Le politique s'oppose au projet d'ambassade américaine à Boitsfort

©REUTERS

Pour les responsables américains, le site récemment délaissé par Axa est l’endroit idéal… mais ils le réaffirment: à condition de pouvoir tout raser et reconstruire. "No way!" rétorquent les responsables publics. Le projet est au milieu du lac, au grand dam du propriétaire, Cofinimmo.

La rentrée risque d’être décisive en ce qui concerne le dossier de la future ambassade américaine à Bruxelles. Et peut-être de stopper définitivement le discret processus actuellement mené par la représentation US et Cofinimmo, le propriétaire actuel de l’ex-siège d’Axa, boulevard du Souverain 25 à Watermael-Boitsfort.

Les tractations en cours ne pourront vraiment aboutir que si l’immeuble actuel peut être rasé et reconstruit d’une page blanche.

Lors d’un reportage exclusif mené avec nos confrères du Tijd sur le site de la future ambassade US de La Haye, nous avons eu confirmation de source officielle que les tractations en cours, discrètement menées depuis des mois entre responsables du dossier (acheteurs potentiels, propriétaire actuel du bien, architectes, autorités publiques régionales et communales) ne pourront vraiment aboutir que si l’immeuble actuel peut être rasé et reconstruit d’une page blanche. "Rebuilt from scratch", comme disent les concepteurs.

Le hic: commune de Watermael-Boitsfort et Région bruxelloise ont de concert lancé une demande de procédure de classement du bâtiment central existant et des jardins environnants allant à l’opposé des demandes américaines. Au cabinet du ministre-président Rudi Vervoort, depuis les soubresauts politiques du week-end dernier, c’est silence radio sur toute la ligne.

"Ils sont allés sur la Lune… Ils trouveront bien une solution!"
Olivier Deleuze
Bourgmestre de Watermael-Boitsfort

Le bourgmestre de Watermael-Boitsfort, lui, n’hésite pas à rappeler ses deux préalables à tout accord de sa part sur le site concerné: "Nous souhaitons que le projet visé respecte la physionomie, les fonctions et les accès du site actuel, stratégique pour la commune; et qu’on ne vienne pas le privatiser ni le murer. Ensuite, nous avons clairement fait savoir qu’on ne voulait pas que le patrimoine bâti existant, lui aussi remarquable, soit rasé. Si ces deux préalables sont respectés, nous n’avons pas de problème à accueillir la future ambassade américaine sur le site. Ils sont bien allés sur la Lune; ils trouveront bien une solution, s’ils le veulent vraiment…, conclut Olivier Deleuze (Ecolo), qui confirme qu’on lui a présenté le projet voici plusieurs mois et que celui-ci respecte la première exigence.

À prendre ou à laisser

Du côté du porteur de projet, on n’en démord pas: soit le bâtiment actuel peut être rasé, soit on abandonnera la procédure en cours. C’est à prendre ou à laisser selon l’OBO (Overseas Buildings Operations), qui dit avoir un cahier des charges très strict à respecter pour faire approuver ses budgets par le Congrès US.

©Davis Brody Bond Architects

Pour expliquer pourquoi l’immeuble du Souverain 25 doit être rasé, nos contacts américains énumèrent, dessins à l’appui, leurs fondamentaux pour tous les nouveaux projets initiés. Ils sont identiques à ceux qui ont prévalu pour la construction de la nouvelle ambassade US de La Haye, qui ouvrira ses portes avant la fin 2017. On parle dorénavant, comme pierre angulaire, d’intégration dans le paysage naturel existant. On assure d’ailleurs vouloir protéger toute la végétation et les accès au public existants. Et la nouvelle construction ne dépassera pas la hauteur des arbres: plus question de forteresse ou de bunker.

