Le Covid met le Pacte d'excellence en mode pause

©saskia vanderstichele

Les directions des écoles et leurs enseignants étaient fortement sollicités pour mettre en oeuvre le Pacte d'excellence. La gestion de la crise sanitaire ne leur en laisse plus le temps. Le Pacte a subi un gros coup de frein. Etat des lieux.

On parle beaucoup de l'impact du Covid-19 et de la crise sanitaire sur les écoles, leur (dés)organisation, les enseignants contaminés, épuisés, bouleversés dans leurs habitudes, sur les enfants et adolescents déboussolés. Mais on n'a peut-être pas encore pris toute la mesure de l'impact que cette crise aura sur le plus long terme.

Car le coronavirus a envahi les établissemements au pire moment pour eux: alors qu'un énorme chantier était en cours, impliquant les directions, les enseignants, les syndicats. Celui du Pacte pour un enseignement d'excellence. Cette méga réforme qui devait sauver notre enseignement de la déroute, réduire l'échec scolaire, améliorer la gouvernance des écoles.

On sait que la crise a un impact profond sur les finances de la FWB, faisant plonger ses recettes et creusant son déficit à 1,78 milliard d'euros.

Et patatra, le Covid est passé par là. Mettant certains chantiers à l'arrêt, obligeant à revoir l'agenda. Pas nécessairement pour cause de manque d'argent. On sait que la crise a un impact profond sur les finances de la FWB, faisant plonger ses recettes et creusant son déficit à 1,78 milliard d'euros. Mais beaucoup de dossiers en cours sont neutres budgétairement.

Ces problèmes financiers impactent surtout un seul ( mais gros) dossier connexe au Pacte: celui de la réforme de la formation initiale des enseignants. Elle patinait déjà pas mal, elle a encore été repoussée d'un an par la ministre de l'enseignement supérieur, Valérie Glatigny. Elle devait initialement entrer en vigueur en 2020, on parle aujourd'hui de 2022. Et c'est surtout son coût qui coince. Il faut ajuster les barèmes des enseignants, le coût se chiffre en centaines de millions, voire un milliard, à terme. Les discussions avec les syndicats étaient déjà au point mort avant la crise, elles ne risquent pas d'avancer beaucoup plus dans les circonstances actuelles. Or, ce dossier est crucial pour le Pacte, c'est la base sur lequel repose tout l'édifice. Sans cette réforme, il perd une bonne partie de sa valeur.

Directions débordées

La difficulté de gestion de la crise sanitaire au sein des écoles a aussi obligé la ministre de l'enseignement Caroline Désir à mettre le holà sur certains dossiers dans lesquels sont impliqués les directions et les équipes éducatives. L'objectif est de soulager les directions et leur permettre de se consacrer à 100% à la gestion de crise. Ce qui dans le fondamental est crucial, beaucoup de directeurs, n'ayant pas d'aide administrative et se retrouvant déjà seul face au virus et les dégâts qu'il cause dans leur établissement.

Quels sont ces dossiers? Certains sont plutôt technique. Comme la rédaction des plans de pilotage. Kesako? En (très) résumé, ce sont les objectifs que les écoles s'engagent à atteindre pour améliorer le système scolaire. La date de dépôt de ces plans est repoussée à fin 2020. Idem pour le dossier sur l'évaluation des enseignants. Là aussi, la mise en oeuvre est reportée. Ce qui n'empêche pas de les négocier avec les acteurs ni de discuter des textes au Parlement.

Dans l'opposition, Marie-Martine Schyns, qui a lancé ces travaux durant la législature précédente sous sa casquette ministérielle, craint malgré tout une mise au frigo, compte tenu de la sensibilité du dossier. "La crise ne devrait pas empêcher d'avancer dessus, la cellule de changement pour le pacte au sein du cabinet n'est pas impactée par le travail à faire sur la crise, les réunions peuvent se tenir par videoconférence afin d'être prêts avec les textes."

Réforme du tronc commun en suspens

Autre dossier qui devra attendre l'accalmie sanitaire: la réforme du tronc commun , et plus spécifiquement les formations qui doivent être menées afin d'en implémenter les premières phases. Les directeurs d'écoles étaient en train d'être formés, mais, nous dit-on, ils quittent systématiquement les formations au bout de deux heures pour aller résoudre les soucis de personnel dans leur école. Côté enseignants, on pourrait organiser leurs formations en dehors des heures de travail, mais cela semble compliqué à l'heure actuelle. Résultat, ce pan-là du Pacte qui devait entrer en vigueur en 2021, est aussi reporté à la rentrée 2022.

Reste encore d'aures dossiers très techniques, comme la réforme des centres PMS, des pôles territoriaux, ou encore du dossier d'accompagnement des élèves. Ce dernier dossier, qui entraîne une charge de travail en plus pour l'enseignant (qui doit encoder sur une application toutes les difficultés rencontrées par les élèves, à l'image du dossier médical global pour les malades) nécessite que tout le monde soit d'accord. Ce qui ne serait actuellement pas le cas. La crise n'empêche évidemment pas la négociation, mais ne la facilite certainement pas.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés