Le nombre de femmes en profession libérale a progressé de 30% en 5 ans

©Alkis Konstantinidis for De Tijd

Médecins, avocats, dentistes, géomètres, experts-comptables, toutes ces professions attirent de plus en plus de jeunes, et particulièrement des femmes.

Entre 2011 et 2016, le nombre d’indépendants exerçant une profession libérale a connu un rythme de croissance variant entre 4 et 6% par an. En 2011, on comptait 251.464 indépendants en profession libérale, contre 314.374 en 2016. Soit une progression de 25%. Et cette évolution est encore plus marquée dans le clan des femmes: la population des femmes exerçant une profession libérale a progressé de 30% en 5 ans, contre une hausse de 20% chez leurs collègues masculins.

Rattrapage

Les femmes effectuent ainsi un petit mouvement de rattrapage. Entre 2011 et 2016, leur part dans l’ensemble de la population des indépendants en profession libérale est passée de 42% à 44%, selon les chiffres Inasti. Au sein de la base de données des indépendants inscrits chez Acerta, les femmes ont même pris le pouvoir, puisqu’elles représentent 54% des indépendants sous profession libérale.

33,5 %
Ce sont chez les avocats que l’écart salarial entre hommes et femmes est le plus élevé au sein des professions libérales. Il faut compter 33,5% de salaire en moins pour les femmes.

Pourquoi ce succès? Fabienne Evrard, directrice chez Acerta, constate que les femmes se dirigent de plus en plus vers des activités indépendantes touchant au secteur des soins aux personnes et du bien-être.

Mais pourquoi ce déclic survient-il ces dernières années alors que les métiers d’avocat ou de médecin existent depuis toujours, ou presque? "Ces métiers demandent énormément d’investissement en temps, or les femmes désirent toujours garder un équilibre correct entre vie de famille et travail. Avant, c’était difficilement compatible, mais aujourd’hui, les conditions de travail ont changé, ce qui facilite l’accès à ces professions pour les femmes", explique Fabienne Evrard.

Concrètement, qu’est-ce qui a changé? Les professions libérales se développent de plus en plus souvent en cabinets. Médecins, avocats, architecte, dentistes, se mettent à plusieurs pour travailler ensemble, ce qui leur permet de se répartir les consultations et les gardes.

Les femmes gagnent 20% de moins

Du coup, les femmes peuvent garder des horaires de travail plus compatibles avec leur vie de famille. Ce qu’elles font d’office plus souvent que les hommes. Et cela se voit dans leur rémunération. L’écart salarial au sein des professions libérales est en effet aussi élevé que chez les salariés. D’après Acerta, il faut compter une moyenne de 20% d’écart en défaveur des femmes, soit un écart salarial similaire à celui qui prévaut chez les salariés (en base annuelle).

Mais cette différence ne s’explique pas par une différence de rémunération horaire (alors que chez les salariés, 8 à 10% sur les 20% d’écart persistent malgré l’élimination du facteur temps de travail). Les honoraires d’un médecin ou d’un avocat seront les mêmes que l’on soit un homme ou une femme. Mais les femmes réalisent moins de prestations, et au final, elles gagnent donc moins.

"Chez les femmes médecins par exemple, on verra une tendance à ne pas suivre autant de patients que les hommes, à travailler 4 jours semaine. On pourrait aussi émettre l’hypothèse que les femmes consacrent plus de temps à leurs patients que les hommes. Sur une journée, elles réaliseront donc moins de prestations", dit Fabienne Evrard.

Cet écart salarial diffère d’ailleurs fortement d’une profession à l’autre. Il est le plus élevé que la moyenne chez les avocats (33,5%), les vétérinaires (28%), les professions paramédicales (30%), les médecins (25%) et les architectes (22%). Chez les dentistes il n’est par contre que de 8%, et 16% chez les pharmaciens. L’écart salarial s’est aussi fortement réduit entre 2012 et 2016. Quatre ans auparavant, il était encore à 31%, et même 53% chez les vétérinaires…

Beaucoup de jeunes

L’autre tendance dégagée par Acerta dans son analyse des professions libérales montre un rajeunissement. Les 26-45 ans y représentent la plus forte proportion (55%). On ne compte plus que 19% de 45-65 ans. "Les professions libérales réclament un investissement personnel important, au service de leur patientèle. À partir d’un certain âge, certains indépendants ont envie de diminuer la pression des responsabilités, et préfèrent donc intégrer une structure." Une tendance inverse, en somme à celle que l’on voit chez les salariés hautement qualifiés, qui avec l’âge auront tendance à s’installer à leur compte, comme consultant par exemple.

Si on remarque un recul avec l’âge du public des professions libérales cela ne s’explique par contre pas du tout par des départs précoces à la retraite. "Au contraire, les médecins, avocats, notaires ont plutôt difficile à arrêter leur activité, et poursuivent souvent au-delà de l’âge légal de la pension. Ces métiers sont des vocations en soi, et la vocation ne s’éteint pas parce qu’on a atteint l’âge limite de 65 ans", conclut Fabienne Evrard.

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