tribune

Le régime unique de pension, clé de voûte de toute réforme

Économiste

Par souci d’équité, par réalisme socio-économique, pour supprimer les jalousies, le coeur de toute réforme digne de ce nom sera la mise sur pied d’un régime unique de pensions, applicable immédiatement à tous les travailleurs.

Un coefficient par ici, une petite phrase par là; une pensée pour les indépendants d’un côté, une attaque contre les chômeurs de l’autre; des données sur les inégalités des pensions complémentaires à gauche, des projections sociodémographiques annonçant la catastrophe budgétaire à droite... On sent bien que la Vivaldi tourne autour du pot en matière de pensions.

Philippe Defeyt. ©Thierry du Bois

Il ne saurait en être autrement tant qu'on ne construira pas un consensus autour de quelques lignes directrices. Commençons par le tabou des tabous : le coeur de toute réforme digne de ce nom est la mise sur pied d'un régime unique de pensions, applicable immédiatement à tous les travailleurs. Cependant, par réalisme politique et social, les droits engrangés à la date de mise en route du nouveau régime resteront acquis.

Ce régime unique présentera trois caractéristiques fondamentales :

  1. Ce sera un régime assurantiel pur. Les pensions accordées seront strictement proportionnelles aux cotisations payées pendant la carrière. Un euro de cotisation d'un indépendant ou d'un salarié ou d'un fonctionnaire donnera la même valeur de pension ;
  2. Toutes les cotisations sur tous les revenus professionnels seront valorisées, y compris donc celles payées par les indépendants à titre complémentaire ;
  3. Pour tous les travailleurs, la valorisation des périodes de maladie ou de "chômage" sera également harmonisée. On pourra ainsi valoriser de la même manière le chômage d'un salarié que le droit-passerelle d'un indépendant (au demeurant non valorisé aujourd'hui).

Supprimons les jalousies

Cette réforme-là il faut la vouloir par souci d'équité, par réalisme socio-économique (de plus en plus de personnes auront plus d'un statut en cours de carrière, d'autres en auront plus d'un en même temps) et parce qu'elle permettra de supprimer les jalousies, justifiées ou non, mais toujours attisées par des visées clientélistes.

Dans un monde où il faut encourager la mobilité professionnelle créatrice, les considérations et craintes relatives à la pension ne peuvent constituer un frein.

Dans un monde où il faut encourager la mobilité professionnelle créatrice, les considérations et craintes relatives à la pension ne peuvent constituer un frein.

Sans cette vision commune on continuera de tourner en rond.

Bien sûr, il reste de nombreuses questions en suspens. Faut-il plafonner les pensions ? Oui en ce qui me concerne mais le principe de base que je propose implique dans ce cas de plafonner les cotisations. Faut-il garder un taux ménage ? Non, la prise en compte de personnes à charge doit se faire via la fiscalité, pas par la sécurité sociale. Et la pension minimum ? Oui, mais, à nouveau, avec les mêmes modalités pour tous.

Vision à 50 ans

Deux questions apparaissent plus compliquées.

Il est vain d'essayer de tenir compte des métiers difficiles dans le calcul des pensions. Un même métier peut en effet conduire à des postes de travail plus ou moins pénibles. Un métier lourd n'est par ailleurs pas le même à 30 ans ou à 55 ans. La solution réside dans l'amélioration - immédiate - des conditions de travail, en particulier le temps de travail, et/ou le transfert, en fin de carrière, vers des fonctions moins lourdes.

S'il faut faire une réforme des pensions pour renforcer la cohésion sociétale, il faut aussi le faire rapidement pour se consacrer au défi climatique autrement plus urgent.

Oui, il faut maintenir la possibilité de pensions complémentaires, d'entreprise ou personnelles. En se rappelant quand même qu'au vu de certains rendements c'est l'intervention publique seule qui rend acceptables les placements.

Dernière réflexion. Le Comité d'étude sur le vieillissement (CEV) (Ndlr: chargé de la rédaction annuelle d'un rapport sur les conséquences budgétaires et sociales du vieillissement) a commencé ses travaux en 2001 et fait régulièrement des projections à 50 ans. Dommage qu'on n'a pas consacré autant d'efforts et proposé une telle vision à long terme en matière de réchauffement climatique. S'il faut faire une réforme des pensions pour renforcer la cohésion sociétale, il faut aussi le faire rapidement pour se consacrer à ce défi autrement plus urgent.

Philippe Defeyt
Economiste

Lire également

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés