nombreuses entreprises ont simplement décidé de prolonger la période de vacances de Nouvel An: en Chine, ces congés prennent traditionnellement fin le lundi 3 février. Par mesure de précaution, nombre d’employeurs ont invité leurs travailleurs à ne reprendre le collier que le lundi suivant.

AB InBev Wuhan en congé

"Actuellement, tout est fermé dans l’industrie car nous sommes en période de vacances, explique Michel Kempeneers, le spécialiste de la zone Chine pour l’agence Wallonia.be, qui accompagne les entreprises wallonnes à l’international. Mais on parle de prolonger les vacances d’une semaine dans l’attente d’une solution sanitaire. Ceci dit, si la situation perdure, il y aura un impact pour les sociétés et pour l’économie."

"Actuellement, tout est fermé dans l’industrie car nous sommes en période de vacances."
Michel Kempeneers
Spécialiste de la zone Chine pour l’agence Wallonia.be

Au siège d’AB InBev, on souligne également l’importance de cette période de vacances. "La brasserie (de Wuhan) est fermée en raison du Nouvel An chinois, explique la porte-parole Laure Stuyck. Tous nos employés sont saufs; il n’y a aucun signalement de personne ayant été contaminée. Nous évaluons la situation et suivons les recommandations du gouvernement." Il n’est donc pas impossible que le brasseur suive lui aussi la recommandation de prolonger la période de vacances.

Le CBTC abrite des entrepreneurs du Hubei

En Wallonie, Louvain-la-Neuve accueille déjà une trentaine d’entreprises chinoises dans l’incubateur CBTC. "Le promoteur de cet investissement de 120 millions d’euros est la province du Hubei, rappelle Michel Kempeneers. Il n’y a évidemment aucune crainte à avoir concernant le développement du projet immobilier, mais on peut se demander en revanche s’il n’y aura pas un effet sur le nombre d’entreprises chinoises qui viendront prospecter en Wallonie au départ du centre. Entre 30 et 50% des sociétés chinoises qui se sont manifestées proviennent de la région de Wuhan." Le risque est donc un ralentissement de la déclinaison du projet.

Les entrepreneurs bruxellois investis en Chine ne ressentent pas de contrecoup pour l’instant, relève de son côté Florence Ortmans, porte-parole de Hub Brussels. "Aucune entreprise ne nous a contactés là-bas pour le moment. Mais mon collègue à Shanghaï estime que les voyages d’affaires et de prospection sur le marché chinois risquent de se raréfier dans les mois à venir, ce qui se traduirait par moins de contrats signés."

"On observe un impact sur le tourisme réceptif. Les Chinois limitent d’ores et déjà leurs voyages à l’étranger."
Jean-Luc Hans
porte-parole de l’ABTO

Et quid du tourisme belgo-chinois? À l’ABTO (Association of Belgian Travel Organizers), la fédération des tour-opérateurs de Belgique, on n’est pas trop inquiet pour deux raisons: la région la plus touchée en Chine n’est pas touristique et ce n’est pas la bonne saison pour les voyages dans ce pays. "Il n’y a quasiment pas de départ de touristes belges vers la Chine pour le moment, déclare Jean-Luc Hans, le porte-parole de l’ABTO. La saison démarre en mars, pas avant. On observe par contre un impact sur le tourisme réceptif." Autrement dit, sur les touristes chinois venant chez nous. "Ils limitent d’ores et déjà leurs voyages à l’étranger, ce qui se répercute sur les pays récepteurs." La "chance" de la Belgique, dans ce contexte, est qu’elle ne figure que comme destination accessoire dans les programmes des touristes chinois: en complément de voyages à Londres, Paris ou Amsterdam. "Nous demeurons vigilants, conclut Jean-Luc Hans. Il n’y a pas vraiment péril en la demeure, mais si cette situation dure jusqu’en mars, voire au-delà, ce sera tout autre chose."

Que représente exactement le tourisme chinois chez nous? "50 à 60.000 nuitées par an en Wallonie, un peu plus à Bruxelles et en Flandre", répond Pierre Coenegrachts, le directeur général adjoint de Wallonie Belgique Tourisme. "Cela reste limité, poursuit-il. Pour l’instant, on ne ressent pas d’impact, mais c’est aussi normal car traditionnellement, lors des vacances de Nouvel An, les Chinois restent en famille et ne se déplacent qu’en Chine. Nous nourrissons quelque inquiétude pour la période de réservations, à partir du printemps: ils voyagent d’avril à octobre. Mais c’est trop tôt pour affirmer quoi que ce soit."

Son organisation a par ailleurs planifié pour l’été prochain un budget communication conjoint avec le Grand-Duché et le Grand Est français, dans le but d’attirer les touristes chinois vers le "cœur vert" de l’Europe. Si la situation empire, cette initiative sera réévaluée.

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