Le nouvel ambassadeur américain met la pression pour nos dépenses militaires

©State.gov

Ronald Gidwitz, le nouvel ambassadeur américain auprès de la Belgique, a rencontré la presse belge ce mardi. Il annonce qu’un de ses objectifs prioritaires sera de convaincre le gouvernement belge de porter ses dépenses militaires à 2% de son PIB. Il espère aussi le convaincre du fait qu’il ne sert à rien d’essayer de dialoguer avec l’Iran.

Le nouvel ambassadeur américain auprès de la Belgique, Ronald Gidwitz, a rencontré la presse belge ce mardi. Il s’agissait d’une première pour cet homme d’affaires nommé en mai dernier par le président Trump, à la campagne duquel il avait travaillé comme directeur financier pour la région de Chicago. Arrivé le 3 juillet, il présentait le lendemain ses lettres de créances au roi Philippe. Cela faisait un an et demi que notre pays attendait "son" ambassadeur américain.

Gidwitz n’a cependant toujours par rencontré le Premier ministre Charles Michel. "À cause des vacances", glisse-t-il diplomatiquement. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’a pas une idée précise de ce qu’il compte réaliser en tant que représentant du président Trump dans notre pays. À commencer par "encourager le gouvernement belge à respecter les engagements qu’il a pris (au sommet de l’Otan) au Pays de Galles" en 2014. La Belgique doit consacrer 2% de son PIB aux dépenses militaires et 20% de ces dépenses doivent être consacrées à des investissements dans du matériel, rappelle-t-il. "C’est extrêmement important pour préserver notre partenariat." Mais Gidwitz se veut positif (plus que son patron…). Pour lui, le remplacement des F-16 belges sera déjà un pas dans la bonne direction.

Coup de promo du F-35

Et l’ambassadeur d’en profiter pour faire la promotion du F-35 de Lockheed Martin, au détriment de l’Eurofighter européen et du Rafale français. "Si vous voulez acheter le meilleur avion, celui qui offre le meilleur rapport qualité-prix, celui qui permet de continuer à travailler avec vos partenaires néerlandais, norvégiens, italiens, il faut acheter le F-35. Si vous voulez un avion qui durera 40 ans et dont la technologie sera régulièrement remise à niveau, vous devez acheter le F-35. Si vous voulez l’avion qui représente le meilleur investissement pour vos contribuables, et qui garantit les meilleures chances de survie pour les hommes et les femmes qui monteront à son bord, vous devez acheter le F-35." C’est sûr, il connaît bien son texte.

"Si vous voulez un avion qui durera 40 ans et dont la technologie sera régulièrement remise à niveau, vous devez acheter le F-35."
Ronald Gidwitz
ambassadeur des États-Unis auprès de la Belgique

Parmi les autres chantiers du nouvel ambassadeur: le renforcement des relations commerciales entre les Etats-Unis et la Belgique. Pour lui, les tensions commerciales qu’il y a aujourd’hui entre l’Union européenne et les Etats-Unis ne seront d’ailleurs bientôt plus qu’un mauvais souvenir. "Voyez ce qui est en train de se passer entre les Etats-Unis et le Mexique. Après un an de discussions plutôt vives, nos deux pays ont annoncé lundi avoir obtenu un accord. Je pense qu’on obtiendra plus vite un accord commercial avec l’UE." Pour lui, c’est simple: "Le président Trump veut des échanges commerciaux sans barrières et sans tarifs douaniers" et il sera preneur si c’est ce que les Européens lui proposent.

"Le président Trump veut des échanges commerciaux sans barrières et sans tarifs douaniers."
Ronald Gidwitz
Ambassadeur américain à Bruxelles

Par contre, en ce qui concerne l’accord de Paris sur le climat, c’est clair, Trump ne veut plus en entendre parler et Gidwitz s’étonne que sa décision d’en sortir ait tant surpris. "Cet accord n’était pas un traité. Si on voulait en faire un accord contraignant pour les Etats-Unis, il aurait fallu l’amener devant le Sénat américain. Mais la précédente administration ne l’a pas fait parce qu’elle savait qu’il n’aurait pas été adopté, explique-t-il. Trump tente de respecter ses promesses de campagne. Sortir de l’accord de Paris en était une", ajoute-t-il.

