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Le Japon face à la question complexe des retombées financières des JO de Tokyo

Pour le Japon, la question est de savoir si le coût final des JO sera inférieur à celui d'une annulation pure et simple, que l’institut Nomura estimait, fin mai, à environ 13,9 milliards d’euros. ©AFP

Le Comité international olympique s’en sort bien en termes de retombées financières des Jeux olympiques de Tokyo, alors que le Japon et ses entreprises en assument l’essentiel des coûts.

Traditionnellement complexe, la question des retombées économiques des Jeux olympiques tourne au casse-tête pour ceux de Tokyo, qui commencent le 23 juillet dans un contexte particulier.

La pandémie de Covid-19 a déjà contraint les organisateurs à les reporter d’un an. Elle les a obligés, ensuite, à renoncer au public étranger, comme japonais, et c’est donc à huis clos que les athlètes vont tenter d’aller "plus vite, plus haut, plus fort", conformément à la devise du mouvement olympique.

12,6 milliards
d'euros
À ce jour, l'organisation des JO de Tokyo a coûté 12,6 milliards d’euros, soit quasiment le double des estimations initiales.

Pour le comité d’organisation Tokyo 2020, la ville de Tokyo, le gouvernement japonais et le Comité international olympique (CIO), les attentes pécuniaires apparaissent contrastées.

Sans public, les jeux vont néanmoins se faire sous l’œil des caméras, ce qui garantit au CIO l’essentiel des revenus attendus. 73% de ses ressources dépendent des droits de retransmission, estimés pour Tokyo à 1,2 milliard d’euros. L’organisation pourra aussi compter sur les 7,5% prélevés sur les versements des sponsors.

Budget doublé

La question devient plus complexe pour la ville de Tokyo et l'État japonais au sujet d'un événement qui a coûté 12,6 milliards d’euros, soit quasiment le double des estimations initiales. Au moment de la sélection de Tokyo, en 2013, l’archipel tablait sur un gain de 0,5% du produit intérieur brut (PIB), la venue de 8,5 millions de touristes et une demande générée en travaux divers et ventes de produits dérivés qui devrait atteindre 17,7 milliards d’euros.

1,9 milliard
d'euros
Le coût estimé du report d'un an des Jeux olympiques de Tokyo s'élève à quasi 2 milliards d'euros.

Le Japon comptait rééditer le succès de la Coupe du monde de rugby qu’il a accueillie en 2019 et qui était considérée comme un prélude des Jeux olympiques. Selon un rapport du cabinet Ernst & Young, cet événement a rapporté 4,6 milliards d’euros au Japon et augmenté son PIB de 2,48 milliards d’euros. Le succès s’appuyait sur une explosion du tourisme: 31,9 millions d’étrangers sont venus cette année-là dans l’archipel. Le gouvernement en espérait 40 millions pour les JO de 2020.

La pandémie a anéanti ces espoirs et le report des jeux, décidé en mars 2020 sous la pression du CIO et des athlètes inquiets de la progression du covid, a alourdi la facture de près de 1,9 milliard d’euros. "Une partie de ces frais supplémentaires est due aux mesures sanitaires nécessaires, une autre au maintien des infrastructures pendant un an de plus. C'est le cas du village qui aurait dû être cédé il y a près d’un an aux nouveaux propriétaires des appartements, des hôtels, de la sécurité, des frais de personnel, etc. Le CIO a pris 800 millions à sa charge et le comité d’organisation 1,1 milliard", détaille le président du Comité olympique belge Pierre-Olivier Beckers.

Mauvaises nouvelles

Depuis le début de 2021, les mauvaises nouvelles s’accumulent. La décision de renoncer aux spectateurs ajoute une perte de 692 millions d’euros de revenus de la billetterie. Sans compter les manques à gagner liés à la vente de produits dérivés, de nuits d’hôtel et autres services de restauration.

"Les Jeux olympiques pourraient être le catalyseur d’une résurgence du coronavirus. L’impact négatif sur l’économie pourrait être très important."
Takahide Kiuchi
Institut de recherche Nomura,

Certes, l’économie pourrait bénéficier, selon un calcul de l’institut Daiwa, de 1,1 milliard d’euros de dépenses des ménages qui auront acheté une nouvelle télévision, des produits dérivés ou festoyé – modestement - devant leur écran. Mais ce n’est qu’une maigre compensation.

Pour le Japon, la question est de savoir si le coût final sera inférieur à celui d'une annulation pure et simple, que l’institut Nomura estimait, fin mai, à environ 13,9 milliards d’euros. La réponse dépend en grande partie de la maîtrise du Covid-19, alors que Tokyo connaît une recrudescence des contaminations et que les organisateurs des JO ont détecté des cas parmi les athlètes.

"Les Jeux olympiques pourraient être le catalyseur d’une résurgence du coronavirus. L’impact négatif sur l’économie pourrait être très important", craint Takahide Kiuchi, de l’institut de recherche Nomura, qui pense qu’une telle situation pourrait plonger le Japon en récession.

