Le match de deuxième division des Belges à la COP25

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Malgré une équipe de négociateurs rompus à l’exercice, la Belgique ne sera une fois encore pas parvenue à cacher ses divisions à la conférence climatique.

À chaque fois c’est pareil: les collègues de pays voisins jasent en voyant arriver les Belges – "quoi, quatre ministres du Climat?" Et à la COP25 de Madrid, le nombre n’aura cette fois encore pas favorisé l’efficacité. La Belgique est ainsi faite.

Ses ministres sont arrivés en ordre dispersé et repartis de la même manière. Le Bruxellois, la Flamande et la fédérale en avion (cette dernière aurait bien opté pour le covoiturage, mais ça ne s’est pas mis). Le Wallon en voiture et non sans de longs détours (les stations de CNG bio ne courent pas les rues). Alors que la conférence se prolongeait samedi, c'est Alain Maron qui assurait la représentation ministérielle de la Belgique.

Zuhal Demir, la porte-parole

Leur présence à tous était requise, aucun n’ayant l’ascendant sur la compétence régionale ou fédérale des autres, mais c’est cette année la Flamande Zuhal Demir qui portait la voix de la Belgique à la table des coordinations européennes – ce qui lui a permis d’échanger avec une des stars mondiales de cette édition, limbourgeoise comme elle: un Frans Timmermans auréolé par le Pacte vert européen qu’il présentait.

"Il y a une frilosité de la région flamande à communiquer à l’international. Pourtant dans les faits, il n’y a pas de grosses divergences sur le sujet."

Pour autant, la parole de la Belgique dans le concert européen, sur fond de négociations mondiales, était affaiblie par les divergences de vues de ses entités. Illustration vendredi, dans la dernière ligne droite des négociations, quand l’État belge n’a pas pu signer la déclaration multilatérale appelant les négociateurs à l’ambition sur l’encadrement des marchés carbone, point focal de la COP25: trois ministres étaient d’accord, la quatrième, Zuhal Demir, non.

Les Belges ont une position commune sur "80 à 90%" de la question, souligne-t-on dans un cabinet. Mais impossible de s’accorder sur le texte, qui demandait de créer "des marchés carbone internationaux de grande ambition et intégrité". Principale cause du blocage: le texte plaide pour "la plus haute ambition possible d’atténuation" des émissions, incompatible avec la retenue du nord du pays. "Il y a une frilosité de la Région flamande à communiquer à l’international. Pourtant dans les faits, il n’y a pas de grosses divergences sur ce sujet", poursuit la même source.

L’huile et les rouages

Pour les Belges, l’utilité principale du segment ministériel de la conférence de Madrid aura été de réunir les quatre ministres dans une même pièce pour la première fois – "une COP, ça les oblige à se voir et ça met vraiment de l’huile dans les rouages", glisse-t-on dans un cabinet.

Deux réunions, mercredi et jeudi, leur auront permis d’avancer réellement vers la mise en place du plan national énergie-climat, assure-t-on dans l’entourage des ministres, même si elles n’auront pas suffi à aboutir. À tout le moins auront-ils pu afficher une réelle détente dans une conférence de presse commune. Agrémentée d’un soupçon d’humour potache – Marie Christine Marghem s’excusant de confondre les prénoms de Philippe Henry et Alain Maron: "Une feuille de salade ressemble à une autre feuille de salade."

Les ministres ont donc dû attendre d’être à Madrid pour tenter d’avancer sur un plan de réduction d’émissions pour 2030 qui est virtuellement dépassé – la Commission européenne va présenter avant l’été un projet de relèvement de l’objectif contraignant européen.

John Kerry, guest star

Mais leur COP ne s’est pas résumée à ces deux réunions sur un plan de réduction d’émissions qui sera obsolète dès que l’Union aura adopté la révision à la hausse de son objectif pour 2030.

La Belgique a notamment organisé un événement sur les océans, honoré de la présence d’un certain John Kerry – excusez du peu. Entre les bilatérales et le traditionnel "drink" belge organisé dans le stand de conférences du Benelux et de la Banque européenne d’investissement, le microcosme de la COP est l’occasion de rencontres multiples. Belges (des ONG aux Youth for Climate en passant par la FEB) ou non (le Fonds d’adaptation pour le climat a eu un certain succès). Autant d’occasions de faire passer son message – "55% d’ici 2030 pour la Wallonie, c’est très ambitieux, sans doute que tout le monde n’en prend pas encore conscience", souligne Philippe Henry, qui affiche le projet de réduction le plus significatif.

Certains auront encore profité de leur passage à Madrid pour faire une visite de terrain – l’usine d’Iveco dans le cas du précité, des potagers urbains dans le cas d’Alain Maron. Ce dernier était d’ailleurs le dernier ministre belge encore présent vendredi soir, à l’heure où la négociation de première division, celle de la COP25, s’intensifiait.

Les négociations se poursuivaient donc samedi, sans accord en vue. Certains craignent une régression au terme de cette COP qui se présentait pourtant comme celle de l'ambition.

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