Le parquet fédéral ouvre une enquête sur Henri de Croÿ

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Le parquet fédéral veut connaître le type de services que le prince belge Henri de Croÿ fournissait à des compatriotes fortunés qui cachaient leurs millions d’euros au fisc et à la Justice.

En juin dernier, on apprenait que des membres du gratin belge de la noblesse et des milieux des affaires avaient réussi, pendant des années, à dissimuler des millions d’euros d’argent noir au regard du fisc et de la Justice grâce au réseau d’un prince belge, Henri de Croÿ.

Les pratiques occultes – menées à travers des comptes offshore, des hommes de paille, des sociétés écrans, des cartes de crédit anonymes et la remise de valises de billets de banque à Bruxelles – étaient décrites noir sur blanc dans plus de 31.000 courriels, contrats, données bancaires et autres documents internes que notre rédaction avait demandés à l’hebdomadaire français L’Obs. Celui-ci avait, en effet, déjà publié des articles sur les "Dubaï Papers" du prince de Croÿ.

À la suite de nos articles, le parquet fédéral a ouvert une information judiciaire sur le réseau gravitant autour du prince de Croÿ. Des sources bien informées nous indiquent que cette enquête doit passer le relais à un juge d’instruction dès que le parquet pourra lui aussi mettre la main sur les documents fuités. Pour les obtenir, le parquet fédéral devrait se rendre, ce mois-ci encore, en France pour en discuter avec le parquet national financier (PNF) à Paris. Le PNF, qui dispose depuis quelque temps de ces documents grâce à un lanceur d’alerte, a également mis un juge d’instruction sur l’affaire pour découvrir comment le prince aidait des clients français à dissimuler des capitaux noirs et même des fonds détournés. Le porte-parole du parquet fédéral n’a pas souhaité commenter nos informations.

L’ISI à l’affût

Il va de soi que l’ISI utilisera tous les moyens légaux pour obtenir ces informations.
Alexander De Croo
ministre des Finances

Il n’est pas dit que les documents aux mains de la Justice française sont identiques à ceux que notre rédaction a pu consulter. Mais si tel est le cas, le parquet fédéral pourra comprendre comment une cinquantaine de Belges ont confié au prince, au cours de la période allant de 2002 à la fin de l’an dernier, de coquettes sommes qui pouvaient s’élever à 13 millions d’euros par client.

Notre Inspection spéciale des impôts (ISI) veut également mettre la main sur les documents fuités, a répondu le ministre des Finances Alexander De Croo (Open VLD) au député Stefaan Van Hecke (Groen). "Actuellement, l’ISI n’a pas pu encore consulter les documents. Il va de soi que l’ISI utilisera tous les moyens légaux pour obtenir ces informations."

Des noms qui tombent

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Entre-temps, l’ISI a déjà pu retrouver deux noms de Belges qui étaient clients du prince de Croÿ. L’un des deux était lui-même fonctionnaire des Finances jusqu’en 2006. Les mémos et courriels du prince décrivent en détail comment l’ancien agent des Finances a confié au prince pas moins de 3,86 millions d’euros d’argent suspect, qui a atterri ensuite sur des comptes cachés aux Bahamas, aux Émirats arabes unis et à Puerto Rico.

Le fonctionnaire voulait pouvoir dépenser chaque année quelque 100.000 euros du capital noir. Pour ce faire, il utilisait des cartes de crédit anonymes qui lui étaient envoyées à domicile, mais aussi des dépôts en provenance de comptes écrans à l’étranger, notamment auprès d’une banque douteuse en Tanzanie. Pour l’ex-fonctionnaire, le prince avait aussi élaboré des structures écrans pour acheter en toute discrétion de l’immobilier et des antiquités à Londres.

Un autre client belge désormais connu de l’ISI est un entrepreneur flamand du secteur de la construction qui a confié au prince 13 millions d’euros d’argent noir. Son dossier est connu du fisc parce que le fraudeur a décidé en 2017 de retirer ses 13 millions chez le prince et de régulariser sa situation fiscale. Il a payé un prélèvement de 36% sur son capital régularisé.

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