Des sponsors frustrés

L’autre question concerne les 67 sponsors japonais ayant contribué, dans un premier temps, à hauteur de 2,5 milliards d’euros à l’événement, avant d’ajouter 254 millions d’euros pour financer le report d’un an.

"Ces Jeux soulèvent de nombreux problèmes parfois difficiles à appréhender."
Jun Nagata
Directeur de la communication de Toyota

Ces entreprises se trouvent confrontées à la question financière, mais aussi à celle de l’image dans un pays devenu majoritairement hostile aux JO, suite aux circonstances. Toyota, partenaire majeur, a ainsi décidé, le 19 juillet, de ne diffuser aucune publicité sur le thème des Jeux à la télévision pendant les compétitions. Une décision qui témoigne d’un certain embarras.

"Ces Jeux soulèvent de nombreux problèmes parfois difficiles à appréhender", a déclaré, lundi à la presse, Jun Nagata, directeur de la communication du constructeur. Le PDG du groupe, Akio Toyoda, n’assistera pas à la cérémonie d’ouverture.

Le même dilemme s’est posé pour le brasseur Asahi. La vente d’alcool a été interdite pendant les compétitions et l’entreprise aurait, selon le quotidien économique Nihon Keizai, "elle-même proposé cette interdiction aux organisateurs de Tokyo 2020, afin de contrer les éventuelles critiques de la population alors que les restaurants et bars doivent, depuis la fin avril, fermer à 20 heures et stopper la vente d’alcool à 19 heures".

Asahi prévoyait de vendre sa Asahi Super Dry sur les sites des compétitions. La société attend néanmoins toujours des ventes à 17,7 milliards d’euros cette année, en hausse de 13,2% sur un an. Le groupe table sur l’intérêt des consommateurs pour les boissons arborant les logos olympiques avant l’expiration, en décembre, des droits d’utilisation de ces logos.

Gros manques à gagner

Outre ces deux groupes, l’équipementier sportif Asics doit vraisemblablement tirer un trait sur l’augmentation attendue de 70% de ses ventes grâce aux Jeux olympiques entre la mi-mai et la fin des compétitions. Le groupe a aménagé un espace de 275 mètres carrés dédié aux technologies sportives dans le quartier branché d’Harajuku à Tokyo. Difficile de dire s’il y aura des visiteurs.

Le Japon et ses entreprises ont donc beaucoup à perdre dans les Jeux olympiques, même si les préparatifs de cet événement ont soutenu l’activité pendant sept ans (...).

Autres partenaires durement affectés, les géants des technologies, comme NEC, qui voulait promouvoir sa technologie de reconnaissance faciale et devra chercher d’autres opportunités, et NTT, qui devait faire la promotion de sa technologie 5G.

Quant aux compagnies aériennes ANA et JAL, elles comptaient sur d’importants revenus, en s’appuyant sur l’exemple de la compagnie sud-coréenne Korean Air, qui avait vu ses revenus croître de 7,2% au moment des JO d’hiver de PyeongChang en 2018. Ayant déjà vu ses activités s’effondrer en 2020, l’agence de voyages JTB doit, de son côté, rembourser tous les billets et séjours vendus.

Le Japon et ses entreprises ont donc beaucoup à perdre dans les Jeux olympiques, même si les préparatifs de cet événement ont soutenu l’activité pendant sept ans et si, sur le long terme, l’archipel pourrait y gagner.

Transformer la ville

Tokyo s’est doté d’un nouveau Stade national signé de l’architecte Kengo Kuma, qui a remplacé celui construit pour les jeux de 1964. L’événement a permis d’accélérer le développement des polders gagnés sur la baie de Tokyo. Les 6.000 logements du village olympique qui se dressent sur Harumi, en lieu et place d’une friche industrielle, vont devenir des résidences haut de gamme.

La préparation des jeux a accéléré la transformation de Tokyo, pour en faire une ville disposant de davantage d'espaces verts et plus accessible aux personnes âgées.

Plusieurs installations sportives, comme le centre aquatique alimenté par des panneaux solaires, ont embelli des quartiers et la restauration de sites permet aujourd’hui à la capitale japonaise de se prévaloir d’équipements de qualité et modernes, utilisables dans les années qui viennent, une fois la pandémie passée.

Plus généralement, la préparation des jeux a accéléré la transformation de Tokyo, pour en faire une ville disposant de davantage d'espaces verts et plus accessible aux personnes âgées alors que les plus de 65 ans représentent 28,7% de la population du Japon. Voilà qui donne à la capitale japonaise les moyens de mieux répondre aux défis démographiques et environnementaux du XXIe siècle.

Le résumé

  • La question des retombées économiques des Jeux olympiques tourne au casse-tête pour ceux de Tokyo reportés d'un an suite à la pandémie.
  • Au moment de la sélection de Tokyo, en 2013, l’archipel tablait sur un gain de 0,5% pour le PIB, grâce, notamment, à la venue de 8,5 millions de touristes. Mais ceux-ci ne viendront pas
  • L’économie pourrait bénéficier de 1,1 milliard d’euros de dépenses supplémentaires des ménages.
  • Pour le Japon, la question est de savoir si le coût final sera inférieur à une annulation pure et simple.

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