analyse

Le Covid-19 met le holà aux petits plaisirs de la vie

La gravité de la situation épidémiologique a contraint les autorités fédérales et des entités fédérées à décider d'un resserrement drastique des règles. La vie sociale est durement impactée. ©Photo News

Beaucoup de Belges ont dû se sentir comme des ados punis dans leur chambre. Le virus flambe, la vie sociale est fortement réduite, les sorties limitées, les restos et les bars fermés.

"On mène une lutte illégale contre le virus." Voilà comment le Premier ministre Alexander De Croo a introduit les difficiles nouvelles que le Comité de concertation devait annoncer ce vendredi. Face à la flambée des contaminations au Covid-19, il a fallu frapper fort: fermeture complète des cafés et restaurants, couvre-feu de minuit à cinq heures du matin. Le tout pendant un mois.

Et les Belges se retrouvent comme des ados punis dans leur chambre. Ils pourront encore travailler, télétravailler quand c'est possible, aller à l'école, faire les courses. Mais les fêtes, c'est fini.

"Il nous faut faire un pas de côté", a déclaré Alexander de Croo. "Nous sommes attachés à nos libertés, mais nous sommes aussi attachés à notre santé. Et sans la santé, il n'y a pas de liberté, il n'y a pas de bonheur possible."

"Nous sommes attachés à nos libertés, mais nous sommes aussi attachés à notre santé. Et sans la santé, il n'y a pas de liberté, il n'y a pas de bonheur possible."
Alexander De Croo
Premier ministre

Le comité de concertation a pris la mesure de la situation très difficile dans laquelle se retrouvent les hôpitaux actuellement. La continuité des soins non liés au Covid commence à être entravée. Le personnel hospitalier décroche, épuisé par les longs mois de lutte contre le virus. Huit mois déjà pour être précis. Les médecins généralistes, en première ligne, commencent aussi à craquer.

"Le but est d'éviter le pire", a encore dit Alexander De Croo. Le Premier ministre, conscient des difficultés d'un retour en arrière pour la population, a tenté un message mobilisateur fort: "En mars, nous avons tous démontré ce dont nous sommes capables. Nous avons démontré notre solidarité, et nous avons fait baisser les chiffres. Nous sommes convaincus que ce que nous avons réussi à l'époque, nous le réussirons encore."

L'horeca frappé, mais soutenu

Le secteur horeca, déjà durement frappé lors de la première vague, va se retrouver impacté à nouveau pendant un mois complet. Une décision qu'Alexander de Croo admet "injuste". Raison pour laquelle le gouvernement déploiera de nouvelles mesures d'aides, comme un doublement du droit passerelle, un report des paiements et une exonération des cotisations ONSS. L'ensemble des mesures de soutien aux secteurs touchés représenterait un enveloppe de 500 millions d'euros. Les modalités seront affinées par le ministre en charge des Classes moyennes, David Clarinval, le ministre des Affaires sociales Franck Vandenbroucke et le ministre de l'Emploi Pierre-Yves Dermagne durant la semaine à venir.

Rudy Vervoort, le ministre-président de la Région bruxelloise, a de son côté déjà annoncé  que les mesures de soutien mises en place suite à la fermeture des cafés (une prime de 3.000 euros) seraient étendues aux restaurants.

En Wallonie, Elio Di Rupo réunira son équipe dès ce samedi pour discuter de nouvelles mesures d'aide au secteur. Le ministre-président flamand Jan Jambon a aussi annoncé une aide équivalente à 10% de la part du chiffre d'affaires par rapport à l'année dernière.

Appel à la solidarité

"Tout cela, il faut le faire parce que nos enfants doivent pouvoir encore aller à l'école, les gens doivent pouvoir continuer à travailler, et ne pas rester dans l'isolement", a enchaîné le ministre de la Santé et des Affaires sociales Franck Vandenbroucke.

L'isolement complet, comme en mars, le gouvernement ne veut plus l'imposer à la population. Les nouvelles règles doivent donc permettre de maintenir un minimum de contacts sociaux. On pourra encore inviter quatre personnes chez soi. Mais toujours les mêmes. "On recrée la bulle parce que nous ne voulons pas que les gens restent dans la solitude", a dit Vandenbroucke.

Le couvre-feu, lui, est destiné à limiter les déplacements et les "petites fêtes à la maison". "La situation est très difficile, on n'a pas le choix", a déclaré le ministre sp.a.

Le baromètre se fait désirer

Et le baromètre que tout le monde s'attendait à découvrir à l'issue du comité de concertation? L'instrument a, une nouvelle fois, été reporté. Les différents niveaux d'alerte sont déjà fixés, a expliqué Franck Vandenbroucke. Ils iront de zéro à quatre, à l'image des niveaux d'alerte terroriste qui avaient été déterminés à l'époque des attentats. Les seuils qui activeront le passage d'un niveau à l'autre ont aussi été définis et validés.

Ces seuils seront calculés sur la base de deux indicateurs épidémiologiques: le nombre d'hospitalisations par 100.000 habitants sur 7 jours, et le nombre de nouveaux cas par 100.000 habitants sur 14 jours. Le premier indicateur doit permettre de vérifier la gravité de l'épidémie et son impact sur le système de santé, le deuxième doit permettre de vérifier le taux de circulation du virus dans la population.

Ce baromètre doit devenir un élément-clé de la communication gouvernementale, permettre de diminuer l’imprévisibilité et augmenter la contrôlabilité.  Et surtout, il permettra d’avoir des mesures plus "proportionnelles", plus motivantes pour la population que des mesures disproportionnées que personne ne comprend. 

Il faudra attendre encore une semaine pour en savoir plus. "Nous n'avons pas eu le temps de le finaliser", a précisé Vandenbroucke. "Nous sommes en phase maximale, il faut aussi revoir tous les accords et les protocoles dans chaque secteur où il y en a. C'est un travail gigantesque qui attend le commissaire corona, Pedro Facon."

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