Or, sur le site du Souverain 25, l’immeuble existant est non seulement démesuré, mais aussi non fonctionnel et énergivore selon les nouveaux canons, qui visent à construire des bâtiments (quasi) autonomes en énergie. Le projet vise d’ailleurs à atteindre la certification Gold ou Platinum selon le Leadership in Energy & Environmental Design.

Trois fois trop grand

On parle de loger dans le futur siège seulement 360-380 membres du personnel issus de deux missions: celle de l’ambassade bilatérale auprès du Royaume de Belgique et de la mission diplomatique US auprès de l’Union européenne, actuellement logés boulevard du Régent, en bordure de la petite ceinture. 15.000 à 20.000 m² devraient largement suffire, alors que le bâtiment actuel en compte trois fois plus (65.000 m²).

La sécurité reste bien sûr une priorité essentielle, mais elle se fait via la nature du terrain environnant, notamment les pièces d’eau qui encerclent le bâtiment plutôt que des murs.

La sécurité reste bien sûr une priorité essentielle, mais elle se fait via la nature du terrain environnant, notamment les pièces d’eau qui encerclent le bâtiment plutôt que des murs. C’est ce que les master planners appellent le "landscape buffer". Par contre, pas question de garages souterrains comme ceux qui existent actuellement sous l’immeuble de Cofinimmo non plus. Depuis l’attentat d’Oklahoma City (1995), il y a un syndrôme sur ce point sécuritaire très précis pour tous les nouveaux projets initiés.

Procédure accélérée, si…

Un planning d’une quarantaine de projets est actuellement sur la table. La Belgique est au 36e rang… Mais, nous assure-t-on quand on soupire, si le feu vert était donné par les autorités belges sur le terrain visé, le projet ferait un bond en haut de la liste. "Dans le meilleur des cas, on parle d’entrer dans le nouveau bâtiment d’ici cinq à sept ans", modère un des pilotes.

©Moore Ruble Yudell Architects & Planners

"Le ministre-président Vervoort a lancé une procédure d’inscription sur la liste de sauvegarde de l’immeuble principal et d’une partie de son parc. Mais elle n’a pas encore abouti sur la table de la Commission royale des Monuments et Sites (CRMS), qui doit donner son avis sur le classement", précise David Roulin, architecte en charge du dossier chez Art & Build.

Ce dernier confirme également avoir présenté le projet aux différents acteurs concernés, mais n’avoir aucun mandat pour introduire une demande de permis d’urbanisme en bonne et due forme. Du côté de la CRMS, on mentionne que le dossier est actuellement à l’administration régionale.

"Vu l’âge du bâtiment, réunir tous les documents utiles ne sera pas simple. Au mieux, on devrait mettre ce point à l’ordre du jour à la rentrée prochaine."
Membre de la CMRS

"Vu l’âge du bâtiment, réunir tous les documents utiles ne sera pas simple. Au mieux, on devrait mettre ce point à l’ordre du jour à la rentrée prochaine. On devrait alors juger sur pièce du bien-fondé de classer", confie un membre de la CRMS, qui ajoute que toute décision prise nécessite d’avoir les fonds publics nécessaires pour subsidier les travaux en fonction du classement. Or, selon un expert immobilier, le site actuel est évalué à 40 millions d’euros minimum. En 2005, un acheteur allemand offrait encore 155 millions d’euros…

L’architecte principal qui travaille depuis des mois déjà sur le projet bruxellois est issu du bureau new-yorkais Davis Brody Bond, auquel le belge Art & Build est associé, sans doute pour faciliter les démarches locales, la compréhension des réglementations et des procédures et le suivi du chantier… s’il passe l’hiver.

Parmi ses réalisations majeures, on trouve le Mémorial du 11-Septembre à New-York. Davis Brody Bond collabore depuis 15 ans déjà avec le Département d’Etat US. Et depuis 2011, ses architectes planchent avec l’OBO sur le développement de l’EPIC (Embassy Perimeter Improvement Concepts), un nouveau programme à grande échelle.

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