Dossier iranien

Autre sujet qui divise les Européens et les Américains: l’accord nucléaire iranien. Si l’ambassadeur américain ne veut pas se prononcer sur l’impact que le retrait américain de l’accord pourrait avoir sur la Belgique, ses entreprises, et le port d’Anvers, il se montre par contre plus loquace sur la menace que représente l’Iran. "Que les Iraniens poursuivent ou non leurs activités nucléaires à vocation militaire, ce qui est certain, c’est qu’ils améliorent leurs systèmes de livraisons de missiles, qu’ils créent des problèmes en Syrie, qu’ils exportent la terreur. (...) Si je faisais partie d’un gouvernement européen, cela m’inquiéterait sérieusement", dit-il. Pour lui, pas question de poursuivre la voie du dialogue. "Une de mes tâches en tant qu’ambassadeur sera d’en convaincre votre gouvernement, notamment en lui fournissant des informations supplémentaires."

"Une de mes tâches en tant qu’ambassadeur sera d’en convaincre votre gouvernement, notamment en lui fournissant des informations supplémentaires."
Ronald Gidwitz
ambassadeur des États-Unis auprès de la Belgique


Le personnage Trump

Que le président Trump ne soit pas très populaire auprès de nombreux dirigeants européens et de l’opinion publique sur le Vieux Continent, Gidwitz en est bien conscient et ne semble pas s’en émouvoir. "Un grand nombre d’Américains ne le comprennent pas non plus", dit-il en riant. Il connaît le personnage pour l’avoir côtoyé pendant la campagne. "C’est quelqu’un qui apprend vite, de cordial, de très éloquent, et qui n’hésite pas à poser des questions quand il ne comprend pas quelque chose." Et l’ambassadeur d’énumérer les réalisations de Trump au cours des 18 premiers mois de son mandat: réforme fiscale, accord budgétaire au Congrès, baisses significatives des réglementations "inutiles" auxquelles sont confrontées les entreprises américaines, taux de croissance de l’économie américaine qui "a doublé et devrait continuer à s’afficher à des niveaux bien supérieurs qu’au cours des dix dernières années". "Vous pouvez ne pas aimer tout ce qu’il fait, mais il s’est engagé auprès du peuple américain et il essaie de respecter ses promesses." Gidwitz sait comment parler de son patron.

"Vous pouvez ne pas aimer tout ce que Trump fait, mais il s’est engagé auprès du peuple américain et il essaie de respecter ses promesses."
Ronald Gidwitz
ambassadeur des États-Unis auprès de la Belgique

Quand on lui rappelle que Trump avait traité Bruxelles de trou à rats en 2016, il dit ne pas comprendre. Et tente de jouer les démineurs. "Bruxelles est un endroit formidable, c’est une très belle ville. J’y suis venu un nombre incalculable de fois depuis mon premier voyage en Belgique en 1965. Il parlait peut-être d’un autre endroit." En tout cas, aux dernières nouvelles, Trump aurait changé d’avis. "Quand le Président est venu à Bruxelles pour le sommet de l’Otan, il n’avait que des choses positives à dire", nous affirme l’ambassadeur visiblement ennuyé.

Ce natif de Chicago l’est bien moins quand il évoque Barack Obama. "La première fois que j’ai rencontré Obama, c’était à la fin des années 90. Nous travaillions alors chacun à des programmes d’éducation à Chicago. J’ai ensuite eu l’occasion de le rencontrer lorsqu’il siégeait au Sénat de l’Illinois. Je tentais alors de faire avancer certains projets de lois qui avaient notamment trait à l’enseignement. Parfois, il soutenait ces projets, parfois pas." Quand on lui demande ce qu’il pense du personnage, la réponse, politiquement correcte, fuse: "C’est un type marrant avec qui ça peut être agréable de prendre un verre."

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