chronique

Le potentiel négligé des "social impact bonds" pour sortir de la crise

CEO de Finance.Brussels

Ce mécanisme consiste à faire appel à des investisseurs privés pour financer des projets innovants visant à contribuer de manière mesurable à la résolution de problématiques dont le coût social est connu. On parle donc bien de capital-risque.

La crise sanitaire n’a pas fermé la porte aux inégalités. Que du contraire, elle a encore exacerbé la fracture sociale (chômage temporaire, perte d’emploi, faillite…)

Cette fracture sociale est encore plus béante si l’on y ajoute l’effet de l’inégalité numérique. Ainsi, dans le contexte d’un confinement, les adultes et enfants ne disposant pas du matériel ou de la connexion nécessaire ont encore plus été marginalisés.

"Avec les Social Impact Bonds (SIB), il peut y avoir 5 gagnants : les pouvoirs publics ; les porteurs de projet (souvent sous des ASBL) ; les bénéficiaires ; les investisseurs ; les citoyens / contribuables."
Pierre Hermant
CEO finance & invest brussels

Pour faire face à ces nombreux défis sociaux, depuis une bonne dizaine d’années, les Social Impact Bonds (SIB) proposent un mécanisme financier intéressant et complémentaire à l’action des institutions publiques et du secteur non marchand. Un mécanisme que l’on pourrait qualifier de win,win, win, win, win. Oui, vous avez bien compté, il peut y avoir 5 gagnants : les pouvoirs publics ; les porteurs de projet (souvent sous des ASBL) ; les bénéficiaires ; les investisseurs ; les citoyens / contribuables.

Pour rappel, ce mécanisme consiste à faire appel à des investisseurs privés pour financer des projets innovants visant à contribuer de manière mesurable à la résolution de problématiques dont le coût social est connu. Ce dispositif, construit sur la base d’objectifs sociaux ambitieux et prédéterminés, transfère le risque d’échec au financeur privé, plutôt qu’au contribuable ...

On parle bien de capital-risque

Bien entendu, si le projet atteint ses objectifs, l’investisseur est rémunéré à hauteur d’une fraction de l’économie réalisée par les pouvoirs publics au bénéfice du contribuable et de la société. On parle bien de capital à risque puisque les investisseurs risquent de perdre leur mise de départ si les objectifs ne sont pas réalisés.

Ce mécanisme est originaire des pays anglo-saxons. Toutefois, parmi les pays de l’Europe occidentale, c’est en Belgique qu’a été lancée la première initiative. Ainsi, en 2014, en collaboration avec Actiris, un « Social Impact Bonds » a permis au projet « Duo for a job » de déployer ses ailes. Concrètement, "Duo for a JOB" met en contact des jeunes chercheurs d’emploi issus de l’immigration avec des personnes de plus de 50 ans, expérimentées, afin que ces dernières les accompagnent dans leur recherche d’emploi.

En 2014, l’équipe se composait uniquement de ses fondateurs: Frédéric Simonart et Matthieu Le Grelle. Ils ont commencé à Bruxelles et, aujourd’hui, ils sont présents à Anvers, Gent, Liège, Malines et Paris. Et ils vont ouvrir à Alost, Lille, Lyon et dans d’autres villes. Ils étaient deux et comptent désormais près de 50 personnes au sein de l’équipe, 200 bénévoles et 1000 mentors. Enfin, ils estiment pouvoir mettre à l’emploi près de 5.000 personnes dans les 3 ans.

Vous imaginez l’impact et l’économie réalisés ! Elle illustre parfaitement le potentiel des SIB.

Depuis lors, d’autres projets ont été financés. Ainsi, pour répondre à la problématique de l’inégalité numérique, en juin 2020, Actiris et Becode annonçaient le lancement d’un très beau projet de collaboration financé par un « Social impact bond ». Un financement structuré pour inciter plus de femmes et plus de personnes d’origine étrangère à participer aux programmes de formations de code inclusives pour les demandeurs d’emploi qui souhaitent devenir développeurs.

Parmi les personnes qui ont encadré le projet de 2014, outre Gregor Chapelle, il y avait un certain Thomas Dermine qui connaissait ce genre de mécanisme pour avoir participé à un programme de l’université de Harvard, avec l’administration Obama. Aujourd’hui, c’est notre secrétaire d’Etat à la relance.

Know-how belge

"Un des leaders mondiaux dans la structuration de Social Impact Bonds est belge."
Pierre Hermant
CEO finance & invest brussels

De même, un des leaders mondiaux dans la structuration de SIB est belge. Il s’agit de KOIS, la société d’investissement social et environnemental, basée à Bruxelles.  Ses équipes ont notamment structuré les différents SIB de ACTIRIS et aidé le VDAB à préparer le lancement des siens. KOIS structure aussi des SIB en France, au Kenya, au Congo, au Nigeria, au Mali, en Ouzbékistan, au Moyen-Orient, en Inde et en Indonésie…

La crise sanitaire aura des conséquences majeures sur notre société. Les moyens financiers des pouvoirs publics sont limités et l’épargne s’est accumulée sur les comptes de certains citoyens.  C’est pourquoi, à l’instar des pays anglo-saxons, il nous semble utile de passer la deuxième vitesse en matière de Social Impact Bonds. Nous pourrions par exemple lancer des SIB pour financer des programmes :

-de remise à l’emploi de chercheurs d’emploi qui ont perdu leur emploi dans cette crise Covid ;

-de formation pour une mise à l’emploi massive dans les secteurs digitaux et dans les secteurs liés à la transition économique ;

-de sauvetages d’entreprises ou de relance d’entrepreneurs qui ont vu leur entreprise périr à cause de la crise covid ;

-de rattrapage du décrochage scolaire ou de baisse du doublement ;

En 2014, la Belgique figurait parmi les pionniers en Europe continentale en matière de SIB. Décideurs politiques, responsables d’administration, entrepreneurs, investisseurs et citoyens, nous avons les talents et l’expertise, nous devons «juste» profiter de ce mécanisme pour oser entreprendre et proposer des projets innovants et ambitieux en complément des projets déjà menés par nos institutions.

Pierre Hermant
CEO finance & invest brussels

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