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Le gouvernement cherche une sortie de crise au sujet des sans-papiers

Les sans-papiers occupent l'église du Béguinage depuis le 23 mai. ©Photo News

La dégradation de la situation sanitaire des grévistes de la faim met la pression sur le gouvernement fédéral divisé sur la question de la régularisation.

La grève de la faim des quelque 400 sans-papiers retranchés dans l’église du Béguinage à Bruxelles et sur les campus de l’ULB et de la VUB embarrasse de plus en plus le gouvernement fédéral.

Entamée le 23 mai dernier dans l’espoir d’obtenir une régularisation collective, leur action a gagné en visibilité médiatique au fur et à mesure de la dégradation de l’état sanitaire des grévistes. Ils ont reçu le soutien d’associations et de collectifs, de l’Église catholique mais aussi de simples citoyens.

Parmi les grévistes de la faim, certains sont en Belgique depuis de nombreuses années et vivent du travail au noir, souvent exploités par des employeurs peu scrupuleux. Ils ont épuisé toutes les procédures légales et reçu un ordre de quitter le territoire.

Sammy Mahdi a jusqu’ici refusé de céder à ce qu’il considère comme une forme de chantage.

Le gouvernement divisé

Mis sous pression, le secrétaire d’État à l’Asile Sammy Mahdi (CD&V) a jusqu’ici refusé de céder à ce qu’il considère comme une forme de chantage. Figure montante du parti social-chrétien flamand, il est partisan d’une politique migratoire ferme mais sans tomber dans les dérapages verbaux de son prédécesseur à l’Asile et la Migration Theo Francken (N-VA). Le crédo de ce descendant d’un père irakien et d’une mère flamande, c’est une immigration économique sélective qui emprunte la voie légale.

Tant que l’affaire ne prenait pas trop d’ampleur médiatique, les partenaires au gouvernement ont laissé Sammy Mahdi se dépatouiller avec les grévistes. Aujourd’hui, leur situation sanitaire est de plus en plus critique et la pression s’étend à l’ensemble du gouvernement. Or celui-ci sait qu’il marche sur des œufs car la question divise, y compris en son propre sein.

Si Ecolo et Groen appellent à une régularisation collective, les libéraux n'y sont pas favorables. Quant aux socialistes, ils sont divisés entre nord et sud. Le PS suggère une solution provisoire en octroyant des visas de court séjour, ce qui permettrait d'ouvrir un espace de négociation. Les socialistes flamands de Vooruit, eux, ne veulent pas lâcher du lest. Ils ont même appuyé l’idée de Sammy Mahdi de réintroduire les visites domiciliaires là où résident des sans-papiers qui refusent de quitter le territoire.

Procédure exceptionnelle

Le secrétaire d'État a pour sa part appelé les partis politiques à "ne pas susciter de faux espoirs" parmi les sans-papiers. Il rappelle depuis le début qu’une régularisation constitue une faveur et non un droit. La régularisation est un effet une procédure exceptionnelle. Elle permet à des personnes en situation irrégulière de demander un permis de séjour, soit pour des raisons humanitaires, soit pour des raisons médicales. Le permis de séjour est alors valable un an mais peut être renouvelé. C’est le permis A. Au bout de cinq fois un an, le demandeur peut demander le permis B, qui offre un séjour illimité.

Sammy Mahdi a suggéré d’installer une zone neutre, où les grévistes de la faim pourraient obtenir des éclaircissements sur leur dossier individuel et sur les options qui leur restent. En temps normal, les demandeurs d'asile doivent s'adresser eux-mêmes aux services compétents.

Côté flamand en revanche, il n’existe pas de majorité pour donner suite à la demande des sans-papiers.

La crainte du précédent

Politiquement, l’immigration a toujours été une question sensible. La gauche francophone est largement favorable à une politique migratoire plus souple. Côté flamand en revanche, il n’existe pas de majorité pour donner suite à la demande des sans-papiers. Ce serait un cadeau en or pour le Vlaams Belang qui flirte déjà avec le quart des intentions de vote dans les sondages au nord du pays.

150.000
On estime qu’il y a entre 100.000 et 150.000 sans-papiers actuellement présents sur le territoire belge.

La crainte, c’est qu’un geste en faveur des retranchés de l’église du Béguinage constitue un précédent pour tous les autres sans-papiers. On estime qu’il y a entre 100.000 et 150.000 sans-papiers actuellement présents sur le territoire belge.

En 1999 et 2009, le gouvernement Verhofstadt avait procédé à de grandes opérations de régularisation. Rien qu’en 1999, environ 40.000 personnes avaient obtenu un titre de séjour. Mais pour Sammy Mahdi, si le problème se repose tous les dix ans, c’est bien la preuve que la régularisation ne constitue pas une solution structurelle.

Dans une carte blanche parue dans La Libre mardi dernier, les organisations syndicales ainsi que les classes moyennes wallonnes (UCM) et bruxelloises (BECI) ont suggéré une sortie de crise en octroyant aux grévistes le "permis unique" pour les métiers en pénurie. La Fédération des entreprises de Belgique (FEB) et des organisations patronales flamandes comme le Voka ou l'Unizo ne figurent pas parmi les signataires de cette carte blanche.

Le résumé

  • La situation sanitaire des grévistes de la faim est de plus en plus critique.
  • Le secrétaire d’État à l’Asile Sammy Mahdi (CD&V) a jusqu’ici refusé de céder à ce qu’il considère comme du chantage.
  • Au gouvernement, seuls Ecolo-Groen et le PS sont favorables à une régularisation.
  • La crainte est qu’un geste en faveur des retranchés de l’église du Béguinage constitue un précédent pour tous les autres sans-papiers.

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