Le moteur de la prospérité belge a des ratés. C'est inquiétant

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La productivité a baissé en Belgique en 2018. C’est une nouvelle inquiétante, car notre niveau élevé de productivité est notre principale source de richesse.

La Belgique est connue pour faire partie des économies les plus productives au monde. Cette réputation est toujours d’actualité, mais elle se trouve aujourd’hui en danger. Si l’on en croit l’enquête annuelle menée par The Conference Board, un bureau d’étude américain, notre productivité a baissé de 0,1% en 2018. C’est la première fois en six ans qu’elle recule.

Cette baisse est d’autant plus remarquable que la Belgique représente une exception: dans la plupart des pays, la productivité est en hausse. En 2016 et 2017, elle a augmenté en Belgique, certes, mais moins que dans le reste de la zone euro. En 2018, on observe donc une baisse, ce qui réduit notre avance par rapport aux autres pays. Tout comme l’an dernier, la Belgique occupe encore le quatrième rang sur la liste des économies les plus productives. Seules la Norvège (riche en pétrole), le Luxembourg (centre financier) et l’Irlande (paradis fiscal) affichent de meilleurs scores.

Pourquoi cette baisse?

D’après la Banque nationale de Belgique, ce recul de la productivité a plusieurs origines. Tout d’abord, l’augmentation de la productivité et les investissements dans la recherche et le développement sont concentrés au sein d’un petit groupe de grandes entreprises surtout actives dans les secteurs chimique et pharmaceutique. "Ce constat indique que nous sommes confrontés à un problème de répartition de la technologie." La Banque Nationale encourage les PME à davantage innover.

La Belgique renouvelle son tissu économique moins vite que le reste de l’Europe.

De plus, la Belgique renouvelle son tissu économique moins vite que le reste de l’Europe. On crée chez nous moins d’entreprises et moins d’entreprises ferment leurs portes. C’est notamment la conséquence du renforcement des réglementations dans le secteur des services, des licences et des licenciements collectifs. Conséquence: la Belgique compte davantage de sociétés zombie.

Autre explication: la qualité des infrastructures a beaucoup baissé à cause du manque d’investissements publics. Un autre problème se situe au niveau de la mobilité. Il existe peu de villes en Europe où les embouteillages sont plus longs et plus fréquents qu’aux alentours de Bruxelles et Anvers. Chaque heure perdue dans le trafic – qu’il s’agisse des poids lourds ou des navetteurs – pèse sur la productivité.

La priorité accordée à la création d’emplois par le gouvernement a peut-être aussi pesé sur la productivité. "La Belgique a créé de nombreux emplois, mais dont la productivité est apparemment limitée", explique Klass de Vries, économiste de The Conference Board et un des auteurs de l’étude. La baisse des coûts salariaux rend désormais rentable la création d’emplois pour des travailleurs moins qualifiés. Vu que la productivité de ces emplois est relativement faible, la politique menée par le gouvernement a eu un impact sur l’évolution de la productivité globale du pays.

Digitalisation et productivité

Pourquoi la digitalisation ne fait-elle pas augmenter la productivité ? Sur cette question, les avis sont partagés. Certains spécialistes soulignent que les statistiques officielles sous-estiment l’impact de la digitalisation sur l’activité et économique et sur la productivité. Mais d’autres économistes défendent la position inverse. D’autres encore font remarquer qu’il faut du temps pour que l’impact des nouvelles technologies se fasse sentir sur la productivité.

"Twitter et Pokemon Go ne font pas augmenter l’économie autant que la machine à vapeur." Bart Van Craeynest Economiste en chef du Voka

"À terme, le big data et l’internet des objets feront augmenter la productivité, explique Koen De Leus, économiste en chef de BNP Paribas Fortis et auteur d’un ouvrage sur la révolution digitale. Mais il faut du temps. Nous ne devons pas nous attendre à du changement avant un, deux ou trois ans. Les boutiques de vêtements doivent beaucoup investir dans leur site de vente en ligne, mais ces investissements ne génèrent pour l’instant aucun bénéfice supplémentaire."

Le célèbre économiste américain Robert Gordon se montre beaucoup plus pessimiste. Il note que la digitalisation aura un impact moins important que celui des inventions des précédentes révolutions industrielles, comme la machine à vapeur et l’électricité. Gordon s’attend à ce que la productivité et la croissance aux Etats-Unis soient relativement faibles au cours des dix prochaines années. Bart Van Craeynest, économiste en chef du Voka, ne dit pas autre chose: "Twitter et Pokemon Go ne font pas augmenter l’économie autant que la machine à vapeur."

Que font les pouvoirs publics?

Koen De Leus souligne qu’un récent changement de loi facilite la gestion d’une faillite. "Cela peut contribuer à rendre l’économie belge plus productive." Il regrette que l’introduction de la 5G (internet mobile hyper rapide) prenne du retard. "Sans la 5G, les machines ne peuvent communiquer entre elles." La vente aux enchères des licences pour la 5G vient d’être reportée, parce que les gouvernements fédéral et régionaux n’ont pas réussi à trouver un accord sur la clé de répartition des revenus.

Fin 2018, la Chambre a approuvé une loi qui prévoit la mise en place d’un Conseil national de la productivité, suite à une recommandation européenne. Le nouveau Conseil mènera des recherches sur l’évolution de la productivité et de la compétitivité. Il évaluera également différentes options stratégiques.

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