Le Musée de l'Armée à Bruxelles va se vider de ses avions

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Le projet de réaménagement du site du Cinquantenaire nécessite le déménagement des avions du hall de l’Air.  Certains redoutent que de nombreux appareils ne reviennent plus à Bruxelles, comme cela fut le cas avec les blindés.

Séisme en vue au Musée royal de l’Armée (MRA) à Bruxelles, l’un des lieux les plus emblématiques de la capitale. Les quelque 120 avions du hall de l’Air, considéré comme le fleuron du site du Cinquantenaire, vont très probablement être retirés de leur emplacement actuel pour permettre la rénovation du bâtiment et le réaménagement des expositions, a appris L’Echo. Un déplacement a priori provisoire qui s’inscrit dans le cadre du projet de redéploiement du musée conçu par la direction du War Heritage Institute (WHI), le nouvel organisme qui chapeaute le MRA et ses différents sites. Petit détail qui n’est pas sans importance: seule une partie des appareils devrait par la suite revenir au sein de la section Air et Espace.

Selon différentes sources, la direction du WHI a commencé à demander à plusieurs de ses services d’étudier la possibilité de déménager la totalité des avions se trouvant dans la grande halle. La Défense nationale, qui a la tutelle sur l’institution, a également été sollicitée pour d’éventuels transports et espaces de stockage.

Ce déménagement complet devrait avoir lieu entre 2020 et 2023, selon les espoirs de la direction du WHI, qui souhaite trouver un partenaire privé pour participer à la rénovation du musée et à sa cogestion par la suite. Tous les appareils civils et les avions n’ayant pas de lien avec l’histoire militaire de la Belgique seraient ensuite expédiés ailleurs.

"Certaines structures du hall de l'Air sont dans un état catastrophique."
Michel Jaupart
Directeur du WHI

Ce qui suscite des craintes au sein de l’institution: "la Belgique ne disposant pas d’un musée de l’aviation civile, cette dispersion signerait l’arrêt de mort de ces collections" indique une source. Autre appréhension: que le provisoire devienne définitif. C’est ce qui est arrivé avec la collection de blindés qui se trouvait dans la cour carrée du musée, jusqu’à son déplacement il y a quelques années. Ces chars, qui étaient l’une des autres attractions phares du musée, se trouvent aujourd’hui dispersés entre Bastogne et Braaschaat, où il est très compliqué de les admirer. Le communautaire n’est pas non plus absent du dossier: avec le fameux décret "Topstukken", toute pièce maîtresse demeurant plus de quatre ans sur le sol flamand ne peut repartir sans l’accord du gouvernement flamand.

Le directeur (ai) du WHI, Michel Jaupart, réfute ces scénarios catastrophes. "Il n’y a pas de projet de réorganisation du hall de l’Air, fait-il valoir, mais un projet général de réaménagement en profondeur du Musée, qui nécessitera de le fermer un certain temps pour réaliser les travaux. Y compris dans le hall de l’air, où certaines structures sont dans un état catastrophique". Selon Michel Jaupart, le MRA devra également évoluer. Comme il est impossible d’exposer les innombrables pièces du musée, il faudra se recentrer sur l’histoire militaire du pays. "Mais cela peut être pris dans un sens large", selon lui. "Cela concerne aussi les avions qui ont été mis en oeuvre par les adversaires de la Belgique, comme les appareils allemands de la Seconde guerre mondiale ou les avions soviétiques". 

"Des spécialistes estiment qu’il faut 25.000 euros par avion".
Un ancien du musée

Des arguments qui ne convainquent pas les sceptiques.  "Ce qui sort du Musée pour être mis en dépôt ne revient jamais", objecte un connaisseur de la maison, qui donne en exemple un chasseur suédois Saab "Draken" aujourd’hui invisible pour le public. "Les familles ne vont pas être interpellées juste par les cocardes belges. Or, 40% des visiteurs viennent pour le hall de l’Air" complète un ancien du MRA. "Le projet de réaménagement tourne autour des 170 millions. Qui va soutenir cela? Le déménagement des appareils représente à lui seul une tâche presque insurmontable: des spécialistes estiment qu’il faut 25.000 euros par avion! Des études ont pourtant montré qu’il était possible de faire ces travaux par tranches, sans déménager en une fois l’ensemble des avions", conclut-il.

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