Le coût des maladies chroniques a augmenté de 10% en cinq ans

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Un malade chronique coûte en moyenne 5.746 euros par an. La progression des dépenses résulte essentiellement du vieillissement de la population et de l’augmentation des prix.

Les dépenses de santé pour les maladies chroniques ont augmenté de 10% ces cinq dernières années. C’est ce que montre une étude des Mutualités libres réalisée auprès de ses 2,2 millions d’affiliés. En cause principalement: le vieillissement de la population et l’augmentation des prix (honoraires, médicaments, etc.)

Mais d’abord, qu’est-ce qu’on entend par maladie chronique? C’est le cas d’un patient qui consomme des médicaments spécifiques pendant minimum 90 jours par an (120 jours pour les dépressions). Au total, 24 affections chroniques ont été identifiées: cancer, hypertension, dépression, épilepsie, sclérose en plaques, VIH, hépatite B et C, arthrite rhumatoïde, maladie de Crohn, pour n’en citer que quelques-unes.

Un Belge sur quatre

Un Belge sur quatre environ souffre d’une maladie chronique.
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Plusieurs éléments de l’étude des Mutualités libres sont à épingler. Premier constat: en cinq ans, entre 2010 et 2015, le nombre de malades chroniques a augmenté de plus de 55.000 (+ 12%) pour atteindre 520.523 personnes en 2015, soit 24,8% des affiliés des Mutualités libres. Extrapolé à l’ensemble de la population, cela signifie qu’un Belge sur quatre souffre d’une maladie chronique. Parmi ces maladies, l’hypertension se taille la part du lion puisque 15 à 20% de la population en souffrent.

La probabilité d’être affecté par une pathologie chronique augmente avec l’âge. Plus de 6 personnes sur 10 de 60 à 79 ans sont atteintes d’une maladie chronique, 8 personnes sur 10 pour les plus de 80 ans. "On peut donc prédire que le vieillissement démographique s’accompagnera d’une augmentation du nombre de malades chroniques et donc d’une hausse des dépenses de soins de santé", indique Güngör Karakaya, expert auprès des Mutualités libres et chargé de cours à l’ULB. Il pointe également une augmentation des prix (honoraires, médicaments, etc.).

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Résultat: le poids des maladies chroniques sur les dépenses de santé se renforce au fil du temps. En cinq ans, les dépenses liées à ces maladies sont passées de 67,4% à 70,4% du budget Inami.

La dépense annuelle moyenne à charge de la sécurité sociale des personnes atteintes d’une maladie chronique est 7 fois plus élevée que celle des personnes sans affection chronique. En 2015, un malade chronique coûtait 5.746 euros par an en moyenne.

L’accroissement des dépenses de santé se vérifie dans chaque classe d’âge parmi les malades chroniques, alors que pour les personnes sans affection chronique, les dépenses sont stables. Chez les plus de 80 ans, elles ont même bien diminué (de 4.657 à 3.696 euros entre 2010 et 2015). "C’est le résultat d’une baisse du nombre de prestations de soins, principalement les consultations et hospitalisations", indique Güngör Karakaya. Un phénomène encourageant mais qui, pour l’heure, reste sans explication.

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Hausse des maladies mentales chez les jeunes

La probabilité d’être hospitalisé est 3 à 4 fois supérieure chez les patients atteints d’une maladie chronique: 21% d’entre eux ont été hospitalisés au moins une fois sur l’année, contre 6% pour le reste de la population. Ces patients séjournent en moyenne 21 jours par an à l’hôpital contre 4,9 jours pour les personnes sans affection chronique.

Entre 2010 et 2015, on observe une diminution quasi généralisée de la durée moyenne d’hospitalisation des personnes sans affection chronique.
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Entre 2010 et 2015, on observe une diminution quasi généralisée de la durée moyenne d’hospitalisation des personnes sans affection chronique. Chez les malades chroniques, la durée d’hospitalisation a au contraire augmenté chez les moins de 40 ans. Ce pic chez les jeunes malades chroniques s’explique surtout par les longues hospitalisations requises pour traiter des troubles psychiques (psychose, maladie mentale, schizophrénie, dépression,…).

La prévention avant tout

Pour contrer l’emballement du phénomène, les Mutualités libres préconisent "une gestion proactive" des affections chroniques. Il faudrait d’abord investir davantage dans la prévention. Certaines affections chroniques comme l’hypertension, les maladies cardiaques, le diabète ou la dépression résultent souvent d’une mauvaise alimentation, de la sédentarité, du stress ou du tabagisme.

Les Mutualités libres plaident aussi pour un meilleur partage de données entre prestataires de soins, pour la promotion des soins à domicile ou encore pour une meilleure surveillance des suppléments d’honoraires.

le retour au travail reste difficile

Mensura, l’un des gros services de prévention et protection au travail, a fait le bilan du parcours de réintégration des travailleurs en incapacité de travail de longue durée. Ce parcours est entré en vigueur il y a un an, et a pour but de tenter de remettre en selle les travailleurs qui sont aptes à reprendre le travail, mais qui s’enfoncent dans leur congé maladie par manque d’accompagnement.

Pour rappel, tant le travailleur que l’employeur peuvent lancer le parcours. L’initiative peut même émaner du médecin-conseil de la mutuelle. Et si le travailleur ne peut reprendre son activité chez son ancien employeur, le parcours de réintégration peut avoir pour objectif de lui trouver un nouveau job. D’après les données récoltées par Mensura, le nombre de demandes de parcours de réintégration est en hausse constante (3.091 demandes en 2017, 544 au 1er trimestre, 1.366 après 6 mois). "Mais sur le terrain, elles ne mènent généralement pas à une reprise effective du travail", dit Mensura. C’est… l’échec.

"En 2017, deux demandes sur trois (59%) se sont soldées par une décision d’incapacité de travail définitive pour le travail convenu, sans possibilité d’exercer un autre travail ou un travail adapté chez le même employeur", constate Mensura. Dans un cas sur dix, le travailleur a pu reprendre le travail, mais sous une forme adaptée. Et la reprise temporaire du travail reste également peu courante: elle ne concerne que 6% des cas.

L’étude de Mensura montre par ailleurs que les parcours de réintégration sont généralement initiés par le travailleur lui-même (60% des cas). Dans 25% des cas, c’est l’employeur qui en fait la demande, dans 11% l’Inami, et dans 1% le médecin.

Les causes les plus courantes d’absences de longue durée sont les problèmes locomoteurs (dos,..), mentaux, du système nerveux ou cardio-vasculaire. Mais c’est dans le cas des problèmes psychosociaux (72%) ou mentaux et du système nerveux (67%) que la décision d’incapacité définitive est prise.

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